A Douala, des dizaines d'usines d'eaux en sachets émergent des domiciles privés. Les industriels fulminent, les autorités désespèrent et le consommateur trinque.
Cristalline, Cristal water, Sawawa, Aquavita, Golden, Royal, Aquaba, Sweet water, Bosvi, Geca, Yassa, Africa pure water, Bethesda. Et la liste est loin d’être exhaustive. Les prix varient entre 50 et 75 FCFA (environ 0,07 et 0,11 euros) le sachet. Une vraie aubaine pour ceux qui ne peuvent acheter des bouteilles d’eau minérale, un vrai filon pour les industries clandestines qui inondent le marché de leurs petits sachets.
"Usines d'amibes"Si à Yaoundé, on réprime ces "industriels", à Douala, ils évoluent comme des poissons dans l’eau. Rien qu’à la Rue Pau à Akwa, quelques heures ont suffit pour dénombrer une dizaine "d’entreprises d'eau minérale". Dans d’autres quartiers, la situation est quelque peu alarmante. Dans les domiciles privés, les "usines" poussent comme des champignons. Au quartier Cité-Sic à Deido, au très peuplé quartier Bépanda, au quartier Village, que de fabricants d'eaux conditionnées.
Au delà des messages d’accroche, les emballages de ces sachets ne rassurent guère.
"Eau minérale traitée par un laboratoire agréé", peut-on lire. Mais quel laboratoire ? L'emballage n'en dira pas plus. D’ailleurs,
"ces usines d’amibes", pour reprendre l’expression de Paul Mpoulet, le Délégué régional du Ministère de l’Energie et de l’Eau du Littoral, n’ont pas d’enseignes.
J'ai testé les numéros clientsEn dehors des numéros de téléphones portables, aucun autre contact inscrit sur les sachets. Nous décidons d'appeler tous ces 96, 99, 94, 75, 77 et 74 en vue de décrocher un rendez-vous pour une visite d'usine.
Premier appel. Après quelques sonneries, l'on décroche. Nous nous présentons à notre interlocuteur.
"
Bonjour, Eric Roland Kongou. Je suis journaliste. Je souhaite faire un reportage dans votre usine sur le conditionnement de vos eaux en sachets". Silence. Nous insistons. "
Allo ! Vous êtes là ?". "
Vous venez faire quoi ?", nous demande-t-on. Nous lui rappelons le but de notre démarche. "
Nous, on n'a pas besoin de publicité hein". Nous corrigeons. "
Il ne s'agit pas de publicité, mais plutôt d'un reportage". Nous n'aurons pas le temps de développer. "
Qu'est-ce que vous voulez savoir exactement". Allons y franchement. "
Vos locaux sont situés où ? Dans quel quartier ?". "
Ce n'est pas important", nous rétorque-t-on. "
Je vois sur votre emballage, "eau agréée par un laboratoire". De quel laboratoire s'agit-il ?". La conversation s'arrête net. Toutes nos tentatives de relances nous renverront à la messagerie vocale. Avec les autres numéros, nous n'aurons pas plus de succès.
Les sanctionsPourtant, ces clandestins encourent des risques de poursuites judiciaires. L’article 15 de la loi N°98/005 du 14 août 1998 portant le régime de l’eau au Cameroun, stipule :
"Est punie d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 5 à 10 millions de FCFA (7 589 et 15 178 euros)
ou de l’une de ces deux peines toute personne qui offre de l’eau de boisson au public sans se conformer aux normes de qualité en vigueur". Ne reste plus qu'à mettre la main sur les contrevenants. "
Quand on dit clandestin, cela veut dire que ça se passe dans le noir. Vous n’avez ni le nom ni l’adresse de l’intéressé. Moi-même, c’est au coin d’une rue que je découvre qu’il y a une nouvelle eau en sachet sur mon territoire de compétence. C’est grave ! Il faut la collaboration de la population pour dénoncer toute activité suspecte de ces fabricants d’eau", nous dira l'autorité administrative.
"Nous sommes en train de mettre sur pied une stratégie efficace de répression", avertit Paul Mpoulet, le Délégué régional. Pour le moment, aux consommateurs d'éviter les eaux troubles.
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