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Africavox.com > Dossiers Interactifs > Good Skin ou de la dépigmentation > Au "Black is beautiful" a succédé le "Make me white"
Dossier : Good Skin ou de la dépigmentation
4 débats • 9 billets • 5 commentaires
Debat : Décaper = pour rien ?
4 billets
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Fanon ressuscité
Profil psychologique du dépigmenté
Publié le 13/09/2010 par Eric Roland Kongou
Billet consulté 846 fois
La dépigmentation de la peau en Afrique noire est-elle motivée par des raisons esthétiques, thérapeutiques, à cause du traumatisme post-colonial ou par simple suivisme ? L'analyse du sociologue Louis Roger Kemayo, enseignant à l'Université de Douala.

Louis Roger Kemayo, brosse sans concessions ni faux-semblants, le profil psychologique du "dépigmenté". Il s'est penché sur ce phénomène qui touche les populations noires. Pourquoi ils s'éclaircissent la peau ? A cette question, il apporte des réponses qui sont autant de pistes de réflexion. Il parle sans retenue de Fanon, de l'Occident et du Continent. Il se risque même à la prospective : demain, "si rien ne change, on s'achemine vers une auto-extermination de la race noire". Sur lui, il ne dira rien de plus que l'essentiel : "Louis Roger Kemayo, sociologue".


Africavox.com : Qu'est ce qui pousse certaines femmes noires à se dépigmenter la peau ?

Louis Roger Kemayo : Les causes profondes de ce phénomène remontent au contact colonial. C’est une tendance chez certains nègres qui choisissent d’éclaircir davantage leur peau en la dépigmentant et décolorant pour arriver à donner l’impression d’être des blancs. J’imagine que c’est au contact avec l’Occidental que certains nègres ont éprouvé comme un complexe d’infériorité vis-à-vis de ceux qu’on appelle les blancs. A partir de ce complexe d’infériorité, est venue l’idée de vouloir ressembler au blanc. L’écrivain martiniquais Frantz Fanon a écrit un ouvrage au titre très évocateur : Peau noire, masques blancs. Donc, on est des noirs mais, nous voulons être des blancs dans nos têtes. Quand ce complexe a été intériorisé, on ne veut plus avoir non seulement la tête qui est faite de pensées occidentales, on veut également avoir une peau qui ressemble à celle de l’Occidental.


Africavox.com :
Le traumatisme post-colonial suffit-il à expliquer cette tendance à la dépigmentation généralisée ?

L.R.K. : La pratique de la dépigmentation procède d’un profond traumatisme post-colonial. Dans le subconscient de certains noirs, le blanc reste inconsciemment un modèle supérieur. Voilà pourquoi il faut lui ressembler. Selon nos études, les motivations de beaucoup de femmes sont purement esthétiques tandis qu’un petit nombre d'entre elles le font pour des raisons thérapeutiques. Toutefois, la majorité des femmes sont souvent motivées par la "tendance" ou le "suivisme".


Africavox.com :
Le fait que beaucoup d’hommes préfèrent les femmes au teint clair peut-il expliquer ce fléau ?

L.R.K. : Celui qui se dépigmente la peau est un grand complexé, qui a complètement honte d’être né noir. Certains hommes préfèrent effectivement les femmes au teint clair. Mais est-ce suffisant pour que les femmes renient leur identité ? Entre hommes et femmes, les responsabilités sont sans doute partagées.


Africavox.com :
Au-delà des maladies, quelles sont les risques encourus ?

L.R.K. : Si rien ne change, on s’achemine vers une auto-extermination de la race noire. Or, nul n’a choisi de naître sur X ou Y continent. Les noirs devraient donc être fiers de leur peau et revendiquer leur identité culturelle. En regardant les médias occidentaux, vous comprendrez que tous nos actes sont singés sur l’Occident. De toutes les façons, la dépigmentation de la peau est une véritable aliénation culturelle.


Africavox.com :
Peut-on arriver à éradiquer ce phénomène ?

L.R.K. : Une habitude qui entre dans les habitudes devient une tradition. Elle devient même une culture qui se transmet d’une génération à l’autre. Dans ce contexte, éradiquer ce fléau devient une opération complexe. Cela passe par le changement de mentalité (des femmes et des hommes). Un tel traitement doit se faire sur la durée. Mais lorsqu’on regarde le flux impressionnant des médicaments à base d’hydroquinone qui envahissent nos marchés à des pris défiant toute concurrence, peut-on éradiquer la dépigmentation ? La pratique généralisée des femmes à suivre la "tendance" des teints clairs peut-elle disparaître du jour au lendemain ? Je ne le pense pas. Le gouvernement doit prendre des mesures fermes pour interdire ces produits comme en Europe où c’est interdit depuis 2001. Par ailleurs, il faut sensibiliser les populations à accepter leur peau noire, à être fière de leur couleur. C’est en tout cas un travail de longue haleine.


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Eric Roland Kongou
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