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Dossier : Street Food
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Debat : Les pieds dans le plat
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Le "boss" du Matango
Valentin, Douala, son vin et ses palmes
Publié le 13/10/2010 par Eric Roland Kongou
Billet consulté 992 fois
Valentin Ngang
Vin bien glacé

Ce breuvage sucré et alcoolisé qui n’est produit que dans les villages de la forêt équatoriale est devenu un filon en or qui permet à ce Valentin Ngang, vendeur ambulant, de nourrir sa famille de 8 personnes.



Dans les rues de Douala, l'on écarquille presque toujours les yeux à  la vue de ce pousse-pousse très singulier. Au milieu de la charrette, un grand tonneau en plastique renferme le précieux liquide.  A l'avant de l’engin, une branche de palmier verdoyante flotte au vent.  "Comme au village", c'est le signe distinctif des buvettes de vin de palme. Pour mieux accrocher le regard des passants, Valentin Ngang, en bon marketeur, précise sur un morceau de contre-plaqué : ‘’Vin blanc naturel, bien glacé’’.

Le premier vendeur ambulant de Matango à Douala

A en croire Franky, informaticien au quartier Akwa, ce n’est pas un vain slogan : ‘’Tous les midis, lorsqu’il passe ici, je prends au moins un demi-litre de vin’’, confie cet adepte du Matango. ‘’Une bouteille d’un litre et demi coûte en principe 300 FCFA (environ 45 centimes d'euros), mais il arrive qu’on le vende à 400 FCFA. Un litre coûte 200 FCFA, un verre 100 FCFA (15 centimes d'euros)", annonce Valentin. Le commerçant confie ne rentrer chez lui que,  ‘’lorsque le vin est fini" : "je ne vends pas le vin qui a passé la nuit, sinon, je vais perdre mes clients’’. Le jeune homme de 27 ans rentrera sans doute dans la légende urbaine comme étant ...le premier vendeur ambulant de Matango à Douala. Une profession iconoclaste qu’il exerce depuis déjà  six ans. En ce mois de septembre, le temps pluvieux n’insite pas beaucoup les clients à consommer le vin de palme. ‘’C’est rien. Bientôt, il va faire chaud’’, assure Valentin.

Le frère du village

C’est en 2003 que ce natif de Bamenda venu s'installer à Douala abandonne son métier de porteur de sacs au marché Sandaga : ‘’J’aidais Monsieur Andrew à vendre son vin et en fin de journée, mon patron me donnait entre 700 FCFA (un peu plus d’un euro) et 1. 000 FCFA (1,5 euros)’’. En 2004, son mentor quitte le commerce. Aussitôt, Valentin contacte "un de ses frères du village", qui travaille dans une palmeraie à Limbé. Qui dit palmiers dit vin de palme. Dennis sera son fournisseur. Pour renforcer son réseau de distribution, Valentin loue un pousse-pousse. Il y attache une feuille de palmier et que commence le tour quotidien de Douala. Dès lors, sa vie suivra le même rythme. Levé tous les jours à  5h du matin, Valentin arrive au marché Sandaga à 6h pour réceptionner les bidons alcoolisés de 30 litres de Dennis. Il lave les bouteilles en plastique et les remplit ensuite de Matango. Une fois les récipients bien disposés dans le tonneau, il achète des glaçons pour les répandre sur les bouteilles du vin de palme. Direction le centre ville.

Le boss du Matango

Cinq ans plus tard, le concept a pris. Le petit-frère, ‘’Jo’’, a rejoint Valentin avec un second pousse-pousse. Le cercle des buveurs de Matango a grandi. Akwa, Bonanjo, les employés de bureaux se déversent dans la rue poussés par la chaleur du Littoral. Aujourd'hui, le petit porteur d’hier réalise des bénéfices forts appréciables. ‘’Mon frère de Limbé qui me livrait seulement un bidon de 30 litres de vin au début m’en donne aujourd’hui… 10 bidons chaque matin, pour mon petit-frère et moi. J’achète le bidon à 2500 FCFA (près de 4 euros) et je peux faire 3000 FCFA (4,50 euros) de bénéfice par bidon. En fin de journée, je fais des bénéfices d’environ… 12 à 14 000 FCFA (12, 5 euros)’’. Valentin gagne… 8 000 FCFA (12,5 euros) par jour. ‘’J’ai abandonné les études après le BEPC parce que mes parents n’avaient pas les moyens. Aujourd’hui, grâce à mon business, j’aide mes 7 petit-frères et les envoie à l’école", jubile Valentin dans son blue jean habituel.

Une succès story qui a inspiré des dizaines de concurrents. Valentin déplore la cupidité des autres vendeurs qui "veulent faire trop de bénéfices’’ : "ils mélangent le vin avec de l’eau en y ajoutant du sucre". Pour distinguer le bon Matango du mauvais, le ‘’boss’’ (c’est ainsi qu’on appelle Valentin au marché Sandaga) prescrit une astuce imparable : ‘’Le mauvais vin mélangé avec les écorces ou qui a passé la nuit est acide parce qu’il est fermenté. Il n’est pas sucré et quand tu secoues la bouteille, ça ne mousse pas. Par ailleurs, ce vin est clair comme de l’eau’’.


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Eric Roland Kongou
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