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SénégalOn les appelle les "Saigneurs de la route". On ne compte plus le nombre d’accidents qu’ils provoquent du fait de leur incivisme. Seul hic, les autorités repoussent, sans cesse, la deadline pour exiger les documents officiels à ces motocyclistes devenus serpent de mer. Pourquoi ?
Douala, un mercredi de Septembre. Scène insolite en cette mi-journée en face du lycée d’Akwa. Les gros bras de la Mairie du premier arrondissement de Douala 1er, contrôlent les motocyclistes. Habillés de chasubles bleues la "police municipale" affiche la couleur : "Mairie de Douala 1er. Recette municipale".
Ils ne peuvent pas contrôler les ‘’bendskinners’’
Déjà quelques heures qu'ils somment les motards de présenter les "papiers du véhicule". Certains s'exécutent, d'autres ne daignent même pas s'arrêter devant..."ces civils". Suffisant pour irriter les policiers municipaux. Ni une, ni deux. Piqués au vif, les agents violentent littéralement les automobilistes pour les forcer à s'arrêter. Ceux qui présenteront des documents à jour pourront continuer leur route. Ceux qui ne seraient pas en règle verront leurs engins embarqués à la fourrière municipale. A moins que de main ne changent le billet de banque... A l’observer, cette patrouille semble être… à tête chercheuse. Seuls les motocyclistes à usage personnel sont contrôlés. Les mototaxis, eux, slaloment allègrement entre les piquets de "policiers". "Ils ne peuvent pas contrôler les ‘’bendskinners’’ car lorsque l’un d’entre eux est arrêté, tous les autres accourent pour s'interposer", lance Juliette, une "call-boxeuse", depuis son parasol fixé devant le lycée d’Akwa.
Un statut très particulier
Les "Saigneurs de la route" bénéficient d'un statut particulier dans la population des usagers de la route. A Douala, les moto-taxis, plus connus sous le nom de bendskinners, sont les intouchables de la capitale économique. Pour eux : jamais de contrôles de la police. "Par le passé, les confrontations entre la police et les bendskinners ont souvent frôlé l'émeute. Pour éviter la crise, on nous a interdit de les contrôler", souffle Ivac, policier au commissariat central de Douala. Il faut dire qu'en 2004, un violent accrochage entre policiers et bendskinners a dégénéré. Les Saigneurs menaçaient d’incendier le commissariat du quartier Bépanda où l’un des leurs était écroué suite à un contrôle de police.
Guerre des tranchés : du Rififi à Bonapriso
Les rixes entre policiers et bendskinners sont monnaies courantes. Le 21 avril 2010, les deux parties ont franchi le Rubicon si ce n'est la Sanaga. Les policiers ont dégainés les premiers. Sur ordre du Préfet du Wourri, Wouri qui interdisait la circulation des moto-taxi dans certains quartiers, notamment administratifs, de Douala. Matraques au poing, ils se sont attelés à chasser les bendskinners du quartier Bonapriso. La riposte ne s'est pas faite attendre. La guerre des pierres était lancée. L'intifada durera toute la journée. Dans cette bataille rangée, chaque camp comptera ses blessés en fin de journée.
Douala n'est pas Yaoundé
Dans la foulée, les bendskinners ordonnent une grève générale le 26 avril 2010. "Nous voulons poser le vrai problème de transport à Douala : La Socatur (agence de transports communs et publics). Par ailleurs, les taxis et les « opep » (les clandos) ne peuvent pas satisfaire la forte demande de la population. Les gens comprendront alors que Douala n’est pas Yaoundé (où il leur est interdit de circuler au cœur de la ville). Il faut que les gens obligent le préfet à revoir cette décision qu’il a prise à la hâte. Sans même consulter les spécialistes du transport urbain", éructe George Bedime Ebona, président d’un syndicat de moto taxi à Douala. Le jour J, la grève ne sera que partiellement respectée.
Le problème bendskinners
A Douala, la problématique des bendskinners est cruciale. Selon les chiffres officiels, plus de 50 000 motocyclistes exercent à Douala. Mais un responsable de Samiris Assurances à Douala qui a souhaité gardé l’anonymat avance : « Il y a plus de 200. 000 motos qui ont souscrit une police d’assurance à Douala. Plus de ¾ en font un usage commercial », croit-il savoir. Dans les rangs de la corporation : beaucoup de diplômés de l'enseignement supérieur, et des jeunes venus des campagnes. D'eux, l'on ne retient que l'incivisme. " Ils roulent sans casques, sans permis de conduire, sans rétroviseur, sans pièce d’identité. Ils grillent tous les feux, font des dépassement à droite et à gauche, ils provoquent les accidents, insultent les autres automobilistes et n’hésitent pas à créer les émeute", fulmine Daniel. Très remonté, l'automobiliste poursuit :"C’est les pouvoirs publics qui laissent pourrir cette situation. Or, il est impossible d’empêcher les moto-taxis de circuler dans la ville de Douala. Pour moi, les actions du Préfet sont politisées et relèvent simplement d’un calcul politique ". Pour George Bedime Ebona, président d’un syndicat de moto taxi à Douala, "L’Etat devrait plutôt créer des emplois au lieu de réprimer les ‘’bendskinners’’. Ces jeunes risquent leurs vies tous les jours sur ces engins pour nourrir leur famille. Sans emplois, ils ne lâcheront rien", martèle-t-il.