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Dossier : Nuits d'ivresse Cameroun
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Debat : Soirée sans caleçon
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Carrefour j'ai raté ma vie
Fast Paradise à Douala
Publié le 27/10/2010 par Eric Roland Kongou
Billet consulté 2018 fois
Carrefour j'ai raté ma vie
Carrefour j'ai raté ma vie

Tout va vite à Douala. Le citadin pressé dans le tumulte de la ville court, court et toujours. Vite, vite, il faut aller vite. Le jour, comme la nuit. Et lorsque se couche le soleil, s'ouvrent les paradis artificiels. Ici, insécurité, alcool et "chair fraîche" s'offrent à tout venant. Carrefour j'ai raté ma vie. Décollage immédiat au fast paradise.



''Par ici, patron !'', lance une serveuse. Mais l’homme à la Mercedes grise garée à l’entrée du cabaret n’entend pas l’invitation. Ou plutôt, feint de ne pas l’entendre. Bienvenue au Carrefour j’ai raté ma vie au quartier Village à Douala. ''Le patron'', un sexagénaire, se dirige au rayon ''chair fraîche'', un coin du cabaret où sont amassées une dizaine de filles de joies. Par ce temps pluvieux, elles ont abandonné le trottoir pour se réfugier ici. Des filles de 16 ou 18 ans, tout au plus.

Sans honte, ni fausse pudeur

A la vue du ''papy'', les adolescentes, telles des ressorts, bondissent de leurs sièges pour mieux s’exposer. ''De petites femmes'' aux tenues presque identiques. Escarpins vertigineux ou bottes noires, mini jupes et petits corsages échancrés qui contiennent difficilement la poitrine. Les coiffures sont bien faites. Les rouges à lèvres aguicheurs. On l’a compris, ces adolescentes exercent le plus vieux métier du monde. Ici, elles exhibent fièrement leur juvénilité naïve devant les clients. Sans honte ni fausse pudeur. Et le ''papy'', visiblement excité et embarrassé par tant de beautés, n’arrive pas à faire son choix. A la manière d’un client exigeant, il ausculte, telles des bêtes de foires, les fillettes qui mettent un point d’honneur à appuyer sourires et clins d’œil. Le ''papy'' finit par pointer un doigt vers le groupe de jeunes filles. L’une d’elle accourt. Le client l’éconduit d’un geste de la main. Il  indexe une autre fille. Cette dernière galope aussitôt pour s’accrocher au bras du ''papy''. L’homme retourne sans mot dire à son luxueux véhicule, son colis sous le bras. La Merco disparaît dans le noir.

"Mon frère c’est ça tous les jours
"

Le ''papy'' parti, les langues se délient. "Mon frère, c’est ça tous les jours ici. Les capos viennent se servir à gogo", lance un client avant de porter sa chope de bière à ses lèvres. Sur la piste de danse, quelques jeunes filles se déhanchent sur un air de makossa. L’atmosphère est lourde, la chaleur moite, l’odeur de suie côtoie l’odeur âcre de la fumée des cigarettes. Au fur et à mesure que le temps passe, des couples se forment sur la piste de danse puis s’éclipsent aussitôt. ''Lorsqu’un couple disparaît, ça veut qu’ils se sont déjà entendus sur les modalités d’une partie de plaisir. Une chambre de passe est située à l’arrière du cabaret'', informe Patrick, un voisin de table manifestement un habitué.  A l’Ampoule rouge, l’auberge qui sert de chambre de passe aux fast lovers, le propriétaire est surpris de nous voir débarquer seuls. ''Ta copine est où ?'', interroge le tenancier, l’œil inquisiteur. Allez, bas les masques, nous déclinons notre identité. ''Mon frère, on n’a pas besoin de journaliste ici. On ne fait pas de publicité'', assène- t-il avant  de s’intéresser au couple qui vient d’arriver. Inutile d’insister.

"Les informations se payent, hein"

Retour à la case départ. Direction, Carrefour j’ai raté ma vie. Patrick, notre ami du soir, est encore là. ''Mon frère, les informations se payent hein. Tu veux quoi ?'', lance-t-il. Patrick nous apprendra que la ‘’passe’’ avec une ‘’waka’’ ou une ‘’wolowoss’’ (prostituée) se monnaie à partir de 300 FCFA (moins d’un demi-euro). "Tout dépend de la fraîcheur de la fille. Plus elles sont jeunes, fraîches, belles, avec des seins fermes, plus elles sont sollicitées et la passe peut coûter jusqu’à 5 ou 10 000 FCFA. Plus elles sont vieilles, amorties, avec des poitrines plates, moins elles coûtent cher’’, résume Patrick. La bière coule à flot. Plus on entre au cœur de la nuit, plus le cabaret se remplit. Bientôt, les clients sur la piste de danse se marchent sur les pieds.

Nelson Mandela

Vers 1h du matin, Patrick nous conseille de quitter les lieux : ''Il faut partir. A partir de cette heure, il y a trop d’insécurité''. En 2009, face à cette insécurité galopante, le Préfet du département de Wouri a fait fermer le Cabaret j’ai raté ma vie. Il rouvrira ses portes deux semaines plus tard avec un nouveau nom: Carrefour Mandela. Oui, Nelson. Qu’importe ! Pour les noceurs, Carrefour j’ai raté ma vie reste à jamais Carrefour j’ai raté ma vie.


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