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SénégalOn les affuble d’une kyrielle de qualités. Ils ne craignent rien ou presque. Ils sécurisent la vie de toute la famille. Ils sont disponibles 24h/24. Ils peuvent donner leur vie pour leur maître. Ils affrontent tous les dangers. Ils inquiètent et donnent l’alerte contre les cambrioleurs. Pour les nouveaux riches, les chiens font aussi partie des « gadgets », fruits de leur caprice. Suffisant pour que le trafic prospère à Douala. Y compris le commerce…. du bouillon de chien.
A la vallée Besseké, non loin du carrefour Direction des Douanes à Douala, tout le monde connaît "Berger", le vendeur ambulant de chiens.
Chiens tropicaux
Ce vendredi, le commerçant de son vrai prénom Abel, tient entre ses mains deux chiots : "Ce sont des chiens de race", déclare, le jeune homme d'une trentaine d'année. A ses pieds, trois "bâtards". "Des chiens tropicaux" selon l'expression. "Les chiens locaux coûtent entre 25 et 30.000 FCFA. Les caniches sont vendus à 100.000 FCFA. Par contre, les bergers allemands valent 150.000 FCFA. Les chiens les plus chers sont les rottweilers. Ils coûtent entre 200.000 et 300.000 FCFA", informe, Berger, qui caresse machinalement, un de ses chiots. Pendant que nous discutons, un quinquagénaire au crâne dégarni, gare une Mercedes Ml noire. Il vient vers Berger. Après avoir pris connaissance des différents prix, l’homme, qui n’a pas souhaité décliner son identité, choisit un rottweiler. Cinq minutes de pourparlers, le monsieur sort 200.000 FCFA en espèces qu’il donne à Berger. Ce dernier, en retour, lui remet le chien et son… carnet de vaccination. "Il y a trop de braquages à main armée dans mon quartier à Denver, (un quartier résidentiel de Douala)", explique-t-il, avant de démarrer en trombe.
Eleveurs professionnels
Le client parti, Berger retrouve le sourire. Le jeune homme est plus disposé à discuter avec nous. "Tous mes chiens sont vaccinés et en bonne santé. C’est pour cela que mes clients ne discutent pas trop les prix", lâche-t-il. Cela fait quatre ans que Berger est vendeur ambulant à la vallée Besseké de Douala. Mais en réalité, Abel possède un élevage canin. "A Nyalla, (un quartier de Douala), je possède près de 100 chiens. J’emploie quatre personnes qui m’aident à les entretenir. Il faut les nourrir, envoyer ceux qui sont malades chez les vétérinaires, il faut les dresser. Bref, c’est trop de boulot", raconte Berger. A l’en croire, il doit débourser plus de 20.000 FCFA par jour pour nourrir ses animaux.
Au quartier Bonabéri, Fidèle élève aussi des chiens. "J’ai une vingtaine de bêtes dans mon enclos. Je ne me ballade pas avec eux. Je fais leurs photos que je mets dans un album. Avec ces images, je me ballades dans les bureaux administratifs à Bonanjo, Akwa et les quartiers des riches comme Bonamoussadi, Bonapriso. Lorsque quelqu’un est intéressé par une de ces photos, je livre la bête en moins d’une heure", informe le vendeur. Les prix qu’ils pratiquent sont sensiblement les mêmes que ceux de Berger. " Il faut beaucoup de patience et de rigueur. Mais il faut d'abord aimer les chiens, savoir communiquer avec eux pour exercer ce métier", avoue Fidèle, marié, père de 2 enfants et éleveur de chiens à plein temps.
Les propriétaires selon Wilfried
Sur les différents types de propriétaires, Wilfried, un passionné de chiens fait une classification intéressante : "Il y a d’abord les nouveaux riches. Comme ils possèdent une villa, une belle voiture, une piscine, ils possèdent aussi des chiens pour montrer qu’ils sont nantis. Pour eux, un chien, c’est un accessoire de luxe. La deuxième catégorie est composée de ceux qui ont besoin d’un gardien pour la maison. La troisième catégorie est constituée de passionnés qui ont grandi avec ces bêtes", analyse Wilfried.
Kabila ouvre le dimanche
En marge de tous ceux-là, hors catégories : ceux qui estiment "qu’un bon chien, est celui qui est dans l’assiette". C’est le cas de "Kabila", un jeune homme de 35 ans, sans emploi à Douala. Au quartier Village , plus précisément à Ndogpassi, une vieille bicoque en planche est célèbre dans le coin. En semaine, les vendeuses de vivres frais font leur commerce. Mais le dimanche matin, Kabila ouvre son "restaurant". Au menu, une seule recette : le bouillon de chien. Le plat coûte 1.000 FCFA. Le commerce de chien semble être florissant : "certains clients préfèrent la viande crue. Ils passent leur commande en semaine. Le dimanche matin, ils récupèrent leurs paquets", précise Kabila.
Comment un chien vivant finit-il par se retrouver dans la marmite ? "C’est simple", lâche Kabila, visiblement surpris par la question. A défaut de nous livrer ses filières d'approvisionnement, Kabila se lance dans la présentation de l'abattage et de la cuisson du meilleur ami de l'homme : "On attache les quatre pattes du chien. On passe autour du cou un sac avant de lui assener un coup de gourdin. Au feu de bois, on le rôti pour retirer les poils. On le nettoie avant de le découper. La viande et les épices mijotent au feu pendant une heure. On la prépare sans huile car la viande de chien contient trop de graisse ". La suite, ce sont les mangeurs de chiens du dimanche matin à Ndogpassi qui savent l’apprécier. "Le bouillon de chien donne beaucoup d’énergie", informe, Mathias, "un creuseur de sable" dans un marécage non loin de Ndogpassi.