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SénégalLe boom de la téléphonie mobile au Cameroun a créé un nouveau métier : réparateur de portables. Chez nous, ils ont un parcours atypique. Ils ne sont passés par aucune école d’électronicien. Le métier ils l'ont appris sur le tas. Ils ne se forment pas. Mais ils réparent quand même les téléphones portables. Parfois, ils réussissent à faire redémarrer le téléphone, parfois pas. Des éclats de voix avec les clients se font souvent entendre. Comment devient-on "ingénieur électronicien" ? Mode d’emploi.
A ''Dubaï'', le comptoir de Félix a pignon sur rue. Depuis 2005, Félix est l’un des '' ingénieurs électroniciens '' les plus sollicités dans ce marché du quartier Akwa. '' Mon fils. Je ne sais pas ce qui se passe avec mon téléphone. La batterie est pleine, mais lorsque je passe un coup de fil, il s’éteint parce que la batterie est déjà à plat ''.
La mère, c’est ta batterie qui dérange
La cliente, une quinquagénaire qui tend son téléphone à Félix, semble anxieuse. Le technicien lui rétorque aussitôt ! '' La mère, c’est ta batterie qui dérange. Il faut la changer. Elle coûte 2. 000 FCFA '', lance-t-il. Incrédule, la cliente fronce les sourcils. '' 2. 000 FCFA '' ? '' Oui, la mère. C’est le prix de la batterie d’origine '', insiste Félix. Sur ce, la quinquagénaire reprend son téléphone et s’en va, sans mot dire. '' Vous voyez non, grand-frère, c’est difficile de travailler. Les gens ont l’impression qu’ici à Dubaï, les téléphones et accessoires sont gratuits. Est-ce que je les fabrique ? '', interroge le technicien. Son téléphone sonne. Il décroche : '' Non, je n’ai pas encore fini de réparer. Repassez plutôt demain '', dit-il à son interlocuteur avant de raccrocher. Pendant ce temps, un autre client est déjà planté devant lui : '' Je dis hein, depuis là tu n’as pas encore fini de changer mon afficheur (l'écran de l'appareil)'', demande le client. Mais le réparateur lui adresse un sourire appuyé en guise de réponse : '' Mon beau, il faut trouver un autre afficheur identique. Je n’ai pas encore trouvé ça '', informe Félix. Si le jeune homme répare des portables depuis 5 ans, ne lui parlez surtout pas de formation continue.
Lorsque tu es bloqué, tu appelles ton prof à ton secours
A "Dubaï", on entre dans le métier avec un coach. Lui-même a été apprenti, son coach aussi avant lui et le coach de son coach avant eux...mais personne ne sait qui a formé le tout premier. Progressivement donc, l’apprenti répare les petites pannes que lui confie son coach. Yves, un ancien vendeur reconverti réparateur témoigne : '' J’ai fait l’enseignement technique au lycée. Et donc, j’ai des dispositions pour tout ce qui est technique. Mais lorsque tu apprends, lorsque tu es bloqué, tu appelles ton prof à ton secours '', rappelle-t-il.
Comment fait-on pour s’approprier les techniques d’un nouveau téléphone ? '' Lorsque tu l’ouvres, tu l’observes attentivement. Après tu dévisses pièce par pièce. Sans ça, tu auras des surprises. Il arrive des jours où je dépanne un téléphone. Et après l'avoir remonté, je me retrouve avec une pièce entre les doigts alors que le téléphone fonctionne déjà '', dit-t-il dans un éclat de rire. Félix ajoute : '' C’est pour cela que lorsque tu arrives, la première chose, c’est d’observer. Tu ne négliges aucun détail ''.
Ici, le partage d’expérience est très développé. Félix, l’un des doyens des lieux rapporte. '' Personne ne peut maîtriser tous les téléphones. Certains sont forts sur les Motoralla. Un autre est plus habile à dépanner les Samsung. Lorsque tu es bloqué, tu fais appel à un collègue '', informe Félix.
Ici, on reçoit les clients en moins de 5 minutes
Tout est expéditif à '' Dubaï ''. '' Ici, on reçoit les clients en moins de 5 minutes. Le client pose son problème. Si je peux le résoudre séance tenante, je le fais. Dans le cas contraire, je lui dis de repasser dans un ou deux jours. Tout dépend de la gravité '', raconte Félix. Sa table est truffée de pièces de téléphones. Son matériel est dispersé de part et d’autres du plan de travail. A coté, une bouteille de bière déjà à moitié vide : '' C’est pour noyer les soucis. De temps en temps, on peut s’offrir une bière, car on travaille pour notre bien '', rappelle-t-il. Les prix des dépannages varient en fonction de la valeur de l'appareil. Un téléphone d’une valeur de 100. 000 FCFA se dépanne à 10. 000 FCFA. Pour les bas de gamme compter 3. 000 FCFA. Selon les réparateurs, les plus difficiles à réparer sont les Sony Erickson car ils ont des pièces délicates et chères, les Sagem à cause de la rareté de leurs pièces enfin les téléphones chinois à deux puces. Les plus simples s'appellent Nokia, Motorolla, et LG.
L’activité semble florissante. '' Avant, il y avait à peine 5 réparateurs à Douala. Aujourd’hui, nous sommes plus de 20 personnes. Toute chose qui a provoqué la chute des prix. C’est très dur de gagner de l’argent aujourd’hui '', déplore Yves. Félix, songe déjà à se reconvertir : '' Le milieu est déjà saturé. Je suis entrain de songer à changer de couloir '', envisage cet homme marié et père d’un enfant. Ce '' Docteur ès bricole '', se vente d’avoir déjà formé deux '' étudiants ''. Il faut assurer la relève.