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SénégalDe la cérémonie de remise de la dot, Paul, rédacteur en chef à Canal 2, s'en souvient comme si c'était hier. Assis sur une chaise, le chef de la famille de Nkoetyé, village située à 20 km, dans la région du Sud du Cameroun, s’accoude fermement sur sa chaise avant d’étendre ses mains au dessus du sol. "Faites passez le porc de 80 kg", lance le patriarche, le ton martial. Un membre de la famille de Paul, venu chercher sa fiancée dans ce village, s’exécute. Le dos de l’animal qui éprouve d’énormes difficultés à marcher touche la paume du patriarche du village. Les autres membres de la famille Nkoetyé poussent des cris de joie. "Il (le porc) pèse vraiment 80 kg", lance une voix dans la foule. Le patriarche se lève et s’assoit sur une autre chaise, plus basse : "Faites passer le porc de 60 kg". L’animal passe et frôle les mains du chef de famille. Nouveau cris de joie des populations. Voilà comment la pesée d’un animal se fait "au village". "C’est un vrai test. Qu’un malin ne tente pas de venir avec un porc pesant moins que le poids demandé, il échouera au test. Et quand tu échoues, on garde les deux animaux derrière la case. Et tu dois ramener à nouveaux deux autres porcs pesant les poids exigés", prévient Paul. Or, les deux porcs ne sont qu'une infime partie de la liste de la dot chez les béti.
“ Chez nous, on ne discute pas la liste de la dot “
En ce qui concerne la dot, Paul dit avoir franchi avec succès les étapes de la dot chez les béti. Quatre au total. Etape préliminaire : le fiancé va voir le père de sa future épouse avec une bouteille de rhum des plantations. "C’est la tradition. Il faut absolument du ‘’Rhum des plantations’’ (Saint James)", insiste le journaliste qui explique avoir ajouté un carton de vin rouge. Etape n°1 : La " cognée" de la porte. Le fiancé, accompagné de quelques proches, vient officiellement voir la famille de sa fiancée. Les provisions exigées sont entre autres : Une autre bouteille de " Rhum des plantations", une palette de vin rouge, un sac de riz, deux casiers de bière. A ce niveau, le chef de famille interroge leur fille. "Es-tu sûr que tu veux de cet homme ?". Si la fiancée est consentante, elle exprime son vœu à haute voix et prend la bouteille de "Rhum des plantations" qu’elle remet à son chef de famille. Etape n°2 : L’acceptation des fiançailles. Le fiancé se présente à sa future belle-famille avec entre autres une palette de vin, deux bouteilles de whisky, un sac de riz, une chèvre, quatre casiers de bière, deux pagnes, une enveloppe dont le montant doit être au minimum de 125. 000 Fcfa. A l’issue de cette étape, on remet alors officiellement la "liste de la dot" au fiancé. A ce niveau, pas question d’ouvrir des discussions. Au chef de ma famille qui voulait demander la réduction à la baisse de la longue liste de la dot, on a rétorqué : "Chez nous, on ne discute pas la liste de la dot", se souvient Modi, un ingénieur électronicien basé à Douala, qui a épousé une fille béti de Mfou, ville située non loin de Yaoundé.
“ Vente au plus “
Etape n°3. La dot. Ici, la liste donne à réfléchir. Célestin Nkou Nkou, patriarche béti et ancien fonctionnaire retraité dénonce vertement la "liste" : "Chez les béti, on vend la fille au plus offrant. A ce titre, il nous est arrivé d’aller accompagner plusieurs de nos neveux et frères demander en mariage, des filles béti de contrées voisines ou lointaines". Voici le contenu succinctement et plus représentatif d’une des listes reçues au cours de ces visites-conquêtes : un bœuf (pour les beaux-pères), deux porcs castrés d’environ 90 kg (pour les belles-mères), cinq cabris (un pour les beaux-frères, 01 pour les belles-sœurs, 01 pour les beaux-grands parents, 01 pour les oncles maternels, un pour les divers), quatre cartons de poissons bars surgelés, deux costumes de trois pièces chacun, un pagne de tissu Wax ou Bazin, trois dames-jeannes de vin rouge dont l’une sera "dissimulée" sous cape séance tenante par les beaux frères, et que le gendre doit remplacer obligatoirement par une autre ou par des espèces sonnantes et trébuchantes, deux bouteilles de "rhum des plantations" (symbole de deux boucles d’oreilles), deux verres de 50 centilitres chacun communément appelés : "tais-toi ", sans doute à cause de sa grosseur. 5 cartouches de cigarettes, un téléviseur, 2 téléphones portables de marques prestigieuses, obligatoirement de dernier cri et une enveloppe (dont le contenu varie entre 200. 000 et 1 millions FCFA) etc…
Endettée à vie
Paul, confie que grâce à la "magnanimité" de sa belle famille, le montant de l’enveloppe exigée s’élevait à 500. 000 FCFA. Qu’à cela ne tienne, "lorsque j’évalue la liste à payer lors des préliminaires, des trois étapes, de la dizaine de véhicules que j’ai loué, du carburant qu’il a fallu mettre pour transporter ma famille et mes amis de Douala vers le village de ma fiancée à Nkoetyé, à plus de 700 km de Douala, calculette en main, cela fait entre 13 et 14 millions FCFA", confie le journaliste. Il précise : " je voulais payer l’enveloppe de 500. 000 FCFA en intégralité, mais on m’a soufflé au village de ma fiancée qu’on ne donne pas la dot en totalité. Voilà pourquoi j’ai seulement payé 300. 000 FCFA. Et donc, je suis endettée aujourd’hui de 200. 000 FCFA. Fort de cette dette, je dois obligatoirement apporter ma contribution financière et matérielles à les toutes sollicitations (deuil, maladies, mariages, etc.) de ma belle-famille".