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SénégalDans les années 90, Douala comptait à elle seule une vingtaine de salles de cinéma : "Le Paradis","l’Eden" "Le Bonapriso" "Le Palmier"… pour ne citer que celles là. Le cinéma "Le Wouri", dernier rescapé a définitivement fermé ses portes le 19 janvier 2009. Une semaine auparavant, c’était le cinéma "l’Abbia" à Yaoundé qui posait la clé sous le paillasson. Depuis le Cameroun n’a plus aucune salle de cinéma. Reconversion oblige, les salles sont transformées en commerces et même en…église.
De l’extérieur, rien ne semble indiquer la présence d’une église. En cette mi-journée de mercredi, les portes de l’ancienne salle de cinéma l’Eden située à "Trois morts" à Douala sont hermétiquement fermées. "Contournez le bâtiment et passez par derrière", suggère une voisine. Nous longeons donc l’immeuble puis arrivons devant une porte arrière grandement ouverte. Trois personnes sont en pleine d’études bibliques. Le pasteur Benjamin Eyango qui dirige la séance est courtois : "Entrez, on n’a rien à cacher", lance-t-il. S’enchaîne une longue conversation à bâtons rompus. Son église, Centre apostolique Mahanaïm est un lieu de recueil. "Vous pouvez vérifiez l’orthographe dans la Bible Genèse 2 : 32", dit-il en joignant le geste à la parole. "Non, regardez plutôt dans Genèse 32 :2", rectifie-t-il bible à l’appui. Le podium de l’ex-salle de cinéma l’Eden est transformé en "autel de Dieu" selon les mots du prédicateur.
"L’appel" venu du Ghana
Le pionnier de cette "église réveillée", comme on les appelle au Cameroun à cause de leurs cultes bruyants, s’appelle "l’apôtre Wang Moïse". C’est en 2003 qu’il a entendu " l’appel" alors qu’il était en séminaire à Accra au Ghana. A son retour, il fonde l’église. A ces débuts, elle est hébergée à son domicile au quartier Makepé. C’est ainsi que "dirigé par l’Esprit-Saint", un inconnu venu de Nkongsamba, une ville voisine de Douala, lui révèle qu’il prendra une salle de cinéma en location à "Trois morts" pour rassembler ses fidèles. "Deux semaines plus tard, la propriétaire de l’immeuble appelle l’apôtre Wang Moïse pour l’informer qu’elle a reçu l’appel de Dieu qui lui demande de mettre l’ex salle du cinéma au service de l’église de Mahanaïm. Elle lui dit : la salle coûte 1,5 millions FCFA mensuellement. Mais je te la laisse à 500. 000 FCFA", raconte le pasteur Eyango.
Blanchiment d’argent sale
Dès lors, tout va aller très vite. Des fidèles, "touchés par l’esprit saint" vont réunir séance tenante un pactole de 3,7 millions FCFA. Révélation du Pasteur : "Lorsque Dieu donne la vision (création et location d’une salle), ils donnent également les provisions (financements)", indique-t-il. L’homme d’église précisera tout de même, que l’église n’accepte pas n’importe quel financement. "Nous sommes fermes sur l’éthique et la morale chrétienne. Dieu a en abomination les offrandes souillées", martèle le pasteur Eyango qui brandit le verset d’Esaïe 1 : 13-16. D’ailleurs, les lieux ont été "consacrés dans le sang de Jésus-Christ". Le Centre apostolique de Mahanaïm n’a pas choisi de venir occuper une ancienne salle de cinéma. "C’est par une vision que Dieu nous a révélé quelle salle choisir pour sa louange", ajoute le spécialiste en délivrances.
Comme l’ancien cinéma l’Eden, toutes les salles de ciné de Douala ont fermé. De la vingtaine qui existait au début des années 90, toutes se sont métamorphosés soit en commerces, soit en églises ou encore en royaume pour les Témoins de Jehovah. Il y a deux ans, il y en a tout de même une qui a échappé à cette lubie religieuse pour devenir une salle de spectacles baptisée Douala Bercy.
"Cinéma à tout prix"
Avant la fermeture en janvier 2009 des deux dernières salles du Cameroun (Le Wouri à Douala et l’Abbia à Yaoundé), la question de savoir si une autre issue était possible à tout de même été posée. Maitre Jacob Mbettang, l’avocat du richissime propriétaire des lieux Fotso Victor, a du trouver un accord avec les exploitants, mais déjà, le clap final se rapprochait. "Les exploitants n'arrivaient plus à faire face aux difficultés". Avant de pousser leur dernier souffle, ces deux salles n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes : les Films proposés étaient plus ou moins dépassés, les écrans mal sonorisés, les locaux vétustes, les fauteuils brinquebalants et déchirés…Le cinéma ne l'était plus que de nom.
Depuis, les inconditionnels du 7ème art sont aux abois. Joséphine Dagnou, la réalisatrice du long métrage Paris à tout prix, conclut que cette situation "peut pousser certains réalisateurs à s’expatrier pour exercer leur métier à l’étranger". Sentiment partagé par Guy, cinéphile passionné, pour qui "regarder Avatar sur un écran de télévision, est un blasphème cinématographique".