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SénégalLe dimanche, il faudrait qu'ils aient vraiment une bonne raison pour s'y rendre. Ils sont chrétiens, catholiques ou protestants, mais l'église, pour eux est un lieu de pèlerinage. Les rares fois où on les y retrouve, c'est à l'occasion d'un mariage, d’obsèques, et bien sûr pour la fête de Noël. Au Cameroun, on les appelle les "chrétiens de Noël", les hommes d’église eux en ont déjà perdu leur latin…ou presque.
Christian, est né catholique. Infographiste de formation, il gère une petite entreprise qui emploie une dizaine de personnes au quartier Akwa à Douala. Christian fait parti des fidèles occasionnels, mais n’allez-pas lui parler de chrétien de Noël. Loin de tolérer cette étiquette, le jeune homme se défend énergiquement ! "Je suis né et baptisé catholique. J’ai déjà reçu tous mes sacrements". Christian est donc catholique.
"Pensez-vous que j’ai les cornes sur la tête"
L’église, il n’y va pas souvent mais il a de bonnes raisons. "J’ai bien envie d’aller à l’église tous les dimanches. Mais, j’ai souvent des commandes de clients qui exigent que je les livre rapidement. Etant sous pression, je suis parfois obligé de travailler même les dimanches. On ne peut pas m’étiqueter comme chrétiens de Noël seulement parce que je suis occupé et ne vient à l’église qu’une fois l’an. Regardez moi, pensez-vous que j’ai des cornes sur la tête ? Non. Je suis un enfant de Dieu", explique l’infographiste. Comme Christian, beaucoup refusent d’être étiquetés "chrétiens de Noël". Les uns avance un emploi du temps chargé, d'autres un enchaînement récurant de circonstances bien entendu indépendant de leur volonté. Mais l’office de Noël, tous trouvent le temps d'aller à l’église.
"Le culte fait partie des ingrédients pour que la fête soit belle"
" Ils viennent à l’église comme on achète une bouteille de vin ou prépare un festin pour recevoir ses amis. Pour eux, le culte fait partie des ingrédients pour que la fête soit belle", explique Baïguélé Jean, pasteur dans une église évangélique luthérienne à Yaoundé. "J’ai de la peine! Voir tout ce monde qui ne vient à l’église que ce jour là m'indigne. La foi, doit se vivre et s'expérimenter au quotidien. Les hommes s'arrêtent aux apparences physiques. Or Dieu, lui sonde les cœurs", analyse le Révérend. Si ces fidèles occasionnels le chagrinent, il en est de très particuliers qui lui en font perdre son latin. " Hélas, les chrétiens de Noël sont de plus en plus en nombreux. Parmi eux, les pauvres, mais surtout les DDP (détourneurs des deniers publics)", regrette l’homme d’église.
Les DDP selon Saint Nico
S'il est vrai que le parking de la Cathédrale St Pierre de Paul est souvent plein les dimanches, le jour de Noël il faut s'y prendre tôt pour espérer se garer. " Pendant la fête, il n’y a pas de places. Le parking est plein. Les deux trottoirs qui mènent à la cathédrale regorgent de grosses cylindrées", souligne Saint Nico, un vendeur de reliques religieuses et de littérature chrétienne sur l’esplanade de la plus grande cathédrale de Douala. "A votre avis, dans un pays très pauvre et très endetté comme le nôtre, où prennent-ils l’argent pour acheter ces voitures ? ", ne peut s’empêcher d’interroger le vendeur. La réponse à sa question, il la trouvera lui-même. " Ce sont des DDP. Ils viennent à la messe le jour de noël pour laver leurs péchés. Ils viennent pour se faire bonne conscience. Certains viennent faire des dons. Pour moi, ce n'est plus ou moins que du blanchiment d’argent sale ", conclut durement Saint Nico.
"Je les recense à la fin du culte"
DDP ou pas, il y en a un qui sait gérer les "chrétiens de Noël". Le révérend Ekobena, de la Native Baptist church d’Akwa, s’y connaît en brebis égarées."Puisque que ces gens pensent qu'ils peuvent commettre les péchés toute l’année et venir chercher l’absolution de leurs fautes auprès de Dieu uniquement ce jour là, je les recense à la fin du culte. Et après la fête, je leur rends visite pour les sensibiliser et donner des conseils sur leur foi. Quelque soit son péché, qu'importe les pratiques, Jésus pardonne. Je prie même pour les plus grands brigands ", jubile le pasteur Ekobena. Avec lui, à Noël on ne va pas à l’église, on y retourne…et pour longtemps.