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SénégalChaque fin d’année, c’est la même rengaine : "Que 2010 aille avec toute sa malchance. Et que 2011 nous apporte de bonheur, santé, amour, argent, prospérité, etc ". Entre amis, collègues, dans la famille, la tradition est fortement ancrée. A chacun sa manière de le signifier. Cartes de vœux pour les uns, bouquets de fleur pour les autres, cadeaux, coup de fil, ou SMS. Avant, on présentait les vœux avec des cartes. Aujourd’hui, basta le papier ! Vive les vœux électroniques. Le multimédia a-t-il eu la peau des bonne vieille cartes de vœux ?
Au célèbre marché Ndokoti à Douala, Faustin, a la mine soucieuse. La table où sont disposées ses cartes de vœux est bien achalandée. Pourtant, aucune carte ne semble intéresser les clients. "J’ai acheté pour 50 000 FCFA de carte de vœux depuis le 15 décembre. Nous sommes déjà le 30, mais j’ai à peine vendu pour 7.500 FCFA", lance le jeune commerçant. Heureusement, Faustin a diversifié son offre. Sur la table d'à coté : des cartons et des bouteilles de vins. "J'étais obligé d’ajouter ces nouveaux produits. Sinon, je vais complètement rater cette période de grandes recettes", conclut-il.
"Ça, c’est des histoires de blancs"
Un moto-taxi vient de garer son engin et se dirige vers l’étal où sont entreposées les bouteilles de vins. Pourquoi n’êtes-vous pas intéressé par les cartes de vœux, interrogeons-nous ? "Mon frère, on mange les cartes de vœux ? Ça, c’est les histoires de blancs. Ma copine, elle préfère que je lui offre une bouteille de vin au lieu de 10 cartes de vœux ou un bouquet de fleurs. Nous ici sous les tropiques, on a des problèmes terre à terre", rétorque le bendskiner. Et donc, tous les clients n’ont que des "problèmes terre à terre" ? Non. Monsieur Mvounda, la quarantaine sonnée, accompagnée, d’un adolescent, s’arrête devant les cartes de vœux de Faustin. "Monsieur ! Cartes de vœux, cartes de mariage, cartes de Noël, cartes d’amour, cartes funèbres, etc", énumère machinalement le vendeur, à la manière d’un élève qui a bien assimilé ses leçons. M. Mvounda fait son choix. Une carte de vœux "Bonne année". "Le message semble profond sur cette carte. Combien ça coûte ?", interroge l'homme à l'enfant. "2 000 FCFA, le père", répond le vendeur. Après 2 minutes de pourparlers, la marchandise change de main pour 1500 FCFA. Rideau.
Cartes de vœux avec "options"
En cette période de fêtes de fin d’années, les cartes de vœux, c’est une histoire "de gros sous". Faustin, nous présente les différents prix : les cartes coûtent entre 500 et 5 000 FCFA. Tout dépend de la qualité, des messages, et "des options ". Et c’est quoi donc les "options" ? "Ce sont les cartes qui ont des musiques. Dès qu’on les ouvre, elles commencent à chanter. Ce sont musiques déjà pré-enregistrées. Il y a des musiques de Noël, des chansons d’amour. Il y a même les musiques de nos chanteurs célèbres comme Lady Ponce, Longuè Longuè, Petit-pays, Charlotte Dipanda, etc", vante Faustin.
Génération multimédia
Mais toutes ces "options" séduisent difficilement la jeune génération. Elle préfère envoyer des messages de vœux via les SMS, les MMS ou les mails. "C’est plus facile et plus pratique. Un opérateur de téléphonie mobile vend depuis quelques semaines une puce à 1 000 FCFA avec 50 SMS gratuits. Avec autant de SMS, je souhaite des vœux à tous mes proches", argue Amandine, étudiante à l’université de Douala. Apollinaire, son compagnon renchérit. "C’est même plus facile. Au lieu d’envoyer à mes amis 50 cartes de vœux qui vont me coûter les yeux de la tête, je préfère envoyer 50 messages avec moins de 1 000 FCFA", soutient le jeune homme. Justin-Blaise, caméraman dans une télévision de Douala va plus loin : "Je ne me gène pas. Avec un mail groupé, j’envoie mes messages de vœux en un clic", avance-t-il.
La jeunesse aura-t-elle raison du business de Faustin ? Même Justin-Blaise n'y croit pas. "C’est comme l’avènement de la radio, ensuite de la télé. On disait que c’était la mort programmée de la presse écrite. Or, des dizaines d’années plus tard, la presse écrite se porte bien. Non, la carte de vœux survivra. Elle a ses clients", soutient le caméraman. Marie-Ange, inspectrice des Douanes au Port de Douala est de ceux-là. "Pour moi, si quelqu’un veut me témoigner son affection, il doit m’envoyer une carte de vœux, ou même un bouquet de fleur. Un mail, un SMS, je trouve que c’est paresseux. Il n’y a pas une forte charge émotionnelle derrière tout çà. Lorsque quelqu’un vous présente les vœux avec une carte, c'est la preuve que vous avez de la valeur à ses yeux", confie-t-elle.
Bonne nouvelle pour Faustin ! Ne lui reste plus qu'à tenir jusqu'à la fin janvier pour faire "une grande recette". 2011, sera peut-être une bonne année.