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Dossier : Chronique Ivoirienne...On-dit
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Radio Treichville
Quand la rumeur raconte l'Histoire
Publié le 05/01/2011 par Prince Beganssou
Billet consulté 1899 fois
Poste de radio
"On dit que…", "Il paraît que…", "Les derniers sons ", etc. En Côte d’Ivoire, la rumeur a une source : Radio Treichville. Elle est la seule radio au monde qui n’a ni siège, ni grille de programme et qui est animée par tout le monde, sauf des animateurs professionnels. Il suffit d'avoir une histoire.

Treichville est une commune d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. A l’origine, selon son Maire, M. François Albert Amichia, "Treichville est une ville indigène, comme le disaient les colons. Pendant la période coloniale, elle est alors grouillante de monde composé majoritairement de petits commis de l’administration coloniale : chauffeurs, employés de maison et de bureaux, fonctionnaires des PTT, etc. C’est la première ville indigène en Côte d’Ivoire à avoir bénéficié d’un programme de lotissement, après Plateau (commune d’Abidjan, cœur administratif de la Côte d’Ivoire, NDLR), qui était le siège du Gouvernement colonial et la ville européenne".

Avant l’indépendance en 1960, l’information notamment politique, ne sortait pas des cercles coloniaux. "Les leaders de la lutte pour l’indépendance, s’appuient donc sur cette masse de petits commis, intellectuels ou semi analphabètes, pour faire passer leurs messages", révèle l’historien Pierre Kipré.

Au commencement était Treichville

"C’est dans ces circonstances que Radio Treichville est née", rappelle Tiburce Koffi, écrivain et habitant de la commune abidjanaise. Après l’indépendance, l’accès à l’information est difficile pour les masses : "Soit parce que les populations n’ont pas assez de moyens pour s’offrir un poste de  télévision ou de radio, soit parce que la Radio Télévision Ivoirienne (RTI, média public, qui a le monopole de l’espace audiovisuel national, NDLR) n’émet pas sur l’ensemble du territoire", fait remarquer Ally Kéita, ex-animateur vedette de la télé nationale.

"Treichville où sont concentrés la plupart des bars et discothèques, les avenues et rues fréquentées de jour comme de nuit", à en croire Tiburce Koffi, devient la capitale des derniers sons livrés par la petite bourgeoisie intellectuelle abidjanaise.

Les gens disaient des informations venues de Treichville qu’elles étaient paroles d’Evangile, comme certaines personnes pensent encore aujourd’hui, que tout ce qui est dit à la télé, est marqué du sacro-saint sceau de la vérité", se souvient Ernest Akouadan, membre de la notabilité d’Anoumabo, le premier quartier de la ville de Treichville.

"Radio Treichville a pris de l’ampleur et gagné en audience quand le pays a commencé à connaître ses premiers soubresauts sociopolitiques : affaire Kragbé Gnagbé (du nom d’un opposant à Houphouët-Boigny qui a tenté une sécession et qui a été tué dans des circonstances jamais élucidées, dans sa région natale du Guébié, au centre-ouest du pays où il s’était retranché, NDLR) dans les années 70, départ du Gouvernement de M. Henri Konan Bédié en 1977 après un profond remaniement ministériel, grève des enseignants en 1980 qui a vu l’émergence sur la scène politique de M. Laurent Gbagbo, etc.", précise M. Akouadan.

La rumeur : une mode

Les rumeurs qui partent de Treichville et envahissent le pays, dans un contexte de parti unique instauré par le Président Houphouët-Boigny, perdent dès lors leur source originelle, à mesure qu’elles se répandent.

"En plus de "Selon  Radio Treichville", les colporteurs de rumeurs, commencent à employer des termes comme : "Il paraît que", "On dit que", plus indéterminés, plus imprécis", souligne Ally Kéita.

La rumeur crée donc des informations fausses mais devient aussi un mode de vie, mieux une mode, attestée par l’expression "affairage.com". L’affairage dans le milieu des femmes de divers niveaux sociaux, est le fait de livrer des informations plus ou moins justes mais se rapportant à la vie intime en particulier et privée en général d’un homme ou femme publique, ou tout simplement d’un voisine de quartier, d’une rivale, etc.", explique Soum Junior, directeur de publication du journal culturel Star Magazine.

Cinquante ans après l’indépendance du pays, il n’y a plus de parti unique, chaque famille dispose au moins d’un poste radio ou d’un téléviseur, la fracture numérique se réduit, cependant, la bonne vieille Radio Treichville Ivoirienne (RTI) n’a pas encore décidé de céder l’antenne.


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Prince Beganssou
Abidjan
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