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Dossier : Terreur dans la cité...Chronique Ivoirienne
3 débats • 7 billets • 25 commentaires
Debat : "Opération Casseroles"
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Les "Chiens de nuit"
Les nouveaux policiers de Yopougon Koweit
Publié le 19/01/2011 par Prince Beganssou
Billet consulté 1270 fois
Chiens de nuit

Soufè wourou. Traduction littérale : les chiens de nuit. Une expression tirée du dioula, l’une des langues les plus parlées de Côte d’Ivoire et qui, désormais fait partie du quotidien des habitants du quartier Koweit, un bidonville de la commune de Yopougon. Les soufè wourou de ce quartier, sont chargés de sécuriser le quartier contre toute visite "suspecte" à la nuit tombée.



"Oui, tu vas où ? Tu viens chercher quoi ici ? Bon, OK, Bernard va t’accompagner là où tu vas. Si on ne te connait pas là bas, tu es un homme mort". Séry parle rapidement, avec brutalité et autorité. Ce jeudi 13 janvier, comme depuis quelques semaines, il commande une troupe d’une vingtaine de jeunes volontaires, réunis au sein d’un groupe d’autodéfense. Ce que d’autres appelleraient une milice. Leur mission : sécuriser le quartier. Il s’adresse à un "étranger", autrement dit une personne qu'aucun membre du groupe ne connait. A Koweit, "on se connait tous".

A Koweit, on se connait tous

Dans ce quartier mal éclairé, Bernard, l'adjoint de Séry, tient en main une machette qui scintille  à la lumière des quelques néons présents dans les cours communes. Après quelques minutes d'absence, l'adjoint revient et lâche un: "Capi, c’est  RAS". Rien à signaler, "l’étranger" est bien connu de son hôte. "Il a eu de la chance ", répond le  Capi Séry. Capi, capitaine, c’est le grade fantaisiste que s’est attribué Séry. Les autres membres de son groupe de soufè wourou, sont sergents ou caporaux. Comme lui, ils sont tous sans emplois.

La police absente

Si  "l’étranger" n’avait eu aucune connaissance dans le quartier, affirme Séry, en souriant, il aurait été mis aux arrêts pour être remis le lendemain à la police. Rien n’est moins sûr.

Koweit est un bidonville aux constructions anarchiques. Dans ce quartier, on a massivement voté pour le Président sortant Laurent Gbagbo, lors de l’élection de novembre 2010. Alors, "On craint que les rebelles viennent nous attaquer la nuit. Donc, on préfère nous protéger nous-mêmes, parce que la police vient rarement ici", indique Séry. Celui-ci tient en main, un ceinturon de gendarme, porte un pantalon treillis et un tee-shirt noir sous un manteau de même couleur.

Séry capitaine

Au début de la crise en 2002, il a interrompu ses études de Droit à l’université de Cocody pour s’enrôler dans une milice pro-Gbagbo, le Groupement des patriotes pour la paix (GPP). Après quatre ans passés à "défendre la République contre les rebelles", selon sa propre expression, Séry désillusionné car n’ayant pas pu intégrer l’armée, "malgré les promesses de nos chefs", est retourné à la vie civile, dans son quartier.

"Le devoir nous appelle à nouveau", explique-t-il, sans une ombre d’hypocrisie. Un devoir qui le conduit cette nuit, à arpenter les rues et à guetter des "mouvements suspects" dans certains coins du quartier.

"Il a paniqué… "

Peu avant minuit, alors que le quartier est calme, un coup de sifflet retentit. Le Capi et son petit groupe accourent vers l’endroit d’où provient le coup de sifflet. Sur la route, ils croisent un autre groupe. Celui qui commande le groupe est un "bon petit" de Séry. "On a divisé le groupe en plusieurs petits groupes", déclare le Capitaine. Le "bon petit" de Séry tient à la main un fusil calibre 12 de fabrication artisanale : "Capi, Y’a likéfi. C’est un vieux père du quartier qui rentrait. C’est le nouveau-là, qui a paniqué et il a sifflé", s’empresse de lâcher le jeune homme. Les non initiés n’y comprendraient rien. Les soufè wourou de Koweit ont une façon  bien à eux de s’exprimer. Le "bon petit" disait simplement : "Capitaine, il n’y a rien de grave. Il s’agit d’un homme âgé bien connu de nous, qui rentrait chez lui. L’un de nos éléments, qui vient d’intégrer le groupe a paniqué et il a sifflé".

Collaborateurs pro-rebelles

Cette nuit n’a pas été mouvementée. Les rebelles attendus ne sont pas venus. Ils ne sont d’ailleurs jamais venus depuis que Séry et les siens se sont transformés en soufè wourou. Koweit est loin d’être un enjeu stratégique. Il n’empêche que le commando de Séry passera à la fin du mois dans chaque cour et encaissera 1.000 FCFA (environ 1.5 euro), représentant la contribution des ménages à la sécurisation du quartier. Et quand les hommes de Séry passeront, ceux qui n’auront pas l’intelligence de payer ce tribut, pourraient bien se retrouver un jour, au ban de ceux qu’on traite de collaborateurs pro-rebelles dans le quartier.


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Prince Beganssou
Abidjan
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1 commentaire

commentaire du 20/01/2011 par Ismaïla-1
Malheureusement ces jeunes manipulés, braqueurs, drogués et violeurs ne comprendront que quand ils liront l’histoire dans 25 ans.
 
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