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SénégalUn pouvoir d’achat qui se réduit comme peau de chagrin et des mères de famille de plus en plus anxieuses. L’inflation en Côte d’Ivoire fait des victimes de taille : les familles nombreuses.
'' Auparavant, on se rendait au marché avec un panier. On s’arrangeait pour que la voisine voit bien ce que nous avions acheté. Avec peu d’argent, on arrivait à bien nourrir la famille. Aujourd’hui, on se rend au marché avec un sachet noir, pour cacher ce que nous achetons. Avec plus d’argent que par le passé, la famille n’arrive plus à manger à sa faim ''. Mme Kouamé, mère de cinq enfants, et tutrice de trois autres, est couverte de sueur. Le gros sachet noir qu’elle tient ainsi qu’un autre plus petit que tient la nièce de son époux, contiennent les provisions de la semaine. Elle réside à Abobo Gare, non loin du grand marché de la commune. La famille Kouamé compte dix personnes et chaque samedi depuis qu’elle a remercié sa servante '' qui faisait des retenues sur le budget '', elle se rend elle-même au marché, en compagnie d’une nièce de son époux, venue du village, pour l’aider à la cuisine.
'' On ne peut plus rien acheter ''
'' Il y a tout juste six mois, je faisais le marché de la semaine avec 15.000 FCFA (23 euros, NDLR). Je suis passée à 20.000 FCFA (30 euros, NDLR). Mon mari se plaint, mais ce n’est pas ma faute », indique Mme Kouamé. Elle précise que le kilogramme d’ignames particulièrement prisé par son époux, un enseignant de lycée, est à 3.000 FCFA (4.6 euros). '' L’année dernière, à cette même période, je l’achetais à 2.500 FCFA (3.8 euros, NDLR) '', note-t-elle. '' Quatre petites carpes sont vendus à 1.500 FCFA (2.3 euros, NDLR). Le litre d’huile, en moins de six mois, est passé de 750 FCFA (1.1 euro, NDLR) à 900 FCFA (1.3 euro, NDLR) et aujourd’hui à 1.100 FCFA (1.6 euro, NDLR). Le kilogramme de sucre s’achetait à 700 FCFA (1.07 euro, NDLR), aujourd’hui, je l’achète à 900 FCFA (1.3 euro, NDLR). On ne peut plus rien acheter sur le marché ! '', dénonce Mme Kouamé.
Le menu, un casse-tête
Après son marché hebdomadaire, le plus dur commence pour Mme Kouamé. En effet, '' nourrir chaque jour dix bouches, matin-midi-soir, avec peu de moyens n’est pas du tout une chose facile '', fait-elle remarquer.
'' Je dois réfléchir tout le temps pour trouver les meilleurs recettes pour d’une part, ne pas maintenir ma famille dans la faim, et d’autre part, pour bien la nourrir. Heureusement que mes enfants surtout les plus petits, adorent l’attiéké. L’attiéké n’est pas plus cher que le riz, alors, on mange beaucoup d’attiéké '', souligne Mme Kouamé.
A la maison où elle arrive après une marche de dix minutes, puisqu’elle n’a '' plus d’argent pour prendre un taxi en course '', elle trouve une famille au bord de l’émeute. C’est le benjamin qui se charge de lui expliquer qu’il leur est difficile de consommer de la bouillie de mil, au petit déjeuner, sans lait. Elle évite la confrontation et se dirige dans la cuisine pour y déposer les sachets de provisions. Comme le benjamin insiste et que visiblement le reste de la troupe attend une réponse, elle finit par avouer : '' On ne consommera plus de lait parce que c’est devenu trop cher. Il va falloir vous habituer''.
L’aveu fait l’effet d’une bombe. Mais personne ne proteste. Sans doute, les enfants du couple Kouamé ont compris que dans un pays où la cherté de la vie contraint une famille sur deux à manger une seule fois par jour, ils ont malgré tout encore de la chance de prendre le petit déjeuner, fût-ce de la bouillie de mil, sans lait.