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SénégalFaire du footing pour économiser sur le budget du transport ou s’habiller au marché aux puces, pour éviter d’acheter des habits chers dans une boutique de luxe. A Abidjan, cela s’appelle le système D, le système qui consiste à se débrouiller pour rester dans la mode, tout en ayant de maigres moyens.
Nelly prépare son Brevet d’études supérieures (BTS) dans une école privée d’Abidjan. Depuis qu’elle a quitté le lycée où elle s’habillait dans le traditionnel '' bleu-blanc '', l’uniforme scolaire officiel des filles, elle est une abonnée du marché aux puces de Kouté, dans la commune de Yopougon (District d’Abidjan). Une fois par mois, elle y va pour s’acheter de la friperie. '' C’est moins cher et c’est branché '', confie-t-elle.
Pour 10.000 FCFA (un peu plus de 15 euros), elle peut s’acheter une jupe, une chemise, une paire de chaussures et un sac à main. '' Avec cette somme, je ne pourrais même pas m’acheter une camisole dans une boutique de vêtements au Plateau '', indique-t-elle.
Nelly applique le système D, '' un système qui consiste à adapter son mode de vie, à ses moyens de bord, tout en restant dans le tempo de l’instant, autrement dit, à la mode '', explique Germain Sahoua, sociologue, enseignant chercheur à l’université de Cocody (Abidjan).
Du bandjidrôme au garbadrôme
Comme Nelly, nombreux sont les Ivoiriens qui appliquent le système D. Il en est ainsi de certains jeunes du sous-quartier Adama Sanogo, dans le quartier d’Aboboté (commune d’Abobo, dans le District d’Abidjan). '' Chaque matin à 10h, on se retrouve au garbadrôme du quartier pour manger de l’attiéké au poisson frit. On choisit 10h parce que d’une part, c’est trop tard pour le petit déjeuner que nous ne pouvons pas nous payer le luxe de prendre, et d’autre part, cela nous permet de tenir le coup jusqu’au soir, sans avoir à manger à midi. A 16h, on se retrouve au bandjidrôme. Avec 150 FCFA (0.23 euro), on se tape un litre de bandji et cela nous permet de tenir encore jusqu’à la nuit où on prend un plat de riz '', avance Gomon, un diplômé sans emploi.
Gomon et ses camarades mangent et boivent en groupe pour faire branché. Mais ils ne sont pas dupes. '' Si nous avions les moyens, nous ne mangerions pas au garbadrôme où la salubrité reste à désirer, nous n’irions pas dans un bandjidrôme pour boire des boissons à la qualité douteuse, nous serions dans des restaurants propres et des bars avec des serveuses. Mais dans ces coins là, j’achèterais une bouteille de vin à 5.000 FCFA (environ 8 euros, NDLR). Cela représente ma consommation de bandji d’un mois '', fait remarquer Gomon en souriant. Les garbadrômes, les bandjidrômes, ces espaces de vente d’attiéké (couscous de manioc cuit à la vapeur) et du vin de palme ne désemplissent, en effet, pas.
Se maintenir en forme et faire des économies
Abdoul, 19 ans, lui a une façon bien originale de faire des économies. Il a choisi le footing. '' A la télé, on a dit qu’il faut faire du sport pendant au moins 30 minutes par jour, alors moi, je fais du footing chaque soir quand je descends de l’atelier. Je fais du sport pour garder la forme et j’économise 300 FCFA (0.46 euro, NDLR) par jour. A la fin du mois, avec mon économie, j’achète une recharge de téléphone pour ne pas qu’on me coupe mon numéro et je vais au maquis avec ma copine '', affirme Abdoul. Mécanicien stagiaire à Adjamé (commune d’Adjamé), il réside à Treichville (commune d’Abidjan). Il explique qu’il a commencé à faire du footing quand le tarif du transport est passé de 200 FCFA à 250 FCFA puis à 300 FCFA, en moins de deux ans.
A Abidjan, comme partout en Côte d’Ivoire, dans les milieux défavorisés, chacun se débrouille pour résister à l’inflation galopante. Et ce ne sont pas les idées qui manquent.