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SénégalDes caisses vides, des clients rares, des prix qui grimpent et grimpent. L’inflation galopante en Côte d’Ivoire frappe de plein fouet les petits commerçants de quartiers.
'' Avant, je pouvais vendre un bœuf entier par jour. Depuis quelques mois, je n’arrive même pas à vendre deux cuisses de bœuf. Tout m’énerve. Je vends ma viande pour acheter du riz et des condiments pour la soupe à la maison. Aujourd’hui, ça sera très difficile ''. Karim, le boucher du petit marché des Deux Plateaux Agban, est d'une humeur massacrante ce mercredi.
Karim sait que les '' temps sont durs '' pour ses clients. Le kilogramme de viande de bœuf est passé de 1.800 FCFA (près de 3 euros) à 2.500 FCFA (près de 4 euros) en moins de six mois. En cause, '' la crise politique qui secoue le pays et qui empêche l’approvisionnement du marché ivoirien, par des opérateurs économiques venus des pays voisins comme le Burkina Faso ou un peu plus loin, du Niger '', à en croire Moussa Konaté, cadre au département du commerce intérieur du Ministère du Commerce.
Pour rattraper son déficit budgétaire quotidien, Karim le boucher a fait installer, à quelques mètres de lui, une caisse remplie de cigarettes, de bonbons, de boîtes d’allumettes, de bougies, etc.
Il gère lui-même cette caisse depuis qu’il a licencié le jeune vendeur. '' Moi-même je peux vendre, parce qu’il n’y a pas beaucoup de clients qui achètent la viande '', précise-t-il.
Comme Karim, nombreux sont les petits commerçants de quartiers qui ont été inspirés par la diversification de leurs activités, pour, disent-ils, '' joindre les deux bouts ''.
Licenciements massifs
Claudia est l’une d’entre eux. Esthéticienne dans le centre commercial Le Vallon à Cocody-Deux-Plateaux (District d’Abidjan), elle a pris plusieurs décisions '' difficiles '' pour pouvoir résister à l’inflation. " D’abord, j’ai libéré certaines filles qui travaillaient avec moi. Je recrute des stagiaires à qui j’ai clairement fait savoir que je ne peux pas payer de prime de transport et elles sont d’accord. Ensuite, j’ai fait installer un congélateur dans un coin du salon. Je suis maintenant une vendeuse d’eau glacée ", confie Claudia.
Les clientes de Claudia issues généralement de milieux modestes, ne se bousculent plus dans son salon du fait de l’augmentation du prix de ses prestations. '' Je ne peux pas faire autrement. La facture d’électricité est insupportable. Le prix des produits pour les soins de visage par exemple ont augmenté. Les grossistes expliquent que les procédures sont lentes et chères au Port d’Abidjan. Alors, ils augmentent les prix et nous, nous sommes obligées de suivre '', explique Claudia.
Pour Moussa Konaté, les mesures prises par Karim et Claudia sont à encourager, dans un contexte d’inflation galopante, " même si très souvent, les activités complémentaires sont radicalement opposées, ce qui est un mélange de genres qui non seulement augmente le risque d’insalubrité, mais peut être facteur de faillite ". Cependant, indique-t-il, " Il vaut mieux diversifier ses activités, que de tricher avec le fisc pour faire face à l’inflation sur les produits. La brigade de contrôle mise en place par l’ex-ministre du Commerce, M. Youssouf Soumahoro (sorti du gouvernement en mars dernier, NDLR) nous a fait des rapports édifiants sur les techniques de fraudes. Elles partent du trucage des compteurs d’eau et d’électricité, à la corruption des cadres de l’impôt ou des percepteurs d’impôts des mairies, en passant par la vente de marchandises prohibées ou piratées ".
En attendant que la lutte politique entre M. Alassane Ouattara, élu Président selon les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI) et M. Laurent Gbagbo, déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel, soit résolue, les petits commerçants de quartier, entendent bien poursuivre pour leur part, leur difficile lutte pour la survie de leurs business, même si, de guerre lasse, certains ont déjà mis les clés sous le paillasson.