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SénégalLe téléphone sonne. Une, deux, trois secondes... Au moment où l’interlocuteur s’apprête à décrocher, la sonnerie s’arrête. Ce n’est pas un problème de réseau. La personne qui appelait a raccroché. Juste avant que son interlocuteur ne décroche. Cela s’appelle du "j’appelle, tu payes". Plus simplement : le bipage. Histoires de bipage.
Justin-Blaise, officier de police à Douala ne décolère pas. Il vient de recevoir une dizaine de bips sur son téléphone portable. Devant tant d’insistance, il consent à rappeler son interlocuteur. "Oui, que passe-t-il ?", tonne l'officier. Après avoir écouté son interlocuteur pendant quelques secondes, il enchaine déchainé : "Mais tu te crois où là ? Maintenant, il faut te battre, hein ! Tu crois que tu es toujours étudiant ? Hein ?.... Tu es fauché hein ? Oui ? Ça veut dire quoi ça ? Ok, c’est la dernière fois que tu me bipes pour me poser ce genre de problème. Je ne vais tout de même pas te prendre en charge toute ta vie ! Apprends à te battre", tranche-t-il, avant de raccrocher.
Eternel assisté
Voyant le regard inquisiteur des personnes qui se trouvent dans son bureau à la police judiciaire de Douala, Justin-Blaise consent à apporter quelques explications : "C’est mon petit-frère Lucien. Il était élève professeur de lycée à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Maroua. Pendant deux ans, je l’ai toujours rappelé pour répondre à ses sollicitations financières. Maintenant qu’il a déjà reçu, le 6 décembre 2010, son parchemin, il continue de me biper comme s’il était encore étudiant. C'est quoi cette mentalité d’éternel assisté ? Il doit apprendre à se battre en attendant que son rappel [salaire accumulé par une jeune fonctionnaire, ndlr]".
Bipé par un candidat à l’élection présidentiel
Simon est journaliste. Il a souvent reçu des bips. Mais son bip le plus insolite, remonte à l'année 2004. "Nous étions en pleine campagne pour l’élection présidentielle camerounaise. J’avais un rendez-vous avec un candidat de l’opposition qui était en lice pour la présidentielle. Je devais l'interviewer. Avant l'entretien, j'ai reçu un bip. Lorsque j’ai interrogé mon téléphone, j’ai vu qu’il s’agissait du candidat de l’opposition. Intrigué, je l’ai rappelé immédiatement puisqu’il pouvait être en danger et dans l’incapacité de me joindre. Il me dit : Monsieur le journaliste, c’est pour renvoyer notre interview à demain", raconte Simon qui ne cesse de rire. Bipé par un candidat à l’élection présidentiel, c’est de l’inédit.
"Oui, c’est un call box ? Mais, on vient de me biper à ce numéro !"
Raymond est agent temporaire à la Cameroon telecommunication (CAMTEL). Originaire de Nanga-Eboko, dans la région du Centre, il est très régulièrement bipé par ses proches. "Lorsque je suis au bureau, je peux rappeler du téléphone fixe car la communication est gratuite. Mais, toute ma famille a l’impression que je suis au bureau pour les rappeler après les bips. Des fois, je ne rappelle pas car si tu as assez de crédit pour me biper, tu peux aussi m’appeler", conclut-il. Il est vrai que les proches de Raymond poussent souvent le bouchon assez loin. "Un jour, comme je rappelle même les numéros inconnus, après un bip, j’étais occupé. Dix minutes plus tard, je me libère et je pars rappeler mon interlocuteur sur le téléphone fixe du bureau. Et là, qu’est-ce que j’entends ? C’est un call-box ! Je n’en revenais pas. Je ne savais pas qu’on pouvait biper à partir d’un call box. Les gens pensent que je suis le Dg de CAMTEL", fulmine-t-il.
"Il me fait des infidélités avec ses bips"
Rabihou est commerçant au marché central de Douala. A cause du téléphone, son ménage a faillit exploser. "Mon épouse est persuadée que je la trompe. Lorsqu’un numéro inconnu ou même un nom qu’elle ne connait pas me bipe, elle fait une crise aigüe de jalousie. J’ai été obligé de coder mon téléphone. Mais grande a été ma surprise de la surprendre une nuit aux toilettes en train de pianoter dessus. Elle avait réussi à trouver le mot de passe qui était mon année de naissance. Elle me dit que je lui fais des infidélités, que les bips que je reçois sont des codes. J’ai été obligé de mettre autre un mot de passe", confie le commerçant, un brin excédé.