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SénégalAlexandre Lebel Ilboudo est le lauréat du Prix CNN édition 2010, du meilleur journaliste francophone. Grand Reporter au quotidien ivoirien Le Patriote, il se prononce sur les dangers auxquels sont exposés les journalistes dans l’exercice de leur fonction, en cette période de crise postélectorale en Côte d’Ivoire.
Africavox : Quels sont les dangers auxquels le journaliste est exposé dans une situation comme celle que connaît la Côte d'Ivoire ces temps-ci ?
Alexandre Lebel Ilboudo : Les dangers qui menacent les journalistes en exercice actuellement en Côte d’Ivoire sont multiples. L’acuité de la crise soumet les journalistes à des intimidations de la part de ceux qui n’approuvent pas l’opinion ou les positions défendues par tel ou tel. Ces menaces font jusqu’à parfois se transformer en des agressions physiques. Ces menaces et agressions frappent le plus les journalistes de l’opposition. Je voudrais tout simplement rappeler que deux journalistes ivoiriens croupissent actuellement en prison. Ils sont accusés de rebelles par le pouvoir. Un troisième a été enlevé puis torturé avant d’être relâché la semaine dernière. Tout cela témoigne d’un climat de guerre contre les journalistes.
Africavox : Quel est votre sentiment sur la liberté d'écriture en cette période?A.L.I. : Depuis le second tour de la présidentielle en Côte d’Ivoire, on remarque que tous les médias parlent des mêmes sujets, au même moment. L’actualité dominante étant la politique, on assiste à une sorte d’information sous contrôle qui s’assimile beaucoup plus à la communication. Un tel contexte ne garantit pas toujours la liberté d’écriture.
Africavox : Comment expliquez-vous que certains journaux ivoiriens et français n'ont pas le même point de vue sur la situation en Côte d'Ivoire ?
A.L.I. : Les médias ivoiriens étant inféodés à des partis politiques, tout comme on pourrait le dire pour certains médias français ne serait-ce qu’en ce qui concerne la ligne éditoriale, il me semble tout à fait normal que les journaux n’aient pas le même point de vue sur ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Mais je note que ces débats contradictoires sont très utiles pour une meilleure compréhension des sujets traités.
Africavox : Quelle appréciation faites-vous du devoir d’informer le lecteur sur la vérité, dans les conditions actuelles ?
A.L.I. : Le plein exercice du métier de journaliste dans les conditions actuelles en Côte d’Ivoire est quelque peu handicapé par les préjugés et la méfiance. Le journaliste est un collecteur d’informations, un vérificateur et un interprète des faits. Si son statut lui est reconnu, il reste que son rôle de vérificateur bute sur la méfiance des potentielles sources, selon qu’il est d’un organe proche du pouvoir ou de l’opposition. Ce climat rend plus difficile le travail des journalistes.
Africavox : Quels sont les risques de représailles auxquels s’expose le journaliste ?
A.L.I. : Il est difficile de s’exprimer actuellement en Côte d’Ivoire sans encourir des représailles. La société est tellement politisée que même une opinion médiane peut soulever une colère dans un camp comme dans l’autre. Mais cela ne contredit nullement le souci du journaliste d’informer ses lecteurs.