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SénégalLes entreprises qui fournissent des biens et/ou des services à l’Etat de Côte d’Ivoire sont endettées. En cause, le non payement de ses dettes par l’Etat.
" Nous lançons un appel solennel au Président de la République afin qu’il nous aide. Nous traversons des périodes difficiles. Nous ne sommes plus crédibles auprès de nos banques et financiers. Pis, pendant que l’Etat nous doit, le même Etat nous demande de payer dans le même temps nos impôts. Comment pouvons-nous nous exécuter dans une telle situation ? ". Celui qui lance ses lamentations, presqu’au bord des larmes, est M. Faustin Gré, le Président du Syndicat national des fournisseurs de Côte d’Ivoire (Synafeci). Réunis en assemblée générale ordinaire le samedi 5 février 2010 à Yamoussoukro (capitale politique de la Côte d’Ivoire), les fournisseurs de l’Etat ont signé un manifeste pour réclamer environ 300 milliards de francs CFA (462 millions d’euros) à leur principal débitaire.
Ne pas fâcher son débiteur
" Cette somme représente ce que l’Etat doit aux fournisseurs membres de notre syndicat, sur la période 2000-2009 ", précise M. Gré.
" La situation des fournisseurs de l’Etat est, on ne peut plus inconfortable ", commente le journaliste économique Eugène Bahié. " D’un côté, ils n’osent pas prendre position en faveur d’un camp et préfèrent lancer l’appel au 'Président de la République', sans le désigner nommément. De l’autre côté, ils ne peuvent pas trop brusquer leur gros débiteur au risque de s’entendre dire fermement par celui-ci que le payement des dettes des fournisseurs, dans un contexte où il sera de plus en plus difficile de payer les fonctionnaires, n’est pas une priorité ".
En effet, lors de cette assemblée générale, quoique remontés, les fournisseurs présents ont adopté une ligne de conduite qui traduit leur dilemme, mais sans doute aussi leur drame. " Nous n’engageons pas de bras de fer, mais nous plaidons pour que notre cause soit entendue ", martèle Faustin Gré.
En juillet dernier, après que la Côte d’Ivoire eut été admise au point de décision de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), environ 500 milliards FCFA (770 millions d’euros) sont tombés dans son escarcelle. Cette somme inattendue qui a amené le Gouvernement à revoir à la hausse, en pleine année, le budget de l’Etat, devait servir prioritairement à rembourser (partiellement) la dette intérieure. Cette année 2011, le pays devrait bénéficier d’un allègement de dettes plus important, dans le cadre de l’initiative PPTE.
Adieu, PPTE
" La crise postélectorale a éloigné du pays cette perspective heureuse puisque les partenaires au développement, notamment les institutions de Breton Woods, ont décidé de suspendre leur coopération avec la Côte d’Ivoire ", explique Eugène Bahié.
Les fondateurs d’établissements scolaires privés sont les autres victimes de cette cessation de paiement constatée chez l’Etat. Ils réclament globalement 41 milliards de francs CFA (64 millions d’euros). " Nous sommes en situation de faillite due à l’Etat. Si d’ici la fin du mois de février, l’Etat ne paye pas au moins 21 milliards de francs CFA (33 millions d’euros, NDLR) en attente de payement au Trésor (suite à la remise de dette de l’année dernière, NDLR), nous fermons nos établissements ", prévient Marguerite Kadio, la présidente de la Fédération nationale des établissements privés laïcs de Côte d’Ivoire (Feneplaci).
Les complaintes des uns et des autres risquent de tomber dans de grandes oreilles de sourds. Le Gouvernement de M. Laurent Gbagbo, qui tient encore les finances du pays, n’a pas honoré le payement prévu fin janvier, d’environ 13.5 milliards de francs CFA (21 millions d’euros) de dettes à des créanciers privés. En ce qui concerne la dette extérieure du pays, cela n’augure rien de bon pour tous les créanciers de la Côte d’Ivoire.