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SénégalDr Euclide Okolou est chroniqueur boursier. Fondateur du site okibourse.com et président d’un club d’investissement en bourses, il revient sur l’impact de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) d’Abidjan.
Africavox.com : Quel est l’impact de la crise actuelle sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Abidjan ?
Dr Euclide Okolou : 33 des 39 sociétés cotées sont ivoiriennes et le siège de la BRVM se trouve à Abidjan : forcément, la crise actuelle a un impact sur la Bourse. Cela se manifeste déjà par une chute de la valeur des transactions. Tout au long de la semaine passée par exemple, elle a tourné autour de 100 millions FCFA (près de 154.000 euros, NDLR) alors que d’habitude, elle dépasse la barre d’1 milliard FCFA (plus d’1.5 million d’euros, NDLR) au moins une fois par semaine.
Africavox.com : Comment se traduit cet impact sur la BRVM ?
Dr Euclide Okolou : En début d’année, il y a eu une ascension des indices boursiers dûe essentiellement à la hausse de la société sénégalaise Sonatel. Mais depuis mi-janvier, les principaux indices boursiers sont en baisse. L’indice BRVM 10, c’est-à-dire la mesure statistique qui désigne les dix valeurs les plus échangées de la BRVM pendant le trimestre, a perdu 5,76% les deux dernières semaines. Cependant, il reste encore en hausse de 4,57% à 191,33 points par rapport au 31 décembre. Le BRVM composite, qui représente toutes les valeurs du marché des actions, s’est rétracté de 4,79% sur la même période. Le niveau de la valeur des transactions indique que le marché dans son ensemble observe encore l’évolution de la crise, mais la baisse des indices montre que certains investisseurs sont déjà troublés et sanctionnent les valeurs qui les inquiètent.
Africavox.com : Quelles sont les entreprises les plus touchées par cette situation ?
Dr Euclide Okolou : Pour le moment, ce sont les valeurs bancaires ivoiriennes avec principalement la SGBCI (société générale de banque en Côte d’Ivoire, succursale de la Société générale française, NDLR) qui a cédé 17% de sa valeur en janvier. Dans une moindre mesure, la Bicici (Banque internationale pour le commerce et l’industrie en Côte d’Ivoire, NDLR) et Boa Côte d’Ivoire (Bank of Africa, NDLR) qui ont perdu environ 3% ces dernières semaines. Vous avez aussi quelques valeurs du secteur de la distribution qui sont déstabilisées. Bernabé a cédé 9,5% en janvier, Servair Abidjan , 6,67% et le vendeur d’automobiles SDA, 5%. Nous pensons que les chutes des cours d’Unilever ou Nestlé ne sont pas liées à la crise, elles étaient plus ou moins attendues.
Africavox.com : Que risquent les entreprises si la situation perdure ? Que risque la BRVM à court, moyen et long terme ?
Dr Euclide Okolou : Il est clair que toutes les entreprises ivoiriennes souffrent de cette crise. Plus la crise dure, plus les perspectives de croissance s’éloignent. Les résultats financiers risquent d’être inférieurs à ceux des années antérieures. Les entreprises pourraient être prudentes dans la distribution des dividendes à leurs actionnaires malgré d’éventuels bons résultats 2010. Cette ambiance morose peut continuer à faire baisser les indices boursiers. La grande crainte, c’est l’intensification de la crise qui conduirait les investisseurs étrangers à retirer leurs fonds de notre marché. On a encore le mauvais souvenir de ces mouvements de capitaux en 2008-2009 lors de la crise financière internationale. A côté de cela, il y a aussi l’inquiétude due aux rumeurs d’une éventuelle monnaie ivoirienne qui serait en préparation. Une telle action va remettre en cause l’appartenance de la Côte d’Ivoire à l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine, NDLR) et l’existence même de la BRVM qui est une institution de l’Uemoa. Les conséquences d’un tel scénario sont imprévisibles tant pour la Côte d’Ivoire que pour les pays de la sous région. Nous n’osons pas imaginer la panique que cela va créer sur le marché financier !
Africavox.com : Que faut-il pour sauver les entreprises et la Bourse ?
Dr Euclide Okolou : Il faut qu’une solution pacifique soit rapidement trouvée, à la crise. Retrouvons-nous dans une situation normale avec un seul Président reconnu par tous, tant par l’opposition, que par les partenaires au développement. C’est ce tableau qui rassurera définitivement tout le monde.