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SénégalLa Banque mondiale appuyait la Côte d’Ivoire dans ses efforts de sortie de crise, à travers le financement du Projet d’Assistance Post-Conflit (PAPC). Le PAPC collaborait avec plus de 200 entreprises locales. Celles-ci sont obligées de fermer boutique, pour la plupart.
Chaque jour, Augustin Gohou, directeur général de la Société du bâtiment et des infrastructures du centre (SBIC, créée à sa sortie de l’Institut national polytechnique de Yamoussoukro, en 2009), se rend à la Primature, le siège officiel du Gouvernement, pour prendre des nouvelles du paiement de sa dernière créance estimée à 67 millions de francs CFA (103.000 euros). Comme depuis quelques semaines, le fonctionnaire qui le reçoit lui demande d’être patient car son dossier n’a pas encore été traité par le Premier Ministre Gilbert Aké N’Gbo, Chef du Gouvernement formé par M. Laurent Gbagbo, le Président sortant. Ce dernier dispute la présidence avec M. Alassane Ouattara, le Président élu selon les chiffres de la Commission Electorale Indépendante (CEI).
" Je
suis un homme endetté "
Le directeur général de la SBIC compte sur cet argent pour payer ses employés et honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires. Début janvier, il a tenu une réunion avec son personnel et lui a annoncé que c’était le chômage technique pour tous. " C’était la seule décision à prendre. Mon marché de réhabilitation d’écoles dans la région du Centre, touchée par la guerre, est arrêté net. Le PAPC était mon seul et unique marché. Aujourd’hui, mon entreprise n’a pas un seul marché et moi, je suis un homme endetté ", indique-t-il.
La SBIC fait partie des quelques 200 entreprises ivoiriennes attributaires des marchés du PAPC. Toutes ou presque, étaient totalement ou partiellement dépendantes du PAPC. Avec la décision de suspension de toute collaboration de la Banque Mondiale avec les autorités " illégitimes " du pays, incarnées par le gouvernement Gbagbo, c’est l’arrêt de mort systématique pour toutes !
27 milliards de francs CFA d’investissement
Le PAPC était apparue comme une bouée de sauvetage pour ces petites et moyennes entreprises qui ne vivaient qu’à travers des marchés mineurs. En effet, en deux années d’activités, le projet a injecté, sous diverses formes, plus de 27 milliards de francs CFA (près de 42 millions d’euros) dans le tissu socioéconomique du pays, notamment à travers l’appui à la réinsertion de 14.000 ex-rebelles, ex-miliciens et ex-jeunes délinquants, l’équipement de 200 sous-préfectures, parmi lesquelles 90 ont été réhabilitées et/ou construites. Plus de 700 infrastructures communautaires de base, tels que des écoles, des centres de santé, des marchés, des foyers de jeunes, ont été réhabilitées à travers le pays. Sans compter l’entretien d’ouvrages routiers sur une distance de plus de 2.000 km.
" Le PAPC durant cette année et l’année suivante, devrait rester fidèle à son objectif qui est d’améliorer les opportunités de réinsertion économique et l’accès aux services sociaux, des communautés et des individus affectés par le conflit ", indique M. Paul Koffi, le coordonnateur. Il semble que pour l’heure, cela doit rester du domaine des vœux pieux.
Outre les 200 entreprises locales menacées de faillite, des millions d’Ivoiriens affectés par le conflit, dans les zones Centre-Nord-Ouest (CNO) pâtissent aussi de la suspension de ce programme qui avait commencé à leur donner le sentiment de n’avoir pas été oubliés par l’Etat.