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SénégalA cause de la précarité socio-économique, les produits d’occasion en provenance d’Europe ont envahi les marchés de nos grandes villes africaines. A côté des voitures d’occasions et des brocantes, il faut désormais compter avec la friperie. Ainsi, on trouve des ballots de pantalons, de chemises, de vestes, de soutiens-gorges et autres sous-vêtement. Il y en a pour toutes les tailles et toutes les bourses. Comment trouver les meilleurs vêtements à bon prix ? Voyage au cœur d’un empire délicat avec le guide malien Moktar qui connait Douala comme sa poche.
Douala. 9h. Le marché Nkolouloun ressemble à une ruche. Avant d’arriver au cœur de ce haut lieu de la friperie, il faut jouer des coudes. Sur les conseils de notre guide Moktar, on a tombé la veste pour un blue jean. L’entrée du marché, du côté de la Brigade de gendarmerie de Nkololoun, est obstruée par des bendskiners, les conducteurs de motos. " Boss tu vas où ? Tu vas à Terminus ? New-Bell ? ", interroge l'un d'entre eux. Nous rétorquons : " Non, merci, nous entrons à l’intérieur du marché ". Moktar nous lance une œillade. " Monsieur, ici, on ne répond jamais quand on vous interpelle. Lorsque vous êtes intéressé par un article, vous vous arrêtez. Vous le touchez, vous l’appréciez silencieusement. Vous ne répondez à aucune question. C’est lorsque vous êtes convaincu que l’objet vous intéresse que vous levez la tête pour demander le prix ", prévient Moktar.
" Il y a les premiers choix, les seconds choix, les troisièmes, … et les déchets "
Avant d’arriver au cœur du marché Nkolouloun, il faut traverser plusieurs étals. Ici, on vend les chemises. Là, on vend les sacs à dos. Plus loin, des pantalons. Les sacs à mains. Les chaussures. Les sandalettes. Les cravates. Les vestes. Les ceintures. La lingerie fine. Là encore, tout est spécialisé. "Sur chaque marchandise, il y a les premiers choix, les seconds choix, les troisièmes, … et les déchets ", informe Moktar. Et les prix alors ? " Ici, tout se négocie. Les prix vont de 100 FCFA jusqu’à 15. 000 FCFA et plus, la pièce. Tout est négociable ", précise notre guide.
Sans passer par une école spécialisée, les vendeurs sont des grands
psychologues. " Dès que vous êtes devant un étal, le vendeur vous observe,
apprécie votre habillement, votre caractère, votre manière de parler, de
négocier, et parfois à l’instinct, il fixe les tarifs selon le jugement qu’il a de
vous. C’est pour cela qu’avant d’aller demande le prix d’une marchandise, il
faut avoir une idée approximative du prix pour procéder par comparaison. Si
vous n’avez pas ces clés de lectures, d’appréciations, vous avez toutes les
chances de faire une mauvaise affaire ", conseille Moktar.
Barbara Nkono (à ne pas confondre avec la célèbre journaliste camerounaise) rencontrée devant un étal de lingerie fine donne les raisons de sa présence. " J’ai une forte poitrine. Trouver un soutien-gorge taille 43 est très difficile. Surtout un soutien-gorge de grande taille et bonne qualité, c’est très compliqué. Parfois, j’en trouve dans les super marchés, mais les cordes lâchent rapidement parce que pas solide ", confie cette ménagère. Les prix de ces dessous sont à la portée de toutes : 200 FCFA à 5. 000 FCFA, apprend-t-on.
" Nkololoun ", plus grand marché de friperie d’Afrique centrale
Sur le circuit de distribution des ballots de friperie, notre guide, Moktar explique : " Si Nkololoun est le plus grand marché de friperie de Douala et même de la sous-région Afrique centrale, les containers importés d’Europe ou d’Asie arrivent en grande majorité au marché de Mboppi de Douala. D’autres arrivent au marché Central. Les ballots prennent ensuite le chemin du marché Nkololoun ", informe notre guide.
Ici, les déballeurs (propriétaires de ballots) ont leur technique. " Ils appellent d’abord au téléphone les acheteurs de premiers choix, des seconds choix, et troisièmes choix, etc. Ces clients plus nantis choisissent les meilleurs produits à des bons prix. Ensuite, on vend les déchets aux vendeurs à la sauvette. C’est pour cela que vous trouverez en friperie des chemises de 15. 000 FCFA, mais aussi des chemises de 300 FCFA ", informe Moktar. Les ballots de pantalons coûtent entre 65. 000 à 120. 000 FCFA. Ceux des chemises coûtent entre 80. 000 et 150. 000 FCFA. Ceux des vestes coûtent entre 125. 000 à 300. 000 FCFA, informe Moktar. " Mais, c’est le qui-perd-gagne. Tu peux prendre un ballot de 100. 000 frs et gagner 50. 000 de bénéfice. Tout comme tu peux perdre 50. 000 Frs sur un ballot. Il faut être astucieux, expérimenté et chanceux ", informe notre guide.
Moktar, " vendeur au
téléphone "
Du haut de ses 25 ans, le jeune malien Moktar est au Cameroun depuis deux ans. Mais il connait déjà Douala comme sa poche. " Mon oncle est au Cameroun depuis 18 ans. Il a épousé une fille bassa (camerounaise). C’est lui m’a qui fait venir du Mali. Lui, il vend les prêts-à-porter au marché Nkololoun. J’ai commencé à vendre les pantalons à la sauvette. Mais c’était très éprouvant car il fallait faire le tour de ville à pied. Quand j’ai eu un bon capital, je me suis spécialisé dans les vestes. Je m’en sors très bien, grâce à un réseau de clients (avocats, fonctionnaires, journalistes, hommes d’affaires, etc) que j’appelle au téléphone. Je connais la taille de tous mes clients ", confie le jeune vendeur qui pense déjà à faire venir du Mali un de ses petit-frères.