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SénégalDepuis 1990, il est l’un des plus grands importateurs de friperie au Cameroun. Dans un secteur dominé par les hommes d’affaires issus d’un village de Batié (Ouest Cameroun), le Dr Faustin Domkeu s’est hissé au sommet. Grossiste, Dr Domkeu débarque ses containers à Douala et ne vend qu’ à 3 ou 4 clients qui les revendront aux détaillants. Seul hic : depuis six ans, la concurrence chinoise fait tanguer la filière au Cameroun. Des 15 containers qu’il importait, il a chuté à 5 voire 4 containers aujourd’hui. Comment a-t-il réussi à faire fortune dans la friperie ? Le secteur va-t-il disparaitre avec la concurrence chinoise ? Entretien à cœur ouvert avec le mathématicien Faustin Domkeu.
Africavox.com : Comment un mathématicien refuse-t-il d’enseigner à l’université, se convertit en homme d’affaires et se retrouve dans les importations de la friperie ?
Dr Faustin Domkeu : C’est un long parcours. Comme étudiant camerounais en Russie dans les années 85-86, on était gâté. On recevait un complément de bourse d’étude qui s’élevait à 8. 000 FF (800. 000 Fcfa) et qui était versé par l’Etat camerounais chaque fin d’année. Pour nous jeunes étudiants, c’était beaucoup pour nous. Ce qui fait qu’au bout de deux années, j’avais des économies de l’ordre de 16. 000 FF (1,6 millions Fcfa). Ceci était faisable grâce au soutien financier que m’apportaient mes parents qui voulaient que je fasse des grandes études. Je demande à mes jeunes frères de me présenter un micro projet que j’allais financer. Je leur proposé la câblo-distribution qui est très prisée aujourd’hui, ils se sont découragés au premier obstacle. A l’époque, je les ai proposé la création d’un établissement de micro-finance pour le financement des projets agricoles. Le projet a fait long feu. Lorsque je me suis émigré au Canada où je poursuis mes études, avec mes frères, on tombe d’accord sur le lancement des importations des habits de seconde main de l’Occident en direction du Cameroun qu’on appelle « friperie ». Mon premier partenaire aux Etats-Unis, je leur envoi un premier container des habits. Ils ont dépoté le container devant moi. Evalué à 18 millions Fcfa, et ce malgré le fait que nous ayons vendu la marchandise en deux jours, nous n’avons eu que …14 millions Fcfa. Ce qui veut dire que nous avons fait une perte de 4 millions Fcfa. Sans doute parce que la composition des habits importés n’était pas bien fait et que nous avons sous-évalué les prix de vente.
Africavox.com : Comment réussissez-vous malgré tout à décoller ?
Dr F. D. : Par fax, nous lançons la commande du second container. A l’époque, c’était le téléphone, le courrier recommandé ou le fax. Au deuxième container, nous récoltons 16 millions Fcfa, et une perte de 2 millions Fcfa. Au 3ème container, nous équilibrons nos ventes à 18 millions. Nous n’avons rien gagné. Mais ça nous encourage. Je comprends alors que c’est un secteur porteur. A l’époque, j’avais trois frères qui travaillaient sur le projet. Comme les camerounais aimaient en terme de vêtement de friperie ce qui venait de l’Europe occidentale, il fallait de fournisseur quitter nos fournisseurs basés aux Etats-Unis. C’est ainsi que je tombe sur de gros importateurs européens en Belgique et en France. « Redy textile », gérée par une famille dans la banlieue de Liège. Dans les années 1993-94, le secteur devient porteur. Je fais beaucoup de commandes. Mes frères géraient ça au Cameroun pendant que je faisais mes études au Canada. Le déclic, c’est en 1999, quand je perds mon père. Or dans la tradition bamiléké, lorsque vous êtes « successeur » (gestionnaire du patrimoine familial) il faut être dans la famille, je demande une année sabbatique à l’Université de Montréal (Canada) alors que j’étais à six mois de la soutenance de ma thèse.
Africavox.com : Comment réussissez-vous finalement à vous imposer comme l’un des plus gros importateurs de la friperie au Cameroun ?
Dr F. D. : On choisit de faire uniquement dans le secteur de la qualité. Je prends le marché de l’Irlande et de l’Ecosse qui n’était pas beaucoup sollicité. A titre d’exemple, un contenir d’habit en Ecosse vaut deux fois celui de la Belgique, un container en Irlande vaut deux fois celui de la France. C’est cette particularité d’importer des produits de qualité qui nous donne une adhésion totale des clients. Mais nous faisons toujours les pertes les premiers instants. Mais nos clients sont grands et fidèles. Les gens ont commencé à m’imiter. Je disais à mes fournisseurs Nord européens que je voulais le monopole sinon, je partais ailleurs. Et comme j’étais le plus gros importateur, ils ont préféré me vendre à moi seul. C’est grâce à ce monopole que je me suis définitivement imposé dans le secteur. Il y a une concurrence saine. Je faisais ce qu’on appelle en économie le « dumping », je vendais mes produits moins. Dans un premier temps, je savais que j’allais réussir plus tard. Comme je vendais mes produits moins chers, tous mes concurrents ont fuit le secteur de la friperie de qualité pour rentrer dans la friperie de moindre qualité. C’est ainsi que j’ai régné en maître sur la friperie à Douala et même dans la sous région. En effet, sur 12 containers que j’importais, il y avait 8 qui allaient au Nigeria car la demande était forte dans ce pays voisin du Cameroun.
Africavox.com : Comment gériez-vous les tracasseries administratives du Cameroun ?
Dr F. D. : Je vais vous surprendre. Nous avions aussi bénéficié du soutien de l’Etat. Car l’ancien chef de bureau des Douanes du port de Douala, un certains M. Abou qui a convaincu la direction générale des Douanes de ne pas augmenter tous les jours les taxes sur les importateurs de la friperie, la filière devrait mourir par étouffement. C’est ainsi que nous avons développé une stratégie marketing et de vente. Au delà du commerce il y a un aspect social qu’aujourd’hui, nous employons 25 personnes. C’est donc 25 familles qui sont nourries grâce à notre activité. Nous importions parfois jusqu’à 12 containers de friperies par mois.
Africavox.com : N’avez-vous jamais rencontré de difficultés dans cette activité ?
Dr F. D. : Il y a des difficultés comme dans tout business. Une fois par exemple, j’ai passé des commandes des containers et j’ai envoyé de l’argent à un fournisseur. Le lendemain, l’entreprise de mon fournisseur est tombée en faillite. Des fois, on a des collaborateurs qui font les détournements d’argent. Sur le plan de l’activité en elle-même, cette embellie a duré jusqu’en 2005-20006. Nous avons eu des difficultés parce que les produits chinois et même la friperie en provenance de la Chine. Nous avons un changement de comportement chez nos clients. Si on ne fait pas attention, le secteur de la friperie est appelé à disparaitre. La preuve, alors que nous sommes leaders du marché, notre chiffre d’affaires a drastiquement baissé. Des 12 containers que nous importions que nous sommes aujourd’hui qu’à 4 à 5 containers par mois. C’est la raison pour laquelle nous explorons déjà les voies de sortie du secteur de la friperie. N’allez surtout pas me demander comment nous allons, ni ce que nous allons faire comme reconversion. Mais je dois vous dire que dans notre contexte, les produits chinois ont leur place, les produits importés ont leur place et les produits de prêt-à-porter ont leur place. Une filière peut prendre prennent l’ascendance sur l’autre mais chaque secteur peut tirer son épingle du jeu à condition qu’il y règne une saine concurrence.