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SénégalElles sont grand-mères. Seules ou accompagnées de leurs filles, même les mémés sont à la recherche des blancs, symboles de l’espoir, la richesse, la prospérité. Témoignages et anecdotes.
La grand-mère n’en revient pas. " Tu te moques de moi ou quoi ? Tu ne vois pas que tu as l’âge de mon petit-fils ? Depuis 45 minutes que je suis ici, rien ne donne. Je ne peux même pas me connecter ? ", fulmine Tata Nina, qui contient difficilement sa colère. " La mère, ce n’est pas de ma faute. C’est comme ça partout dans toute la ville. Il y a des perturbations sur la fibre optique ", rétorque James, le gérant du cyber. " Et pourquoi tu m’as alors vendu un ticket de 5h du temps ? A cause de toi, j’ai raté un important rendez-vous sur le net ", rétorque-t-elle, en ramassant son sac à main avant de sortir en faisant crisser ses chaussures à hauts talons.
" Au début, elle ne savait même pas écrire son nom sur un clavier "
Dès la sortie de la mémé, les langues peuvent enfin se délier. " Qu’est-ce qu’une grand-mère comme celle-là vient chercher dans un cyber ? ", interroge un client. " Elle vient se chercher ", renchérit son voisin. James, le gérant, témoigne : " Elle a son chaud (son compagnon), un white (blanc) avec qui elle discute deux fois par semaine. Au début, elle ne savait même pas écrire son nom sur un clavier. C’est moi qui l’ai initié. Six mois après, elle est déjà très apte… "
" C’est ma fille qui m’a emmené au cyber café "
Tata Nina n’est pas la seule à courir les cybers dans l’espoir de trouver un époux. Major Assé, humoriste camerounais qui connait un franc succès avec sa pièce Mon blanc à moi, a sillonné les cybercafés de plusieurs régions du Cameroun. Il en a vu des vertes et des pas mûres : " Pendant mon enquête, j’ai rencontré quatre femmes du troisième âge. Elles me semblaient toutes égarées. A Ebolowa (Sud Cameroun) par exemple, j’ai discuté avec une grand-mère. Elle m’a dit que c’est sa fille qui avait l’habitude de se rendre au cyber. Lorsqu’elle a attrapé son blanc, elle l’a dit invité à faire comme elle. Maintenant, elle a aussi mon blanc ", se souvient Major Assé.
" Je cherche un blanc pour qu’il organise bien mes
obsèques "
L’humoriste qui a côtoyé ces dames pendant plusieurs jours a obtenu leurs confidences. " Il y en a une qui m’a dit : ‘Mon fils, je cherche un blanc pour qu’il organise bien mes obsèques.’ Chacune a ses raisons ! C’est pour vous dire l’espoir que le blanc représente aux yeux de nos sœurs, de nos mères et même nos grand-mères ", pouffe-t-il dans un éclat de rires.
" Je me sens supérieure à toutes les
femmes de mon quartier "
A Douala, Tata Nicole, qui habite le quartier Universitaire à la Cité Sic, est une habituée des multiples cyber-cafés qui pullulent au célèbre carrefour Ange Raphaël. Ancienne secrétaire retraitée, elle songe sérieusement à se faire une nouvelle jeunesse : " Ce n’est pas facile d’attraper un bon blanc. J’ai déjà rompu avec trois d’entre eux parce qu’ils refusent de m’envoyer les euros. Dieu merci, cela deux mois, je suis tombée sur un bon blanc. Il m’a envoyé 300 euros pour que je fasse mon passeport pour le rejoindre ", confie celle qui se sent pousser des ailes. " Quand mon blanc me répond sur internet, je me sens plus femme. Du coup, je me sens supérieure à toutes les femmes de mon quartier ", conclut-elle, avec les mimiques d’une jeune amoureuse et une pointe d’orgueil dans la voix.
Le blanc symbolise de la prospérité et la perfection
Qu’est-ce qui fait courir tant de grand-mères derrière les blancs au cyber-café ? Major Assé, passé spécialiste du comportement des femmes dans les cyber-cafés, répond : " Le blanc est le symbole de la prospérité, voire même de la perfection. " Au regard du nombre sans cesse croissant d’hommes qui ne semblent plus intéressés par le mariage à cause de la pauvreté ambiante, l’affluence des femmes dans les cybercafés a encore de beaux jours devant elle.