Site global
Cameroun
Côte d'Ivoire
SénégalLe système financier fonctionne tant bien que mal quand le camp Gbagbo décide de réquisitionner l’Agence nationale de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO, institut d’émission commun au Bénin, au Burkina Faso, à la Côte d'Ivoire, à la Guinée-Bissau, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Togo). Un acte " illégal " selon le Gouvernorat de la banque dont le siège international se trouve à Dakar (la capitale du Sénégal) et " un braquage ", selon le camp Ouattara. Retour sur l’acte par lequel le scandale financier est arrivé.
" Indéniablement, c’est la réquisition de l’agence nationale de la Bceao par le camp Gbagbo qui a précipité la faillite du système financier. Cette décision était parfaitement inconséquente ", commente Jean Kouakou Dongo, ex-chef de service de l’agence nationale de la Bceao d’Abidjan, aujourd’hui à la retraite.
Nous sommes le 25 janvier 2011. En réponse à la démission qu’il juge " forcée " de l’un de ses proches, le gouverneur Philippe Henry Dakoury-Tabley, M. Laurent Gbagbo signe un décret en vue de réquisitionner les agences et le personnel de l’agence national et des agences régionales de la Bceao. Une réquisition en vue d’" assurer les services ordinaires " de la banque.
Le même jour, à la tête d’une soldatesque armée, M. Katina Koné, ministre délégué au Budget du gouvernement de M. Gbagbo, prend le contrôle de la banque et procède à " l’état des lieux ", selon sa propre explication.
Petits communiqués, grands dégâts
" Un braquage ", dénonce de son côté le camp de M. Ouattara. Depuis l’hôtel du Golf d’Abidjan où il est reclus depuis la crise postélectorale, M. Alassane Ouattara mentionne que " cette décision de réquisition illégitime et illégale est nulle et de nul effet ". Pour lui, l’objectif de celle-ci " est de piller les ressources financières de l’Etat ivoirien ".
De son côté, le gouverneur par intérim de la Bceao, le Burkinabé Jean Baptiste Compaoré, décide deux jours plus tard, depuis Dakar, de fermer " jusqu'à nouvel ordre, toutes les agences de la Bceao installées sur le territoire de la République de Côte d'Ivoire ". Il évoque " diverses informations concordantes, de nature à mettre en danger les agents et les installations de la Banque centrale ".
En trois jours, trois petits communiqués créent de grands dégâts dans le système financier ivoirien. En effet, en dépit de l’impressionnant dispositif sécuritaire des Forces de Défense et de Sécurité (FDS, fidèles à M. Gbagbo) déployé à l’extérieur de la banque, les activités à l’intérieur de celle-ci sont gelées.
De fait, commente Jean Kouakou Dongo, " Dakar a décidé de fermer les branches RCI (République de Côte d’Ivoire, NDLR) de la Bceao. Les systèmes d’information et d’informatisation ont été désactivés à partir du siège de Dakar. En fait, les codes d’accès aux voûtes sont également activés depuis le siège de la Bceao à Dakar. Par conséquent, le camp Gbagbo ne peut pas avoir accès aux coffres ".
" Réquisitions illégales "
Pour lui, " l`implication directe de la fermeture de l'agence nationale de la Bceao et les autres agences régionales résulte du fait que d’une part, les banques commerciales en Côte d`Ivoire ne peuvent pas être indemnisées. En effet, les chèques et autres paiements tels que les mandats ne sont pas honorés puisque la chambre de télé compensation est fermée. D’autre part, très peu de banques sont autorisées à accepter des notes de trésorerie en provenance de l’agence nationale de la Bceao qui a été réquisitionnée par M. Gbagbo. Etant donné que les banques commerciales ne peuvent travailler qu’avec l’espèce déposée par les clients, lesquels dépôts se font rares, puisque les épargnants préfèrent thésauriser en prévision d’éventuels troubles, elles sont obligées de fermer ".
Ce qui devait arriver arriva. L’une après l’autre, les banques commerciales, qu’elles soient à capitaux français, américains, africains ou ivoiriens, ferment. Les banques nationales restent ouvertes, mais leurs activités sont restreintes.
Jean Kouakou Dongo est formel : " S’il n’y avait pas eu cette réquisition qui est du reste illégale, la Bceao n’allait pas geler ses activités en Côte d’Ivoire et le système financier ne se serait pas écroulé. Il y aurait certes des difficultés de fonctionnement liées à l’insécurité, mais les compensations au niveau des banques continueraient et les épargnes, ainsi que les prêts continueraient très vraisemblablement ".