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Dossier : Plus de liquidités... Chronique Ivoirienne
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Debat : "Braquage" à la Banque Centrale
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Chronique d'une faillite financière annoncée
Chronologie de la bataille pour le contrôle de la signature
Publié le 16/03/2011 par Prince Beganssou
Billet consulté 1014 fois
Philippe Henry Dakoury-Tabley avec Laurent Gbagbo

Reconnaissance par l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) de la signature de M. Alassane Ouattara sur les comptes de la Côte d’Ivoire, démission forcée du Gouverneur pro-Gbagbo de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), réquisition de l’agence nationale de la Banque centrale, nationalisation de banques françaises, fermetures de banques ivoiriennes... Retour en détails sur la plus grave crise financière de l’histoire de la Côte d’Ivoire.



Tout commence par la reconnaissance d’Alassane Ouattara comme Président élu de Côte d’Ivoire, à l’issue de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, par la communauté internationale. Début décembre, l’Union Africaine (UA) ainsi que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’UMOA, à l’instar de la quasi-totalité des institutions financières et politiques du monde, reconnaissent les résultats de la Commission Electorale Indépendante (CEI) qui proclament M. Ouattara Président de la République de Côte d’Ivoire. De son côté, Laurent Gbagbo ignore la reconnaissance internationale de son rival et déclare qu’il s’en tient à la décision du Conseil constitutionnel, qui le désigne Président élu de Côte d’Ivoire. Le combat politique glisse alors sur le ring financier.

Premier pugilat public entre les deux hommes : la démission du gouverneur pro-Gbagbo de la Banque Bceao. En effet, le 22 janvier 2011, à l’issue d’une réunion extraordinaire des chefs d’Etat de l’UMOA, Philippe-Henry Dakoury Tabley annonce qu’il quitte la tête de la Bceao. Il est accusé de n'avoir pas respecté la décision de l'UMOA de donner à M. Ouattara la signature sur les comptes de la Côte d’Ivoire à la Bceao et d'avoir autorisé le décaissement de quelque 60 milliards de francs CFA (près de 92 millions d'euros) en faveur du régime Gbagbo. Cette démission est considérée par le gouvernement de M. Gbagbo comme étant " forcée " donc " nulle et non avenue ".

En réaction, le 25 janvier 2011, M. Gbagbo décide de réquisitionner l’agence nationale de la Bceao à Abidjan ainsi que les agences régionales du pays. " Le Président de la République tient à rassurer les populations et l’ensemble des opérateurs économiques que tout sera mis en œuvre pour préserver le système financier de notre union économique et monétaire, et permettre un retour rapide à la normale ", note le communiqué publié par ses services. Ni la préservation du système financier, ni le retour rapide à la normale ne sont au rendez-vous. Bien au contraire. Au lendemain de cette réquisition qui n’existe pas dans les textes de l’Union, les ministres des Finances de la zone UMOA se réunissent en urgence à Dakar (capitale du Sénégal, siège international de la Bceao). Ces derniers " mettent en garde (le camp du Président Laurent Gbagbo) contre toute action visant à effectuer de façon illégale des opérations non conformes aux traités, règles et procédures ".

Pour sa part la Bceao, dans un communiqué signé de son gouverneur par intérim, Jean François Compaoré, indique que " le 26 janvier 2011, les locaux de la Banque Centrale ont été investis et le personnel qui s’y trouvait a été retenu pour effectuer différentes opérations relevant des missions dévolues à la Banque Centrale ". Tout en protestant " vigoureusement contre cette décision de réquisition ainsi que celle de nomination d’un directeur national, prises en violation flagrante des engagements internationaux pris par l’Etat de Côte d’Ivoire, en particulier à travers le Traité de l’Umoa ", le gouvernorat par intérim annonce que " pour l'heure, toutes les agences de la Bceao installées sur le territoire de la Côte d`Ivoire sont fermées jusqu`à nouvel ordre ".

Encore une fois, Dakar assure que " les dispositions sont en cours pour qu`en accord avec le Président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement et le Conseil des ministres de l’Union, en relation avec le Président Alassane Ouattara, les réponses appropriées soient apportées dans les meilleurs délais à cette situation sans précédent dans l’Union ".

Campagne anti-française

Encore une fois, les réponses appropriées se font attendre, ce qui amène les banques commerciales, en pénurie de liquidité, à fermer leurs locaux. Les deux premières banques à prendre cette décision sont la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de Côte d’Ivoire (Bicici) et la Société générale des banques en Côte d’Ivoire (SGBCI). Les deux banques sont, ironie du sort, des filiales ivoiriennes de banques françaises, à savoir BNP Paribas et la Société générale. Engagé dans une campagne anti-française depuis l’éclatement de la crise militaro-politique, le régime Gbagbo se saisit du hasard du calendrier de fermeture des banques et annonce la nationalisation des deux banques à forts capitaux français. Nous sommes le 17 février. Dans un communiqué lu à la télé nationale publique, contrôlée par le camp Gbagbo, le porte-parole de M. Gbagbo affirme que " l'objectif fondamental " de ce dernier est  d’assurer " la continuité de l’ouverture de ces banques afin de préserver les emplois et d’assurer l’accès des citoyens et des opérateurs économiques à leurs avoirs ". Il conclut en disant que " Le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, tient à rassurer que chaque citoyen et chaque opérateur économique pourra avoir accès à ses comptes bancaires dans les plus brefs délais ".

« En attendant un retour à un environnement propice » 

Le bref délai se transforme en longue attente. En dépit de la menace de nationalisation qui plane sur elles, les banques commerciales privées à capitaux étrangers ou nationaux ferment, confrontées aux mêmes problèmes de liquidité.

Depuis l’hôtel du Golf où il est claquemuré depuis trois mois, M. Ouattara s’insurge vainement contre des " agissements tendant à saper les bases même de notre système bancaire et financier, à compromettre la sécurité de l’épargne des populations aussi bien que des opérateurs économiques ". Il constate sans pouvoir apporter de solution les " difficultés d’approvisionnement en liquidité des banques après le braquage de la Bceao ".

" En attendant un retour à un environnement propice " : l’expression est lâchée. Pendant ce temps, les banques privées et publiques qui sont obligées de restreindre leurs activités sont contraintes à spéculer, non pas sur des chiffres investis en bourse, mais sur des dates d’hypothétiques retours à la normale.


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Prince Beganssou
Abidjan
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