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SénégalEn Côte d’Ivoire, les ressortissants de la Mauritanie tiennent généralement des boutiques de quartiers. Les Nigériens sont des vendeurs de garba, le fameux mets ivoirien à base de couscous de manioc. Les Nigérians sont dans le commerce des appareils électroménagers. En Côte d’Ivoire, les jobs ont souvent des nationalités.
Chaque matin, Ouédraogo se rend aux Deux-Plateaux, un quartier chic de la commune de Cocody (district d’Abidjan). Il y va pour enlever les ordures ménagères entassées devant les résidences. A la fin du mois, le responsable du syndicat qui gère son secteur passe dans chaque résidence pour encaisser 5.000 FCFA (près de 8 euros), l’équivalent de la prestation mensuelle. Ouédraogo est Burkinabé et il est pré-collecteur d’ordures ménagères, comme de nombreux compatriotes du Burkina Faso. " J’ai un cousin qui a fait ce boulot et il est reparti au pays où il a acheté un taxi. Aujourd’hui, il a plusieurs taxis, et je veux suivre son exemple ", avance-t-il.
Faillite de l’emploi
Face à la crise de l’emploi, les jeunes Ivoiriens qui boudaient ce métier ont commencé à investir le milieu des pré-collecteurs d’ordures ménagères, au point où il existe à présent au moins deux fédérations de pré-collecteurs ivoiriens.
Chaque jour, Ouédraogo s’arrête à la boutique de Mohammed pour acheter un sachet d’eau glacée. Mohammed est né en Mauritanie. Il y a dix ans, âgé de 25 ans, il est arrivé à Abidjan alors que son oncle vieillissant se retirait au pays. Depuis, il gère trois boutiques dont deux autres sont tenues par ses cousins. Les Mauritaniens de Côte d’Ivoire sont principalement des gérants de boutiques de quartiers. " Ils ont une association qui défend leurs intérêts face aux nombreuses tracasseries policières et administratives ", souligne Edmond Dioulo, président de l’Association Nationale des Consommateurs de Côte d’Ivoire (ANCCI) et spécialiste des milieux d’affaires en Côte d’Ivoire.
Mohammed s’approvisionne chez Gamal, un Libanais qui a fait fortune dans l’alimentation. Il n’est d’ailleurs pas le seul Libanais à s’être enrichi dans ce milieu ou dans la boulangerie, la cimenterie, les pièces de rechange automobile, etc. " Une bonne partie de l’économie de la Côte d’Ivoire repose sur les hommes d’affaires libanais, commente Edmond Dioulo. Il y en a certains dont les noms sont même devenus des labels. C’est le cas d’Hassan, avec ses célèbres fast food qu’on trouve dans toutes les communes d’Abidjan. Il faut toutefois préciser que de nombreux Marocains, Syriens et Tunisiens font aussi ce genre de commerce. Mais pour les Ivoiriens, ils sont tous des Libanais ".
Dans son quartier de Colombie (bidonville de la commune de Cocody), Ouédraogo a l’habitude de prendre le déjeuner dans un garbadrôme, autrement dit un restaurant de fortune où on vend du garba, un mets typiquement ivoirien, fait à base de couscous de manioc (attiéké) et de poisson grillé. Le garbadrôme appartient à un Nigérien. " Les Nigériens excellent dans la préparation du garba, ce qui est paradoxal puisqu’ils ne fabriquent pas d’attiéké au Niger. En réalité, Garba est le nom du premier Nigérien qui a commencé à commercialiser ce mets, dans les conditions qu’on sait aujourd’hui (restaurant de fortune, NDLR) à Abidjan ", indique Edmond Doua.
Qu’ils s’appellent Diallo, natif de la Guinée et tenancier de cafétéria, Ugborugbo, commerçant nigérian d’appareils électroménagers, ou Kassim, ouvrier malien dans une exploitation agricole de l’ouest ivoirien, les étrangers en Côte d’Ivoire semblent avoir des préférences pour certains jobs.
" Très souvent, ils suivent la trace de certains parents et les Ivoiriens reconnaissent leur expertise dans certains domaines bien précis. En outre, ils explorent les domaines non exploités par les Ivoiriens, mais qui procurent, mine de rien, des ressources financières considérables. En réalité, dans un pays où on compte environ 25% d’étrangers, le taux le plus élevé en Afrique, les étrangers sont dans tous les milieux ", note Edmond Dioulo.
Tous les milieux ou presque. Car dans le milieu de la politique, l’exacerbation des tensions ethniques et raciales par des politiciens en mal de propagande éloigne systématiquement les étrangers, même pour les débats qui les concernent.