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Dossier : Le monde vu de Côte d'Ivoire... Chronique Ivoirienne
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Debat : L'étranger n'est pas un ennemi
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Le rêve secret des jeunes Ivoiriens
Aller à Bengue et réussir
Publié le 23/03/2011 par Prince Beganssou
Billet consulté 1047 fois
L'étranger n'est pas un ennemi

Bengue, c’est la France, dans le jargon des jeunes branchés d’Abidjan. C’est aussi " Derrière l’eau ". Pour nombre d’entre eux, comme Charlotte-la-Marseillaise, la réussite sociale en Côte d’Ivoire passe obligatoirement par Bengue.



Ce lundi, Charlotte reçoit deux amies chez elle à la maison. Depuis son retour au pays il y a trois ans, elle s’est installée dans un studio à la Riviera Palmeraie (un quartier chic de la commune de Cocody), aussi vaste comme qu’un trois pièces d’un quartier populaire. Les lundis sont fériés pour cette esthéticienne. La raison est simple : " Les dames qui fréquentent majoritairement mon salon d’esthétique et mon salon de coiffure ont tout le week-end pour se rendre belles. Généralement, les salons ne reçoivent pas assez de clientes les lundis, alors je préfère libérer mes travailleuses et confier les salons à l’équipe d’entretien ".

Charlotte a 31 ans. Elle a passé six années en France, plus précisément à Marseille. Ses amies l’appellent La Marseillaise et elle ne s’en plaint pas. Elle en tire d’ailleurs une certaine fierté. C’est à Marseille qu’elle a appris son métier d’esthéticienne. Elle ne regrette pas d’avoir abandonné la danse pour laquelle elle s’était envolée à Bengue, autrement dit, en France, alors que la Côte d’Ivoire était en pleine crise politico-militaire.

Ce lundi, ses deux amies, Claire et Elise, ne cachent pas leur rêve de pouvoir partir un jour pour la France et revenir au pays avec assez d’économie pour commencer une affaire. " Je suis titulaire d’un BTS en cosmétologie. Après mon stage dans une parfumerie, je n’ai jamais eu d’emploi. Je sais qu’en France je pourrais avoir un emploi bien rémunéré qui va me permettre de faire des économies et de revenir à Abidjan pour monter ma propre affaire ", affirme Claire.

Derrière l’eau

Son amie Elise n’a ni diplôme ni qualification. " Je ne suis pas allée loin dans les études à cause d’une grossesse que j’ai eu à 16 ans. Mon enfant se trouve chez son père et je veux bien partir à Bengue pour travailler. Même pour un emploi de nounou ou de serveuse, je suis partante. Ici, on ne peut pas toucher plus de 40.000 FCFA (62 euros, à peine le salaire minimum, NDLR) pour ces emplois. Charlotte m’a dit qu’en France, je peux toucher cinq fois plus ", soutient Elise, en souriant. " Je t’ai aussi dit que tu peux dépenser cinq fois plus que ce que tu pourrais toucher à Abidjan ", rectifie Charlotte tout en souriant aussi. Ce à quoi son amie répond qu’elle sait se montrer radine. Toutes les trois éclatent de rire, avant de consulter le site de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire. " On va profiter de l’ordinateur et de la connexion Internet de La Marseillaise. Ce n’est pas tout le monde qui a ça chez lui à Abidjan ", plaisante Claire.

Le rêve d’aller " Derrière l’eau ", une autre façon de dire " aller en Occident ", est permis, mais dure est la réalité qui conduit à sa concrétisation. Obtenir par exemple un visa pour l’Europe est loin d’être une sinécure pour les jeunes Ivoiriens qui veulent aller à l’aventure. Les amies de Charlotte-la-Marseillaise en ont conscience, mais cela ne fait qu’accentuer leur envie de partir : " Il y a tellement de dossiers à fournir, il y a les déplacements incessants à l’ambassade, les coups de fil, mais surtout l’argent nécessaire pour faire tout cela, sans compter le billet d’avion, etc. On sait tout cela, mais c’est cela qui fait qu’une fois qu’on est arrive à Bengue, on ne dort pas sur nos lauriers. La famille ne doit pas avoir honte ", martèle Claire.

Des vertus héritées de la France

Après le petit déjeuner, les trois copines s’engouffrent dans le véhicule Rav4 de Charlotte. " Ma copine, même si on dit que tu viens du froid, il faut couper la climatisation, tu sais que le carburant commence à manquer dans les stations d’essence ", fait remarquer Elise dans le Français courant qu’affectionnent les jeunes Ivoiriennes. Son amie la remercie pour la belle remarque et lâche : " Vrai que je suis habituée à l’air conditionné ". " Frimeuse, va ", rétorque Claire. Le petit groupe d’amies se rend chez une dame qui prépare son mariage et qui veut être très belle ce jour-là. Charlotte est chargée de coiffer la mariée, mais surtout, elle doit coiffer les demoiselles d’honneur, la mère de la mariée, ainsi que ses sœurs et ses amies. " Une vraie compagnie, plaisante Charlotte. Même si je suis de repos aujourd’hui, pour rien au monde, je ne raterais un rendez-vous pareil ". Elle tient à être à l’heure et surtout à satisfaire tous les désirs de sa cliente potentielle. La ponctualité et la satisfaction du client-roi sont des vertus qu’elle a acquises lors de son séjour en France. Ces éléments forcent le respect chez les autres. Et cela compte en affaire !


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Prince Beganssou
Abidjan
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