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SénégalLe client ne décolère pas. " Pourquoi trompez-vous les gens avec vos machines pourries que vous appelez cybercafés ? A cause de vous, je viens de louper un contrat de 5 millions FCFA avec un partenaire Sud-Africain. Il attendait que je lui envoie les documents à 10h. Or, deux heures après ce délai, je n’ai pas pu les expédier ", fulmine M. Etoga. Après une minute, il conclut, la mine défaite : " Voilà ! Je viens de recevoir un mail. Mon contrat est résilié avec mon partenaire ". Le gérant du Cyber Express à Akwa fait amende honorable : " Mon frère, c’est la faute au faible débit. Depuis des années, on attend la fibre optique, mais on ne la voit pas. "
Ces câbles posés à moins d’un mètre sous terres sont à la merci des intempéries
Où en est le déploiement de la fibre optique ? Malgré quelques avancées, cette technologie annoncée comme révolutionnaire pour le développement du Cameroun se conjugue toujours au futur. L’échéance de 2009 pour la première phase de la fibre n’a pas été respectée. Du côté du gouvernement, on accuse le coup de financement qui se chiffre en milliards de francs CFA. Le 7 juillet 2009, la Chine (qui a gagné le marché lié au déploiement de cette technologie) a prêté 26 milliards FCFA (sur les 39 milliards FCFA requis pour la première phase) au Cameroun. " On ne peut confier l’implémentation de la fibre à des gens qui introduisent le câble à moins d’un mètre sous terre. Ces câbles sont à la merci des intempéries ", gronde Collins Meka, expert en télécommunications à Douala.
350 milliards pour réaliser le backbone – c’est-à-dire le réseau - au Cameroun
Et pourtant, le projet de déploiement disponible sur le site web du ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) semble ambitieux : " La réalisation du backbone national en fibre optique se fera en trois phases. Cette opération est estimée à 350 milliards de francs CFA. Dans la phase 1, tous les chefs-lieux de régions, les universités et les grands pôles de développement identifiés (les barrages de Lom Pangar et Nachtigal, le gisement de fer de Mbalam, la bauxite de Mini-Martap et de Fongo Tongo) seront connectés. La deuxième phase verra la connexion des chefs-lieux de départements. Et la troisième phase portera sur la connexion des chefs-lieux d’arrondissements et des localités importantes. Les trois phases devraient s’exécuter dans un délai de trois ans ".
Une deuxième fibre optique au Cameroun
Pour le Minpostel, l’Etat doit créer une entreprise, Sitelcam, " pour réaliser ce réseau de manière économique et efficace ". Jusqu’à aujourd’hui, aucune information officielle n’a filtré sur la création de cette entreprise. Pour l’instant, Ebongo Aboutou Albert, l’ingénieur des télécommunications, constate et déplore que la phase 1 du déploiement de la fibre optique n’a pas été respecté. Le 22 avril 2010, le ministre des Postes et Télécommunications Jean-Pierre Biyiti Bi Essam s’envolait pour Paris et New-York. Un de ses collaborateurs laissait entendre dans la capitale française que le Minpostel avait signé un accord portant sur la pose d'un nouveau câble sous-marin de fibre optique reliant l'Europe occidentale à l'Afrique du Sud. C’est la ville de Kribi qui aurait été le point d'arrimage de cette deuxième fibre optique au Cameroun.
Encore 5600 km de fibre optique à poser
Démarré en février 2010, ces travaux devaient durer 18 mois. Le projet Backbone national va consister à construire un réseau de câbles optiques sur une longueur de 3200 kilomètres à travers l'ensemble du pays. Excepté les 900 km de tronçon du pipe-line Tchad-Cameroun auquel est reliée la fibre optique, pour couvrir tout le Cameroun, il reste 5600 km de fibre optique à poser. De quoi freiner l’ardeur des Camerounais qui tardent à voir les fruits palpables de la fibre optique tant vantée.
Or, soupire Collins Meka : " En termes de qualité de communication, de capacités offertes, de coût d’exploitation et de durée de vie, la fibre optique est sans conteste le meilleur moyen de transport de communications ". Sur le plan financier, le Minpostel se frotte déjà les mains à l’idée de poser la fibre optique : " Nous escomptons à cet effet un triplement du chiffre d’affaires du secteur des télécommunications qui est de 450 milliards FCFA à l’heure actuelle après la construction du backbone national à fibre optique ".