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SénégalEn 1998, lorsqu’ils commencent à se populariser, les cybercafés deviennent la nouvelle coqueluche. A l’origine, c’était une affaire d’élite. Dans les cités estudiantines de Yaoundé et Douala où les cybers se sont d’abord implantés, une heure de connexion ne coûtait pas moins de 1500 FCFA (plus de 2 euros). Progressivement, les prix ont dégringolé jusqu’à six heures voire dix pour 1000 FCFA (1 euro et demi). Plus d’une décennie plus tard, les cybercafés sont en chute libre au Cameroun. Selon les statistiques, le taux de pénétration de l’internet au Cameroun est de 3%. Au tour des cybercafés de battre de l’aile.
La métamorphose est impressionnante. Au carrefour Ange Raphaël, en face de l’université de Douala, les locaux abritant les cybercafés ont fait peau neuve. A l’entrée principale des étudiants, un cyber a cédé sa place à… Un établissement bancaire. A deux mètres, même scénario : un cyber est devenu un salon de coiffure. " Mon frère, je cherchais un local, le patron du cyber me l’a cédé. Je suis impressionné car je ne pouvais pas imaginer qu’on remplacerait un cyber par un pauvre salon de coiffure qui ne rapporte pas du tout ", lance James, le coiffeur rencontré sur place, un brin moqueur.
" Il y a d’abord les impôts qui nous tuent "
Vers l’entrée des enseignants de l’université de Douala, la dizaine de cybercafés qui existait a laissé place à des établissements de vente de matériel informatique, à une auto-école, à un secrétariat publique... Cependant, quelques cybercafés semblent échapper à la déculottée de ces espaces qui tombent en faillite les uns après les autres. " Mon frère, c’est l’hécatombe. On a trop de faillite dans ce secteur ", lance Agbor, gérant du Cyber café Ubns, les yeux humides. Il renchérit : " Il y a d’abord les impôts qui nous tuent. Une petite PME comme ici avec à peine trois employés, on demande de payer 120000 FCFA par trimestre alors que les clients ont disparu. "
" Tous les autres cybercafés qui nous faisaient concurrence sont tombés en faillite "
Toujours au carrefour Ange Raphaël, Miracle informatique est l’un des cybercafés qui existe depuis plus d’une demi-douzaine d’années. " Tous les autres cybercafés qui nous faisaient de la concurrence sont tombés en faillite. Nous-mêmes, on tient debout car au-delà du cyber, il y a plusieurs services comme la vente de consommables informatiques, la formation, etc. ", explique Valérie, une gérante.
" Tous les bureaux en face de l’université de Douala étaient les cybers "
Aimé Moukoko, étudiant en Master II à la Faculté des sciences et de gestion, côtoie les cybercafés depuis près de six ans et explique : " A mon arrivée ici, tous les bureaux en face de l’université de Douala étaient les cybers. Les problèmes qu’ils rencontraient étaient les mêmes : les fournisseurs d’accès à internet peu fiable, les cybers qui ne renouvellent pas leur parc informatique, les problèmes de management, etc. " Conséquence, plusieurs cybercafés tombent en faillite ou voient chuter leurs recettes. Les promoteurs des cybers se réorganisent pour renaitre de leurs cendres. Une association est déjà sur pied pour tenter d’obtenir de meilleurs lendemains.
La razzia des petits modems à petits prix
Le glas sonne avec la concurrence des modems à petits prix qui permettent aux ménages d’être connecté à domicile, ou via leur téléphone portable. " Vous rendez-vous compte que presque tous les étudiants ont des lap top avec connexion internet à 15000 FCFA mensuel dans leur chambre ? Où irons-nous trouver d’autres clients ? ", interroge Amadou, un ancien gérant de cyber, incrédule.
Nadine, une ancienne gérante de cyber reconvertie dans le call box, est nostalgique : " Les prix de la connexion ont drastiquement chuté. Quand j’ai ouvert en 1999 ici à Douala avec 5 ordinateurs, la minute coûtait 1200 FCFA. Ensuite, je suis passée à 40 ordinateurs, l’heure coûtait 500 FCFA. Avec l’arrivée des concurrents, je suis descendue à 400 puis 300 FCFA. Aujourd’hui, j’ai à peine une cinquantaine de clients par jour. Avant, j’avais pas moins de 200, voire 300 clients par jour ". Jeanne, une autre ancienne gérante, est fataliste : " Il n’y a plus d’avenir dans ce métier. Mais les cybers ne disparaitront pas car il y aura toujours des filles qui viennent chercher des blancs sur internet ". En effet, les cybercafés sont devenus le lieu d’un nouveau type de spectacles : strip-tease, agence matrimoniale...
" Il faut implanter la fibre optique "
Un sentiment partagé par Calvin Kouam, gérant à Cyber Café Live au quartier Akwa à Douala : " On a de très grands cybers gérés par des fils de ministres qui sont tombés. L’exemple le plus patent, c’est New Tech qui semblait pourtant bien structuré. Hélas. "
Toutefois, certains restent optimistes. " Il faut réorganiser ce secteur. Une chose est certaine, tout le monde ne peut pas avoir accès à internet à son domicile. Il faut plutôt résoudre le problème des faibles débits avec l’implantation de la fibre optique, les problèmes des virus qui rongent les ordinateurs, et des employés qui sont très mal rémunérés ", propose Bouba, du cyber café MKC Affairs, au quartier Akwa à Douala.