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SénégalThéodore Nahou est un cuisinier professionnel ivoirien. Il est connu sous le pseudonyme " Le Prestigieux ", pour son goût quasi obsessionnel pour les détails, que ce soit dans la décoration des plats ou dans l’hygiène. Diplômé du Lycée hôtelier de la Riviera (Abidjan), il travaille à l’hôtel Ivoire, le plus grand complexe hôtelier de Côte d’Ivoire, aujourd’hui en réfection. En attendant qu’il retrouve sa cuisine, cet homme de 35 ans, qui totalise près de quinze ans de métier, travaille pour le compte d’une personnalité politique qui lui a confié ses nombreuses réceptions, et surtout, ses repas de fin d’année.
Africavox.com : Quels sont les plats que les Ivoiriens aiment manger pendant les fêtes ?
Théodore Nahou : Il faut d’abord savoir que les Ivoiriens aiment manger aussi bien des spécialités ivoirienne ou africaine que les plats européens. Il y a plus de soixante ethnies en Côte d’Ivoire et chaque ethnie ou groupe ethnique aime manger des plats typiques du terroir pendant les jours de réjouissance. Ainsi, chez les Dan dans l’ouest du pays, les populations aiment manger de la sauce de feuille de taro qui se consomme avec du riz ou du taro. Chez les Baoulé, au centre du pays, il y a la sauce gnangnan, qui est une sorte d’aubergine de très petite taille, qui laisse un arrière-goût légèrement amère et le gouagoussou. Chez les peuples du sud du pays, notamment les Ebrié d’Abidjan, on consomme lors des fêtes le kpoh, la sauce graine au thon. Au nord, il y a le kabato, qui est de la poudre de maïs préparée avec de la sauce dah, une sauce à base de feuille très tendre et légèrement gluante, mélangé à de l’arachide.
Africavox.com : Comment se préparent ces plats ?
T.N. : La sauce taro par exemple se prépare ainsi : vous coupez des feuilles tendres de taro, vous les ciselez, vous les mettez dans de l’eau bouillante et vous les écrasez pour obtenir une pâte. Cette pâte est préparée avec de la viande de brousse. Le plat est servi dans des talié, c’est-à-dire dans des assiettes fabriquées à la main à base d’argile par des potières. Cela rajoute à la solennité du repas. Quant au kpoh, il est préparé de la façon suivante : on fait bouillir des graines de palmier puis on les pile pour séparer la graine de la chair. On fait macérer la chair devenue pâteuse et on extrait le jus. C’est ce jus qui est chauffé avec du thon et d’autres légumes, ainsi que des fruits de mer comme le crabe. Il est mangé avec de l’attiéké (couscous de manioc préparé à la vapeur, NDLR) gros grains appelé agbodjama, mélangé à de l’huile rouge, l’huile des grandes cérémonies chez les Akan (groupe ethnique majoritaire en Côte d’Ivoire, qui habite le centre, le sud et l’est du pays). Le gougouassou chez les baoulé du centre du pays est le mélange de l’aubergine et du gombo. Il est préparé avec de la viande de brousse, principalement de l’agouti ou de la biche. Il est servi chaud avec du foutou d’igname.
Africavox.com : A Abidjan, dans les restaurants, quels sont les menus que vous allez proposer aux consommateurs ?
T.N. : Outre les plats africains que j’ai évoqués il y a quelques instants, l’expérience nous a montré que les consommateurs ivoiriens aiment bien la fricassée de volaille au champignon de Paris. Elle est mangée avec du riz ou de la pomme cuite à la vapeur. Et surtout, il y aura l’immanquable cuissot de poulet désossé aux trois parfums, qu’affectionnent particulièrement les Ivoiriens qui ont suffisamment d’argent pour s’offrir un plat de 30.000 FCFA (plus de 45 euros, NDLR) dans un restaurant moderne. C’est un plat européen à la couleur patriotique ivoirienne. En effet, les trois parfums représentent les trois couleurs du drapeau ivoirien. Dans l’assiette, on trouve l’orange représenté par la carotte tournée. Les pommes de terre tournées à la vapeur constituent le blanc. Les épinards ou les haricots verts représentent bien évidemment le vert. Côté viande, je vais proposer du médaillon de bœuf grillé à la jardinière de légumes, à la sauce poivre vert. Côté poisson, je vais proposer du filet de daurade poêlée sur son lit de ratatouille. La daurade est un poisson de mer pêchée dans les eaux ivoiriennes et connues sous le nom de carpe. Ce poisson est ébarbé, c’est-à-dire qu’on enlève les écailles et les arrêtes, puis on le marine avec des feuilles de romarin, du vinaigre, du sel, du poivre et de la moutarde. Quant à la ratatouille, c’est un mélange de plusieurs légumes comme les violettes, les oignons, la tomate, les courgettes découpées en cubes et sautées.
Africavox.com : De façon générale, quelle est votre appréciation du goût des Ivoiriens en matière de repas de fête ?
T.N. : Aujourd’hui, lorsqu’on parle de cuisine africaine, on fait la plupart du temps référence à la cuisine ivoirienne. Quand l’adage dit : « En Côte d’Ivoire, il y a la joie », ce n’est rien d’autre qu’une référence à la gastronomie. L’Ivoirien aime bien manger surtout pendant les moments de fête.