Site global
Cameroun
Côte d'Ivoire
Sénégal" Tends la main ! ", hurle le Maloum - marabout, en langue peul. Le jeune Mahamat, âgé d’environ 6 ans, se tord de douleur. Il hésite. Finalement, il se décide à tendre ses frêles phalanges. Le Maloum fait voler la chicotte sur les doigts de l’enfant en criant " Quatre ! Il reste un dernier coup ". L’enfant tend sa main. La douleur est visible. " Housseni Maloum " (" Pardon maître ! "), lance l’enfant. Ses supplications glissent comme de l’eau sur le dos d’un canard. Des cris de douleur. Mais le maitre n’en a que faire. Les élèves têtus ne vont pas échapper au supplice du caoutchouc au contact de leur peau.
" L’islam n’encourage pas l’usage de la chicote "
Un samedi à Douala. Le quartier Village a la particularité d’être cosmopolite. Tous les peuples y sont représentés, surtout les musulmans venus de la partie septentrionale du Cameroun. Ils ont importé leur culture, et donc l’école coranique. Maloum Youssoufa nous reçoit, un sourire sur les lèvres. " Ce n’est pas tous les jours qu’on vient faire un reportage sur l’école coranique ", lance-t-il en nous présentant une chaise. Les élèves, selon la coutume, sont assis sur la natte. " L’islam, explique notre interlocuteur, n’encourage pas l’usage de la chicotte. Au contraire, le maitre peut procéder par des par engueulades, un coup de colère ou même du mépris. Si l’élève n’assimile pas la leçon, le maloum vérifie si les blocages ne sont pas à son niveau. Dans le cas contraire, le maitre doit analyser attentivement de l’environnement l’enfant. Et si rien n’indique que l’enfant a un obstacle et qu’il est juste têtu, c’est peut-être à ce moment qu’il peut utiliser la chicotte. "
Plainte au commissariat de police
Prince Njoya, de l’association Unis pour tous à Douala qui travaille en collaboration avec plusieurs ONG des Droits de l’Homme, affirme : " Ils sont très rares les Maloum qui font encore usage de la chicotte. Lorsque certains parents découvrent les traces des cicatrices sur les mains de leurs enfants, ils leur arrivent de porter à ce maitre dans un commissariat de police. " A quoi sert l’école coranique dans un environnement moderne ? " Elle a toute sa place. Elle procure une éducation religieuse dans ce monde aux mœurs légères ", soutient Soumaïla, de confession musulmane.
" Punitions pédagogiques "
La modernité a changé le programme des cours. " Au village, les cours se font tous les jours, excepté les jeudi. Les parents apportent de la viande, du riz, de l’argent, selon leurs moyens, au Maloum. Il n’y a pas de tarif standard. Mais en ville, les choses en changé. Puisque les enfants fréquentent l’école ordinaire, les maloums font cours les mercredis et vendredis après-midi, les week-ends et les jours fériés ", indique Maloum Youssouf. Combien de temps peut prendre la formation à l’école coranique ? " Il faut juste assimiler les 114 sourates du Coran. Certains enfants le maitrisent en six mois. D’autres le fond en trois ans ", explique Soumaïla.
Mais la chicotte, même si elle fait de la résistance, tend visiblement à disparaitre. Il existe des " punitions pédagogiques " soutient Maloum Youssouf. " On peut les mettre à genoux ou leur faire planter les choux. Pour les plus récidivistes, on convoque les parents pour un échange entre adultes ", ajoute-t-il.