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SénégalParmi les Ivoiriens qui avaient trouvé refuge au Ghana pour fuir la guerre ou qui s’y étaient établis à la recherche de la prospérité, nombreux sont ceux qui souhaitent revenir au pays pour y investir, si ce n’est déjà fait.
La boulangerie de Fouad H. à Adenta, dans la commune de Madina (Accra), est désespérément vide. Le vigile qui balaie les débris de bois dans la cour répond qu’il n’y a plus personne. " Le boss est parti en Côte d’Ivoire. Il a libéré tout le monde ", confie-t-il en fanti, la langue nationale parlée par les Ghanéens, outre l’anglais. Fouad H. est un Ivoirien d’origine libanaise. Au début de la crise de septembre 2002 en Côte d’Ivoire, sa boulangerie située à Bouaké a été pillée. Il s’est retrouvé à Accra, où il comptait reconstituer son business. " Je me suis trompé. Les Ghanéens n’aiment pas trop le pain européen, ils préfèrent de loin le fresh bred, qui est un pain de fabrication locale ", nous confiait Fouad avant son retour en Côte d’Ivoire. A Bouaké où il est de retour, il compte, " avec l’aide de certains amis et mes économies ", reconstruire une nouvelle boulangerie et reprendre ses affaires là où il avait été contraint de les laisser, il y a neuf ans.
Après la guerre, la reconstruction
Norbert Koffi, le patron de Norbert Construction LTD, lui, n’a ni libéré son personnel, ni pris le chemin du retour. Ce quarantenaire natif de Béoumi, au centre de la Côte d’Ivoire, est arrivé au Ghana il y a dix-huit ans. Marié à une Ghanéenne, il a, à force de travail et de persévérance, réussi à bâtir une prospère entreprise de construction immobilière. Il n’a pas l’intention de délocaliser, mais compte bien installer en Côte d’Ivoire une succursale de son entreprise.
" J’ai entamé les démarches pour m’installer à San Pédro ou à Yamoussoukro. Le siège sera dans l’une de ces villes, mais je compte obtenir des marchés aussi bien à Abidjan qu’à Bouna ", fait-il savoir. Il compte débuter les travaux de son siège le plus rapidement possible, " probablement dès le lendemain de la prestation de serment du Président Ouattara ", prévue pour le 21 mai 2011.
Pour lui, il ne fait aucun doute qu’après la guerre vient le temps de la reconstruction, et cela nécessite que " tous les Ivoiriens, quelque soit le pays dans lequel ils sont et le domaine dans lequel ils excellent, y participent ». S’il veut revenir dans son pays pour y investir, c’est parce qu’il estime qu’ « on ne se sent mieux que chez soi ". Chez soi, pour lui, c’est à la fois son pays et son domicile. Il compte développer de ce fait un projet pour offrir à moindre coût des maisons aux Ivoiriens de classe moyenne, " les planteurs, les fonctionnaires, les libéraux ".
Associer les Ivoiriens
De son côté, le syndicat des entrepreneurs en bâtiment, dirigé par M. Soro Doté, monte au créneau pour encourager les nouvelles autorités à associer son organisation à la reconstruction. Ce dernier avait eu un différent avec les anciennes autorités à cause de son activisme syndical, en vue d’une sécurisation de l’environnement des affaires et la transparence dans l’attribution des marchés. Le nouveau pouvoir assure que c’est un mauvais souvenir. A l’immeuble Sciam du Plateau où siège le ministère du Plan, une cellule mise en place avec le Ministère des Infrastructures économiques et le puissant Groupement des entreprises de travaux publics reçoit les dossiers des candidats aux travaux publics, « en toute transparence », promet un collaborateur du ministre Albert Toikeusse Mabri. En ligne de mire, les 45 milliards de FCFA (70 millions d’euros) reçus de la part de partenaires au développement pour la réhabilitation et la reconstruction d’infrastructures de base à l’intérieur du pays. Norbert Koffi compte bien pouvoir boucler à temps ses démarches administratives pour s’atteler à ses travaux.
La crédibilité du nouveau pouvoir dépendra du traitement transparent des dossiers et de l’attribution tout aussi transparente des marchés. Les nombreux Ivoiriens de la diaspora observent.