Site global
Cameroun
Côte d'Ivoire
SénégalAfricavox.com : Plus d’un mois après l’arrivée au pouvoir de M. Ouattara, lesquels de ses actes vous feraient croire qu’il est différent ou similaire à M. Gbagbo?
Ginette Emma Hudson : Tout d’abord, sans émettre de jugement de valeur et en ne considérant que les actes et discours de ces deux hommes d’Etat, je peux dire qu’ils sont tout à fait différents dans leur manière d’approcher le peuple et de gérer les affaires courantes de l’Etat. L’un excellait par sa popularité dans ses rapports avec le peuple, tandis que l’autre invite le peuple à faire et à réussir ensemble avec lui. M. Ouattara prône aujourd’hui la réconciliation du peuple avec insistance, alors que son prédécesseur, sachant la fracture qui existait au sein de la population ivoirienne bien avant la crise, n’avait aucunement insisté sur une approche réelle de recoudre les liens fraternels. Sur le plan de la communication, M. Ouattara est assez clair et ses discours ne visent pas à minimiser une partie du peuple, contrairement à M Gbagbo. Je veux bien évidemment éviter de rentrer dans les détails. Les priorités qui transparaissent dans les objectifs du Président actuel sont basées sur la réconciliation, le rassemblement de tous les Ivoiriens et le fait qu’à travers la paix, la Côte d’Ivoire retrouve son hospitalité et sa tranquillité d’antan. C’est dans ce dessein que réside la condition sine qua non du développement.
Africavox.com : Pouvez-vous commenter les premières décisions du nouveau Président ?
G-E.H : Sur le plan extérieur, M. Ouattara travaille à retrouver le leadership ivoirien dans la sous-région et à redorer l’image d'une Côte d’Ivoire qui est tombée en décrépitude. Après tant de déchirures avec les voisins traditionnels du pays, le Président est en train de resserrer les liens diplomatiques afin de réinstaller un climat de confiance. Ainsi, pour mener à bien la relance de la cohésion sous-régionale, ses premiers voyages officiels ont été effectués au Sénégal et au Burkina-Faso. Fort est de constater qu’il travaille également dans la restauration de la confiance des investisseurs et bailleurs de fonds. Par exemple, on pourrait ici citer la réouverture des bureaux du FMI (Fonds Monétaire international, NDLR) à Abidjan et le retour presque certain de la BAD (Banque Africaine de Développement, NDLR). Sur le plan interne, il est habité par un certain réalisme quant à la réorganisation et à la réunification de l’armée ivoirienne. Nous l’avons vu avec la réintégration des généraux et officiers supérieurs qui ont défendu l’ancien régime dans la confiscation du pouvoir entraînant la crise postélectorale. Malheureusement, la sécurité générale n’est pas encore effective, mais elle ne saurait tarder, vu les démarches effectuées pour assainir le secteur. Au demeurant, un redéploiement des investissements s’est effectué dans le domaine des travaux publics avec une importante injection de fonds. Ajoutons un investissement sur la mise en place d’un programme d’urgence qui s’étend sur plusieurs secteurs : la mise en place d’un comité Vérité et Réconciliation, le combat contre l’insalubrité qui ne s’est pas fait attendre, avec le nettoyage des rues et le ramassage des ordures, la réouverture effective des hôpitaux et l’instauration de la gratuité des soins de santé, la réparation des réseaux électriques et hydrauliques, la rénovation des bâtiments universitaires. De plus, la planification d’un décaissement pour une reprise réelle et effective de la remise en état des bâtiments publics et administratifs. Dans la continuité des choses, le gouvernement a récemment engagé une discussion avec les entreprises locales pour la mise en place d’un plan de sauvetage afin que celles-ci redémarrent leurs activités. En somme, nous constatons qu’il y a un bon départ et nous attendrons les 100 jours traditionnels impartis à tout gouvernement pour tirer un bilan plus succinct et précis.
Africavox.com : Globalement, que pensez-vous de la méthode Ouattara ?
G-E.H : Le président a une approche très méthodique des défis de la Côte d’Ivoire post-crise. Sa méthode est basée sur la création d’un environnent favorable au développement. Il a certes du pain sur la planche vu l’étendue des destructions et pertes à la fois infrastructurelles, administratives et humaines ; mais le bel art qu’il possède de s’adresser à tous les Ivoiriens et à tous ceux qui vivent sur le sol ivoirien créera une réelle dynamique de croyance d’appartenance à une nation. Un gouvernement d’union a été annoncé, chose qui épouse une singularité qui est très ivoirienne. Si dans l'application, cela se traduit dans les prochains jours, il aura à coup sûr réussi un grand pari dans la réalisation de ses objectifs.
Africavox.com : M. Ouattara a déclaré qu’il souhaite réconcilier les Ivoiriens. Pensez-vous qu’il réussira à le faire et sous quelles conditions ?
G-E.H : La réconciliation peut se décréter mais sa réalisation est autre. Il est impératif que les Ivoiriens eux-mêmes se saisissent aussi de ce projet car le Président et son gouvernement ne peuvent à eux seuls faire la paix sans que chacun, individuellement, ne se sente impliqué. Les individus doivent savoir que le développent d’un pays passe par la réconciliation, par l’union des forces vives de la nation. La réconciliation que prône le Président est à juste titre la condition première pour une harmonieuse prospérité de la Côte d’Ivoire de demain. Le produit de cette réconciliation sera la paix, et dans la paix sortira le développement. Le Président Ouattara est parti pour réussir ce chantier à une seule condition : que tous les Ivoiriens veuillent bien se réconcilier et s’y impliquent favorablement.