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SénégalAu Cameroun, en général, on boit en bande car c’est plus marrant et ça fait passer le temps. De nombreux buveurs aiment être attablés dans un bar avec des amis ou des frères. Autour d’une bière, les plaisanteries vont bon train.
Ils sont quatre ce
samedi. Tous originaires de la Menoua, un département de l’Ouest camerounais.
Quatre hommes entre 30 et 40 ans qui font des affaires ou dirigent une petite
entreprise. Le samedi, dans la banlieue nord de Yaoundé, après deux ou trois
parties de foot, ils " déshabillent " la bière en enlevant
les étiquettes sur les bouteilles avant de lever le coude. Ils " avalent du maïs liquide ", ce
qu’ils appellent se constituer un " ventre de responsable ", c’est-à-dire proéminent. " Aujourd’hui, plusieurs d’entre nous ont fui.
Quand tu sais que tu bois comme une femme (en petite quantité, NDLR), il faut être sage et partir à temps ",
explique le rondouillard Nguetse, pour justifier le départ précipité de ses
camarades.
Réunion en famille autour d'une bière
Comme eux, à une dizaine de kilomètres de là, le dimanche, des frères et sœurs finissent le week-end en en " prenant une ". En prendre une, c’est boire, rappelle Raphaël. Avec d’autres originaires de l’Est du Cameroun, il aime s’asseoir autour d’un pot, pour prolonger la réunion qu’il tient régulièrement à Emombo avec ses frères et sœurs. Beaucoup de ressortissants de la région orientale du pays habitent les environs. " Je n’ai jamais cherché à savoir pourquoi ils y sont. Seulement, quand je dois passer par là le dimanche, je me camoufle pour ne pas avoir à payer l’impôt sur la bière ", témoigne Léonard S. Lui ne boit pas. Voilà pourquoi les siens lui imposent cet " impôt sur la bière ". Ce manège dure depuis de nombreuses années. " Je sais qu’il s’agit d’une manière de se détendre, mais je n’ai jamais eu la discipline nécessaire pour aller palabrer durant des heures dans une réunion familiale, avant d’aller rendre visite à un frère malade ou s’installer au bar voisin. C’est toujours animé de blagues, de taquineries parfois de commérages et d’engueulades soft, ce que j’aime bien, mais je n’ai jamais pu m’habituer au rythme de ces réunions où on lève le coude. Chaque fois que je cède à l’appel d’un des miens là-bas, ce qui est rare, je repars riche d’informations sur un trait de notre sagesse ancestrale, nos proverbes, notre culture, surtout en ce qui concerne la résolution des conflits interpersonnels. C’est aussi plein de blagues salaces. ", raconte-t-il.
Nguetse, quant à lui, apprécie les retrouvailles d’après match, entre frères. Question de culture. Son père lui avait déjà fait fréquenter les salles de réunion des originaires de son village à Douala. " Quand j’étais à l’université, j’ai présidé une association d’étudiants de mon ethnie. J’aime ça, être avec les jeunes comme moi, nous parlons de petits projets à réaliser ici ou au village. Nous apprenons beaucoup des règles de vie en société chez nous et comme on passe aussi du temps à se chahuter, l’alcool aide à calmer la soif, à passer du temps ensemble sans s’impatienter. Parfois, on dirait que ces boissons-là délient l’imagination moqueuse car on s’y comporte comme des cousins à plaisanterie et c’est très amusant ", explique-t-il.
Plaisanteries et moqueries entre amis
Ce samedi par exemple, on se moque des F4. Une abréviation pour désigner quatre villages de la région de la Menoua, retirés derrière des flancs de colline difficilement accessibles. " Le premier gars F4 qui a acheté une moto ici à Yaoundé a envoyé la nouvelle de cette acquisition et elle a fait le tour du village ", lance un de ses amis. C’est une provocation pour dire que ces gens sont démunis. Incapables. Attaque et défi à la fois pour ces jeunes habitués à la compétition économique dans un environnement où l’on compare la richesse et la réussite des originaires de tel ou tel coin du pays. Nguetse rit de bon cœur. Lui qui a réussi dans la vie – il s’est bâti une modeste villa en faisant du commerce de matériels informatiques – s’amuse de ces piques entre amis.
Les joyeux lurons seront donc encore là pour longtemps. A moins d’être trop occupés, un jour. " Le problème que j’y rencontre également, c’est que l’on y perd beaucoup de temps et en général, des parasites n’hésitent pas à se greffer au groupe ", argue Léonard. " Et que voulez-vous qu’on y fasse ? Quand on est en famille ou avec les amis, il y en a toujours qui prennent plus qu’ils n’en reçoivent. Savez-vous qu’il y a des gens à qui nous payons à boire juste pour le plaisir d’être en leur compagnie à écouter raconter des histoires ? ", conclut Nguetse.