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SénégalLes Camerounais boivent-ils trop ? Oui, selon les médecins et autres moralistes. Les hectolitres des brasseries modernes consommés par les buveurs se comptent en millions. L’on importe même des vins de grande qualité, en grande quantité. Les risques de cette pratique ne sont pourtant pas négligeables.
La compagnie qui détient près de 90% du marché de la bière produite par des brasseries au Cameroun, la SABC (Société Anonyme des Brasseries du Cameroun), est satisfaite de son activité. " Le marché de la bière au Cameroun a dépassé à nouveau la barre symbolique des 5 millions d’hl avec 5 051 168 hl vendus par les 3 brasseurs. C’est la quatrième année consécutive de croissance du marché de la bière avec une progression de +7.4%. " Les actionnaires de la compagnie ont entendu ce bout du rapport du conseil d’administration en juin 2010, lors de l’assemblée générale du premier brasseur camerounais.
Vente d'alcool en constante hausse
Pour l’homme de la rue comme pour certains chercheurs, le marché n’a jamais régressé. Pas même durant la deuxième moitié des années 1980 quand le Cameroun entrait dans la crise. Pas même la décennie suivante, quand des appels au boycott étaient lancés contre le brasseur contrôlé par un groupe français : Castel. L’entreprise a eu beau clamer ses difficultés et licencier, l’opinion l’a classée parmi les alliés de l’ancien colonisateur honni. Mais aujourd’hui, tout le monde est d’accord : ça marche pour les Brasseries du Cameroun.
Au fil des ans, les brasseurs commentent leurs résultats positifs. " Au 31/12/2007, le marché de la bière est en hausse de 9,2% ", lit-on ici. " Nos ventes (3 444 316 hl) enregistrent une progression de 13,3% par rapport à 2006. Grâce à ses bons résultats, notre part de marché atteint 77,5% sur un marché qui regroupe quatre brasseurs ", s’encourage-t-on là. " L’explosion du volume de consommation d’alcool au Cameroun est perceptible malgré une hausse des prix de plus de 15% ces deux dernières années ", lit-on dans la presse. Le Cameroun importe aussi auprès de grands producteurs d’alcools en Espagne et en France. " Ce qui le classe comme le 31ème demandeur de vins, le 24ème de mousseux et le 34ème de spiritueux ", indique un rapport des Douanes camerounaises sur l’année 1999/2000. A l’époque, le Cameroun se battait pour achever le programme d’allègement de la dette des PPTE (Pays Pauvres Très Endettés)…
Une consommation excessive
Assurément, l’alcool coule à flots. Mais certains ne veulent pas partager le verre. " On boit un peu trop chez nous ", observe Lucien, grand séminariste à Yaoundé. Le spectacle de la bière mortuaire côtoyant des casiers de bière derrière un pick-up, en direction d’un lieu d’inhumation, choque le futur prêtre. " On est en deuil et les gens sont préoccupés par ce qui va désaltérer ceux qui accompagnent le mort, c’est indécent. Dans nos villes, on voit les bars se suivre en rangs d’oignon alors qu’il y a vingt ans, il fallait se déplacer au moins sur deux cent mètres pour trouver un bar ", se lamente-t-il. Officiellement, les autorités camerounaises luttent contre la consommation abusive d’alcool. Et pour cause, si la cote d’alerte n’est pas encore atteinte, un problème se pose déjà ici comme ailleurs en Afrique. " Une étude récente a montré que la consommation moyenne d’alcool par tête d’habitant dans les pays de la Région africaine se situe autour de 6,2 litres d’alcool pur et est équivalente à la moyenne mondiale. Toutefois, l’étude a révélé que seulement 3 sur 10 personnes boivent de l’alcool dans notre région, signifiant que seulement 30% de la population est responsable de cette moyenne ", indique une évaluation de l’OMS d’avril 2011.
Qualité contestable et effets nocifs
Malheureusement, note l’introduction à une réunion de l’OMS sur les maladies non transmissibles, la consommation d’alcool prend parallèlement de l’ampleur et entraîne des conséquences néfastes sur la santé. Le nombre de suicides, d’actes de violence et d’accidents de la circulation attribuables aux effets de la consommation abusive de l’alcool ne cesse d’augmenter dans le monde. C’est dire combien le robinet des barmen doit être surveillé. Comme si elles ne voulaient pas être accusées d’empoisonner leurs clients, certaines compagnies ont d’ores et déjà introduit dans leurs publicités des invitations à " boire de manière responsable ". D’autres encore, critiquées à l’Assemblée nationale sur la qualité des whiskies en sachets bon marché, ont préféré contre-attaquer en invitant à consommer la qualité approuvée par les consommateurs. Sauf qu’il s’agit des plus pauvres, ceux pour qui la qualité n’intervient pas prioritairement dans leur choix.
