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SénégalLa croissance démographique est-elle un frein pour le Cameroun ? L’inégal développement des villes peut-il être résorbé ? Comment réduire la pauvreté ? Enseignant à l’Institut de formation et de recherches démographiques du Cameroun (Iford) et démographe, le Dr. Fassa Daniel Tolno répond à nos questions.
Africavox.com : Quels sont les enjeux par rapport à population majoritairement jeune du Cameroun ?
F.D.T. Le Cameroun est un pays qui a une proportion importante de moins de 15 ans qui va au-delà de 40%, une proportion très faible des personnes du troisième âge, ainsi qu’une forte natalité. Avec cette proportion importante de jeunes, les pouvoirs publics doivent trouver des solutions pour l’accès à l’éducation et l’insertion dans le milieu professionnel.
Africavox.com : Lors du dernier recensement en 2005, le Cameroun comptait 19 millions d’habitants. Les projections indiquent qu’en octobre 2011, on aura atteint les 20 millions. Ce nombre est-il un frein ou un atout pour le développement du Cameroun ?
F.D.T. C’est une question embarrassante car lorsqu’on fait des comparaisons internationales, par rapport à la superficie du Cameroun et toutes ses richesses du sol et du sous-sol, on a l’impression que les 20 millions ne peuvent pas être un frein au développement. Mais lorsqu’on regarde la gestion actuelle, on se pose un certain nombre de questions. La France a une superficie presque équivalente à celle du Cameroun et compte 70 millions d’individus. Lorsque les investissements, le niveau d’urbanisation, les efforts sur le plan de l’agriculture, sur le plan des ressources humaines et sur le plan de l’industrialisation n’accompagnent pas cet effectif, il va sans dire que l’effet est négatif. Cette croissance démographique n’est pas en harmonie avec la croissance économique.
Africavox.com : Peut-on résorber l’exode rural ou encore, l’inégal développement des villes ?
F.D.T. Il faut créer des pôles d’attraction à l’intérieur du pays. Même s’il y a aujourd’hui des universités dans la plupart des villes, ces universités n’ont pas le même statut. Soit à cause du personnel enseignant qui ne désire pas fréquenter les régions où il manque un certain nombre d’infrastructures, soit à cause du niveau de formation qui est disparate. Prenez un pays comme la Belgique avec une capitale appelée Bruxelles et une banlieue du nom de Louvain-la-Neuve. Les habitants de cette banlieue n’ont pas grand-chose à envier aux habitants de Bruxelles. On doit trouver une sorte d’harmonie entre les populations et leurs besoins. Il faut équilibre les infrastructures afin que les gens se sentent à l’aise là où ils sont.
Africavox.com : Les données officielles indiquent que 40% de la population camerounaise vit en dessous du seuil de pauvreté. Comment peut-on inverser cette tendance ?
F.D.T. Si vous observez la question de la pauvreté de façon globale, vous vous rendrez compte qu’elle est beaucoup plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain. Il faut donc penser à développer le milieu rural. Avec le temps qui passe, on a l’impression de régresser.
Africavox.com : Peut-on en déduire que les autorités n’ont pas toujours su allier la démographie et les politiques de développement ?
F.D.T. C’est une question qui remonte au XVIIIe siècle, que l’éminent démographe et statisticien Malthus avait abordé. Selon lui, la population a une croissance exponentielle tandis que les ressources croissent du point de vue arithmétique. C'est-à-dire que la population croit un peu plus vite que les ressources. On revient toujours aux investissements. Il faut mettre en place un cadre législatif et juridique bien élaboré. Aux Etats-Unis, lorsque vous descendez de l’avion à l’aéroport, la première des choses que vous voyez, c’est que " nul n’est au dessus de la loi ". Dans plusieurs pays d’Afrique, il faudrait mettre en place des mécanismes qui font que tout le monde respecte la chose publique, faire en sorte que tout ce qui est bien public soit mieux valorisé que le bien privé.
Africavox.com : Y a-t-il lieu d’être optimiste pour les années à venir ?
F.D.T. D’une manière générale, avec la démocratie naissante et avec une bonne gouvernance, il n’est pas encore trop tard pour aller de l’avant.