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SénégalAhmadou Ahidjo a dirigé le Cameroun de 1958 à 1982. Avant l’indépendance en 1960, il était Premier ministre. Ses pouvoirs se sont accrus à l’indépendance. Plus encore avec la réunification des deux Etats fédérés camerounais en mai 1972. Comment cet enfant d’une famille peule de Garoua, qui ne constitue pas la majorité de la population dans sa région d’origine, a-t-il pu s’imposer dans tout le pays ? Plus encore, comment est-il parvenu à installer un parti unique, par " crainte " des divisions ethniques " préjudiciables au développement " ? Et Paul Biya, son successeur… Comment a-t-il pu faire adhérer les Camerounais à son discours sur la nécessité de maintenir le parti unique de peur de l’implosion ethnique ? Lui qui est également issu d’un groupe numériquement moins important que le reste de la communauté nationale.
Le Cameroun a officiellement abandonné la mention des ethnies sur les cartes d’identité. Il est cependant difficile de le contester. Les deux présidents du Cameroun ne pouvaient se maintenir au pouvoir grâce au seul soutien de leurs " frères ". Selon le dernier recensement officiel, le Sud, région d’origine du président Biya, est la moins peuplée du pays : environ 692 000 habitants sur les 19 millions de Camerounais. En admettant même qu’il y ait eu de l’exode rural, le Sud n’est pas la région la plus marquée par ce phénomène. Si le chiffre n’est qu’une indication, il illustre la faiblesse du discours qui agitait le spectre tribal. Pour les deux figures du système qui dirige le Cameroun, c’est la proposition politique qu’ils représentent qui séduit les Camerounais.
Folie tribale
Aussi, les contestations populaires du régime des années 1990 sont pour Issa Maïkano, originaire de l’Extrême-Nord, un désaveu cinglant d’Ahidjo et Biya. " Admettons que les élections de ces deux présidents gagnées à 99% étaient sincères. D’où vient subitement le fait que les gens se soient mis à contester ? " Un professeur d’histoire dans les lycées raille la prétention d’Ahidjo et Biya à prévenir le tribalisme via le parti unique. Il rappelle que durant les dernières années de la colonisation, les Camerounais avaient voté des élus issus d’ethnies minoritaires. Alexandre Douala Manga Bell par exemple, émissaire du sud camerounais au palais Bourbon au milieu des années 1940. " Si une folie tribale habitait les esprits, Biya et Ahidjo seraient les premiers à être éjectés de toute élection nationale. Le président pourrait être un Kirdi, puisqu’ils sont nombreux dans le Nord. "
Il faudrait croire, conclut Issa, que les deux premiers présidents du Cameroun étaient des " génies ". " Ils faisaient donc comprendre par la magie de leur seul verbe qu’il ne fallait pas s’étriper. Mais les Camerounais étaient-ils en passe de se bouffer entre eux quand ils sont arrivés au pouvoir ? " M. Ekoko, militant de l’Upc, parti nationaliste qui avait réussi à fédérer le mécontentement transethnique, voit plus loin. C’est, d’après lui, la continuation de la justification de l’aventure coloniale.
Divorce
Le prétexte de l’envahissement de l’Afrique par les puissances occidentales était la civilisation des tribus qui passaient le temps à guerroyer. " Si c’était vrai, ils n’auraient plus trouvé personne. Les relations entre nos tribus n’étaient pas plus violentes qu’ailleurs. Il y avait de la diplomatie matrimoniale entre communautés qui faisaient des mariages en vue de prévenir des conflits. " Pour Enoh Meyomesse, candidat recalé à la présidentielle et féru d’histoire, l’idée qu’il fallait s’unifier autour de Biya et d’Ahidjo masque le déni de démocratie. " Le colon a trouvé cette formule pour éviter la contestation démocratique et ses successeurs l’ont suivie. Le plus drôle c’est qu’ils disaient que c’était pour développer le pays. Il demeure sous-développé malgré tant d’années d’unité ! "
La solution serait donc de laisser chaque réalité s’exprimer. Volonté démocratique et désirs communautaires. Commentant les idées de Roger Gabriel Nlep sur la démocratie et les élections en Afrique Adolphe Minkoa She déclare : " On n'est pas près d'oublier la théorie du ‘village électoral’. " Idée qui part du constat de l'existence " d'un hiatus entre le pays réel et le pays légal, en particulier en matière d'élection. " D’où la " nécessité pour l'Afrique d'adopter la technologie électorale à ses propres réalités ", réclamée par Nlep. Le divorce entre le pays réel et le pays légal perdure pourtant, de manière qu’aucun auteur populaire ne l’explique. Comment un pays prétendument guetté par la confrontation tribale a toujours élu un président issu d’un groupe minoritaire ?