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SénégalUn dimanche à 14h. La famille Tamoukoué est au grand complet au restaurant Le Pékin du quartier Bonapriso. Mikel, Angea, et Marvin, les trois enfants de la famille, dévorent le riz cantonais au poulet en jacassant. Roseline, la mère, tient un nem tout en sirotant un jus de fruit naturel. " J’adore les nems. C’est un délice que je déguste presque tous les jours ", souffle-t-elle avant de lancer un dernier morceau de nem dans sa bouche. J-P, le chef de famille, mange en silence, son chow mein. " C’est mon repas préféré lorsque j’arrive ici. Les week-ends, à défaut de manger comme un végétarien, je me contente du chow mein qui est un cocktail de chou, de maïs, de carotte, de céleri, de poivron rouge et de côtelette de porc ", énumère-t-il. A l’entendre parler, on a l’impression qu’il s’y connait en cuisine chinoise : " C’est un ami qui m’a fait découvrir la cuisine chinoise. J’étais venu par curiosité et je suis resté par conviction. J’ai transmis le virus à ma famille qui apprécie également. Aujourd’hui, je me bouquine sur la cuisine. Des fois, les week-ends, je m’y essaye personnellement. "
La clientèle se recrute chez les " Jcd "
A l’instar de la famille Tamoukoué à Douala, plusieurs Camerounais sont devenus accros de la cuisine chinoise. Voilà pourquoi les restaurants de ce pays d’Asie poussent comme des champignons à Douala. Mais les plus connus sont les restaurant chinois de l’avenue Charles De Gaulle au quartier Bonanjo et le restaurant Le Pékin, sur l’avenue Njo Njo, au quartier Bonapriso à Douala. Les clientèles se recrutent parmi les " Jcd " (jeunes cadres dynamiques), qui sont plus ouverts aux nouveautés. Et le succès de Mme Liu Ging Hua, la tenancière du restaurant Le Pékin, ne vient pas seulement de la curiosité des " Jcd ". Un premier constat chez Liu Ging Hua, plus connue sous le nom de " Mme Pékin " : elle vit au Cameroun depuis 254 ans, elle connaît donc bien le pays et ses gens. Elle est accueillante, souriante et surtout affable. Rien à voir donc avec ses compatriotes au Cameroun, généralement fermés et méfiants vis-à-vis de l’étranger. " Cameroun, bien. Très heureux d’être au Cameroun ", lance-t-elle avec un accent chinois, pour expliquer sa longévité dans le pays où elle a posé ses valises depuis 1985.
" J’adore manger avec des baguettes "
Au restaurant chinois, l’ambiance est peut-être moins chaleureuse mais le service est impeccable. Pour manger, on vous propose soit des baguettes, soit une fourchette. Les mets les plus rencontrés ici, outre les nems et le riz cantonais, sont les fondues chinoises, la soupe pékinoise (très épicée), la soupe won-ton, ou encore le bœuf au printemps. Mais tous ces plats ne sont pas appréciés par les Camerounais. " En dehors du riz cantonais au poulet ou à la côtelette de porc, je ne me retrouve pas dans les autres mets. Par contre, j’adore manger avec une baguette ", s’extasie Martin M., un habitué du restaurant chinois du quartier administratif Bonanjo.
" Chez les Chinois, il n’y a pas de frontière entre repas et médicaments "
Pour Nancy Fotso, diététicien à Douala, le succès de la cuisine chinoise vient de son caractère thérapeutique : " Dans la cuisine chinoise, il n’y a pas de frontière entre repas et médicaments. Tout bon cuisinier chinois est d’abord un guérisseur. Lorsque vous venez parce que vous avez faim, il considère que vous êtes malades. Et il vous prescrit votre repas en fonction des maladies biologiques dont vous souffrez souvent. Chez les Chinois, le chemin qui mène à la santé passe par la cuisine. La preuve, on ne trouve pas les médicaments chimiques dans la pharmacopée traditionnelle chinoise. "
Si les Camerounais raffolent de la cuisine des Chinois, ces derniers le leur rendent bien : " J’adore les mets camerounais tels que le ndolé, la sole braisée, accompagnée de plantains ou d’ignames ", lance Mme Pékin, le visage illuminé par un large sourire. Autant dire que l’amitié sino-camerounaise se retrouve dans la cuisine.