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SénégalAu début, elle s’opérait exclusivement dans les milieux chinois de Douala. Aujourd’hui, la prostitution chinoise s’offre aussi aux clients camerounais dont certains ont longtemps fantasmé sur ces femmes au physique différent. Vendeuses le jour, prostituées le soir, les Chinoises gagnent du terrain dans la capitale économique du Cameroun. A la nuit tombée, elles écument cabarets, night-club, cafés, club de jazz, casinos et hôtels. Sur les plus de 5 000 Chinois qui habitent à Douala, certains constituent une sérieuse menace pour les " wolowoss " camerounaises les voient comme une menace. Elles manifestent leur colère contre ces nouvelles venues qui " cassent les prix ".
Entre le carrefour ancien Pmuc Akwa et Central Voyages, il y a un casino. " C’est un club fermé dont la clientèle se compose majoritairement de Chinois. Les quelques Camerounais qui s’y trouvent sont parrainés par les Chinois. A l’intérieur, chacun peut trouver chaussure à son pied ", confie Dovan Bogning, directeur de la rédaction du journal satirique camerounais " Le Popoli ". Le canard a déjà traité de la prostitution chinoise à Douala.
" On m’avait recommandé à une Chinoise "
Hervé N., un jeune informaticien résidant en France et de passage à Douala, y a vécu une expérience qu’il qualifie " d’inoubliable ". " C’est un ami qui m’avait recommandé auprès d’une de ses connaissances chinoises lorsque je quittais Paris pour Douala. A l’entrée du casino, il fallait montrer patte blanche. A l’intérieur, c’est un décor et une ambiance orientale qui y règnent. Il y avait beaucoup de Chinois, mais aussi des Libanais et des Camerounais. Lorsque j’ai pointé du menton une belle petite chinoise, mon guide est allé vers elle. Cinq minutes plus tard, il est revenu vers moi avec Ping, la petite chinoise. J’ai casqué (dépensé, ndlr) jusqu’à 40 000 FCFA (60 euros) car Ping n’avait que 25 ans et était très belle. C’était un bon coup ", raconte Hervé N., les yeux brillants.
L’argent, langage universel
C’est un fait : les prostituées chinoises gagnent du terrain à Douala. Leur mode opératoire est le même : le jour, elles sont vendeuses dans les multiples boutiques de leur compatriotes. Le soir, elles donnent du plaisir aux mâles qui en demandent. Les endroits les plus fréquentés ? Les cabarets de strip-tease d’Akwa ("Gogo dance ", "Chat noir ", etc.), les salons de massages orientaux des quartiers chics de Bonapriso, Bonamoussadi, Makepe, les casinos tenus par leurs compatriotes, les restaurants chinois, bref : les lieux de plaisirs pris d’assaut par la faune nocturne. " La plupart d’entre elles ne parlent pas français. Par contre, elles maitrisent très bien le prix de la passe qu’elles peuvent souffler en français ", confie Alain Roger T., un serveur dans un casino chinois de Douala. Lin, elle, parle couramment français : " Au début, j’avais peur d’aller avec les noirs. On disait qu’ils étaient trop puissants au lit. Un soir, j’ai expérimenté. Depuis, Chinois ou Camerounais, aucun souci à condition que les clients mettent le prix. "
300 prostituées chinoises à Douala il y a cinq ans
Combien de prostituées chinoises habitent Douala ? Aucun chiffre officiel ne permet de répondre à cette question. Cependant, le journal satirique " Le Popoli " qui a fait une enquête sur le sujet il y a cinq ans avançait le chiffre de 300 prostituées chinoises à Douala. " C’était un bon filon. Plusieurs d’entre elles avec qui nous avons discuté dans des cabarets à Bonanjo nous ont confié qu’elles venaient de manière saisonnière. Elles travaillaient le sexe sur deux ou trois mois, après, elles repartaient en Chine ", témoigne notre confrère Nyemb Popoli, directeur de publication du journal. Si l’offensive chinoise fait des heureux chez les mâles, elle provoque des frustrations chez les " wakas ", prostituées camerounaises. Furieuses de cette " concurrence déloyale ", rapporte Le Popoli en juillet 2006, les prostituées camerounaises du quartier commercial d’Akwa avaient recruté des " nanga boko " (enfants de la rue) pour éloigner les prostituées chinoises en les intimidant. Certaines ont fait planer la menace d’une grève pour protester contre la concurrence des prostituées chinoises.
Dumping des prostituées chinoises
Quant aux tarifs pratiqués, ils varient selon les milieux et la prostituée. Si des prostituées de luxe comme Ping touchent entre 40 et 50 000 FCFA (entre 60 et 76 euros) pour une nuit, d’autres, telles que Li, rencontrées à la " Petite Chine " se contentent de 2 000 à 3 000 FCFA (3 à 4,6 euros)… Alors que les "wolowoss" camerounaises exigent la passe entre 5 000 et 10 000 FCFA (entre 7,62 et 15,24 euros).
" La prostitution chinoise au Cameroun remonte au milieu des années 1990 "
En septembre 2007, le sociologue camerounais Basile Ndjio, qui enseigne dans les universités de Douala et Buea, a publié une étude sur la prostitution chinoise au Cameroun dans son livre " Shanghai Beauties and African Desires : Migration, Trade and Chinese Prostitution in Cameroun " (septembre 2007). " Au Cameroun, l'économie chinoise du plaisir et du désir se manifeste notamment par l'importation de Chine de gadgets sexuels, de produits aphrodisiaques, de magazines érotiques, de posters géants de femmes asiatiques nues, de films pornographiques chinois, etc. Cette prostitution chinoise a évolué. Avant, elle s’opérait essentiellement dans les milieux chinois. Aujourd’hui, elle s’offre aux Camerounais dont beaucoup ont fantasmé sur les corps des Asiatiques ", explique-t-il. Selon lui, la prostitution chinoise au Cameroun a débuté au milieu des années 1990. A ce moment, les autorités chinoises et les chefs d'entreprises avaient multiplié des projets d'investissement dans des pays africains. Ceci aurait favorisé l’arrivée des jeunes femmes chinoises. Pour le plaisir de certains… et le malheur des autres.
