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SénégalEn 42 ans d’existence, l’unique ring de Yaoundé n'en finit pas de drainer des graines de champions. Malgré la vétusté des infrastructures, les boxeurs camerounais s’accrochent à leur passion, inspirés et guidés par les exploits de leurs ainés au passé glorieux. Cependant, les meilleurs sont obligés de s’exiler pour poursuivre une carrière internationale. [24.11.10]
En cette matinée de novembre dans l’enceinte du Camp de l’Unité de Yaoundé, dix boxeurs enchaînent les ateliers près du ring. Au programme : musculation, percussion et esquive. Debout au milieu de la pièce, vêtu d’un-t-shirt blanc, d'un jean sombre et baskets aux pieds, le coach Mohamed Moustapha, chrono à la main, parle peu. Une mimique de sa part suffit à faire comprendre à un athlète qu'il doit modifier une posture ou réajuster un mouvement. La grande salle est éclairée par la lumière du jour que laissent pénétrer des plaques translucides de la toiture.
Le venin du cobra
Dans un coin du vieux gymnase de boxe, un athlète capte toute l’attention des quelques curieux assis dans les gradins. C’est George Akono dit le "cobra". Depuis une vingtaine de minutes il s’en prend à un sac de sable. Le cri sourd qu’il émet en même tant qu’il frappe en dit long sur la puissance de ses coups. Trois fois champion d’Afrique avant de perdre la face contre l’Ivoirien Henri Mobio en 2005, le cobra est un pur produit de la boxe camerounaise. A 34 ans, il a gravi tous les échelons de la boxe amateur du pays. " J’ai commencé ce sport il y a un peu plus de treize ans, se souvient-il. Je vais mettre à profit ce stage pour retrouver mon meilleur niveau ". Depuis qu’il a perdu sa ceinture, le cobra ne vit que pour redorer son blason. Le 29 janvier 2011, une compétition qualificative pour le prochain championnat d’Afrique de boxe se tiendra au Palais des sports de Yaoundé.
L’exil des champions
Chaque jour des jeunes affluent pour enfiler les gants : boxer pour une meilleure vie. Plus qu'un simple divertissement, la discipline promet d'en finir avec un destin jugé trop lourd. A Yaoundé, deux cents pugilistes se partagent les 11 clubs existants et... l’unique ring de la ville. Divisé en catégories pupille, junior, senior et féminine, le championnat camerounais connaît quelques déboires. " Lors des rencontres les pugilistes sont mal équipés, déplore Mohamed Moustapha, entraîneur 3ème grade. Le peu d’équipements disponibles est partagé entre les différents boxeurs. A la fin des compétitions, les pugilistes ne reçoivent aucune prime, en dehors des modiques mises des parieurs qui ne dépassent jamais 10 000 FCFA (15 euros) et qui sont en plus régulièrement détournées ". " Par ailleurs, conclût-il, après les entraînements certains boxeurs sont obligés de regagner leur domicile à pied en pleine nuit ".
La jeune garde s’exile
Cet état de paupérisation de la boxe favorise de plus en plus l’exil des meilleurs athlètes qui espèrent poursuivre une carrière internationale. Une situation qui contraste avec le passé glorieux des champions camerounais qui, depuis près de quarante ans, font parler d’eux : Joseph Bessala a été médaillé d’argent aux JO du Mexique en 1968, Martin Ndongo Ebanga, médaillé de bronze aux JO de Los Angeles en 1984. Plus tard, les Louis Ngatchou, Jean Marie Emebe, Norbert Ekassi et autre Emmanuel Essissima ont tous marqué l’histoire mondiale de la boxe. Une tradition entretenue aujourd’hui encore par une jeune garde au mental inoxydable mais obligée d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Sakio Bika, émigré en Australie à la faveur des JO de Sydney 2000 est, à 31 ans, l’actuel champion du monde Ibo. Hassan N’dam Ndjikam, dit ''El Fenomeno'', un autre prodige de la boxe mondiale (1,80 m ; 25 victoires dont 17 avant la limite) a remporté le titre de champion du monde Wba des poids moyen en battant aux points le Géorgien Avtandil, le 30 octobre dernier au Palais des sports de Paris.
Décrépitude de la Fécaboxe
Au camp de l’Unité, on s’accorde à reconnaître que les misères de la boxe nationale sont énormes. La fédération camerounaise de boxe (Fécaboxe) est inexistante. Les compétitions sont rares. Ancienne scierie coloniale, le Camp de l’Unité d’où sont sortis tous les fleurons camerounais n’a jamais été modernisé… en 42 ans d’existence ! " C’est lorsque des âmes de bonne volonté décident d’organiser des compétions que la Fécaboxe apparaît pour récupérer l’évènement ", s’insurge Liman Dao, professeur d’Education physique et sportive. Pour cet entraîneur de boxe, l’administration doit s’impliquer davantage. " L’année dernière le ministère des Sports et de l’Education physique a offert un ring à quelques régions, poursuit-il. Mais cela reste insuffisant. La boxe est un sport de spectacle dont le management est délicat et nécessite un investissement considérable. C’est une affaire de gros moyens. Il faut mobiliser les médias, attirer les sponsors, etc ".
Du côté de la Fécaboxe l’on préfère regarder vers l’avenir. " On ne peut pas palier seul à tous les problèmes, soutient Boniface Nwaha, le Secrétaire général. Nous appelons toutes les âmes généreuses pour nous aider à restructurer notre boxe dans son ensemble ".
Ultime chance pour le cobra
Dans la chaleur du Camp de l’Unité, les athlètes continuent leurs exercices. Le corps ruisselant de sueur, ils accélèrent le rythme. Ils savent que la pente menant vers les cimes est ardue. " C’est vrai que j’ai commis l’erreur de ne pas m’expatrier au bon moment. Parce que je me disais que je pouvais réussir ici au pays. J’ai été naïf ", confesse le cobra. Le 29 janvier prochain, il devra saisir sa chance, peut-être la dernière, pour réparer les erreurs de jeunesse, dont la misère de la boxe camerounaise n'est pas entièrement étrangère.