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SénégalWeb, journal, téléphones portables, télévision, radio, "bouche à oreille"…tout est bon pour colporter des rumeurs dans toute la Côte d'Ivoire, pourvu que ça marche. [05/01/11]
" Le ministre Emile Constant Bombet, vice-président du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire d’Henri Konan Bédié qui a soutenu au second tour, le candidat Alassane Ouattara) décide de soutenir le Président Laurent Gbagbo. " Nous sommes en pleine campagne pour le second tour de l’élection présidentielle. Le face-à-face entre M. Laurent Gbagbo, Président sortant et candidat de La majorité présidentielle (LMP) et M. Alassane Ouattara, soutenu par le Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP), est épique. L’un comme l’autre, ont besoin de soutiens et de ralliements. Alors la machine de la désinformation tourne à plein régime.
Bataille sur le Web
Sur le web, la bataille est rude. L’information concernant Emile Constant Bombet, une haute personnalité du PDCI, fait très vite le tour des réseaux sociaux, notamment Facebook. Très vite, la rumeur se répand dans le pays et parvient à l’oreille du concerné. Dès le lendemain, il fait publier un démenti dans la presse. Mais le mal est (presque) fait. " En Côte d’Ivoire, il n’y a jamais de fumée sans feu, comme le dit l'adage. Autrement dit, les gens estiment toujours qu’une information même fausse renferme une part de vérité ", indique Jean Louis Djéa, un écrivain.
Dans la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis septembre 2002, les rumeurs propagées à travers des canaux d’informations divers, ont beaucoup contribué à exacerber les tensions.
" Un journal de la place a osé publier une information sur de prétendus milliardaires de la Refondation (concept politique prôné par le Président Laurent Gbagbo, NDLR). Evidemment, le journal n’a soutenu son allégation par aucune preuve. Il s’est juste contenté d’employer le conditionnel en affirmant que l’information circulait, d’après lui, dans des milieux feutrés. Comme on peut s’en douter, le journal a perdu le procès en diffamation que lui a collé l’une des victimes de cette escroquerie politique, en l’occurrence la Première dame Simone Gbagbo ", relate Me Faustin Achi, avocat au barreau d’Abidjan.
L’information sur les "milliardaires de la Refondation", continue malgré cela d’alimenter les conversations à Abidjan.
Graves dérives
" Les journaux ivoiriens profondément marqués par leurs lignes éditoriales proches des partis politiques qu’ils défendent, se laissent souvent aller à de graves dérives ", note Zio Moussa, président de l’Observatoire pour la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (Olped). Autant dire qu’ils sont de vrais catalyseurs de rumeurs, s’ils ne les créent pas eux-mêmes.
L’un des canaux par lesquels les rumeurs se répandent dans le pays, sont les téléphones portables. " Une petite rumeur dite en une ligne peut faire en moins d’une heure, le tour de la Côte d’Ivoire, à travers les SMS. C’est la raison pour laquelle, pendant la campagne du second tour de l’élection présidentielle et plusieurs jours après la proclamation des résultats par le Conseil Constitutionnel, et au regard de la tension sociopolitique très vive, l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), a suspendu les SMS ", souligne Aboh, un jeune médecin, sans opinion politique.
Aboh révèle qu’il a reçu plusieurs messages incitant à la haine, à la violence et à la xénophobie, " difficilement supportables " et se réjouit de la " décision salutaire du Gouvernement, qui a ainsi stoppé bien des rumeurs dévastatrices ".
Cependant, fait-il observer : " On ne peut pas suspendre les messages envoyés à partir des téléphones portables et laisser la télé et la radio publiques, relayer des rumeurs, tandis que les chaînes d’informations internationales captées à partir d’antennes paraboliques sont interdites et alors que la RTI (Radio télévision ivoirienne, NDLR) est en situation de monopole ".
" Bouche à oreille "
Assurément, la RTI " a servi comme une arme de propagation de rumeurs, si elle ne les a pas, elle-même, créé de toutes pièces ", commente François Konan, journaliste au quotidien Le Nouveau Réveil. Celui-ci cite deux exemples. " La télé et la radio nationales ont annoncé la mort de Ouattara Issiaka, alias Watao, le chef d’état major des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN, ex-rébellion armée, NDLR). Les journalistes ont déclaré qu’il a été tué lors d’affrontements avec les forces armées pro-Gbagbo, dans les encablures de l’Hôtel du Golf (quartier général du président reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, NDLR). C’était de la pure propagande ", note François Konan.
En outre, souligne-t-il " ces médias publics ont déclaré que les manifestants pro-Ouattara, lors de la marche du 16 décembre sur la RTI, étaient armés, ce qui était faux. Si ce commentaire n’a pas favorisé les représailles contre les militants du RHDP, à tout le moins, il les a expliquées ".
" Dès qu’elles sont créées, les rumeurs empruntent le chemin du bouche à oreille, dans un pays où la population potentiellement active est oisive, faute d’emplois. Dans les quartiers surtout populaires où une personne sur deux est analphabète, les activités les plus répandues sont le ragot, les palabres et le papotage. Et qui dit ragot, palabres et papotage, ces vices de l’oisiveté, dit rumeurs ", démontre Decostère Sibailly, sociologue, enseignant chercheur à l’Université de Cocody.
La rumeur a encore de beaux jours devant elle, en Côte d’Ivoire.