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SénégalLa Saint Sylvestre offre l’opportunité aux adultes de se dégourdir les jambes au cours d’une soirée assez enlevée et de lever le coude en croquant un morceau. Choses vues et bues à Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest Cameroun.
Pas de confusion à faire. La soirée ne fait que commencer et des couples se donnent déjà du plaisir en découvrant le site. Il s’agit de la salle de spectacle de l’hôtel dit ‘‘Le Président’’ à Bafoussam, mise à la disposition d’un groupe d’hommes et de femmes ‘‘mûrs’’, comme on aime à les appeler au Cameroun, pour célébrer les carillons la nouvelle année. A 22h, il n’est pas aisé de parier sur l’identité des fêtards. Il faut attendre plus d’une heure pour se faire une idée des hôtes, modestement habillés. L’âge ne permettant plus de se vêtir comme à la belle époque, à l’époque où cette tranche d’âge faisait ses premiers pas dans la vie mondaine. On avance à petits pas, vers l’entrée de la salle, au milieu une foule compacte.
Passé glorieux
Les aiguilles de la montre tournent sans arrêt. Le temps passe sans donner l’impression qu’on plonge dans les profondeurs de la nuit. Pierre et Marguerite, respectivement âgés de 55 et 53 ans, font leur apparition. C’est le premier couple qui fait son entrée en salle après avoir montré patte blanche. Le ticket d’entrée se paie en direct à 1000 FCFA. Ni plus ni moins. " Nous ne sommes pas venus ici [à la soirée] nous remplir les poches. Il est tout simplement question de favoriser une rencontre entre des gens d’une même tranche d’âge. En leur faisant revivre un passé glorieux qu’ils n’ont pas oublié, mais qui s’éloigne d’eux peu à peu ", rappelle André Tanefo, 67 ans, initiateur du projet. La nuit s’annonce longue. Il vaut mieux être présent pour éviter des comptes-rendus approximatifs. " Ne soyez pas surpris de me voir dans ce milieu, j’y suis régulier depuis près de quatre ans", réplique M. Tagne, 70 ans, cheminot à la retraite. Sa seconde épouse, la prénommée Jeannette, 63 ans, lui tient compagnie. Ils n’ont pas l’air d’avoir vieilli. La vie est belle. Peu avant l’heure H, la salle est tellement pleine qu’on a du mal à se frayer un chemin. On estime le parterre à 150 personnes. Le moment tant attendu approche. A minuit, la salle explose de joie. On se donne des accolades, s’embrasse, fredonne. Et danse au point de vouloir se renverser. Le bal n’est pas moins chaud. Des visages s’illuminent sous l’effet d’un faible faisceau lumineux. Le son monte à partir d’un système de sonorisation. La première note est très bien connue du paysage musical africain, avec pour titre, " Bonne année, bonne année ", sorti des bacs, il y a bien longtemps.
Bisous
Le pas devient plus alerte. Le Makossa, genre musical typiquement camerounais, prend le relai. On écoute des vieilles voix, en se souvenant de sa jeunesse : Manu Dibango, Eboa Lotin, André Marie Talla, le groupe Black Style, Sallé John etc. Une longue série qui débarque sur quelques révélations musicales du début des années 80. On se plait à croire qu’on a remporté une bataille sur 2011. " Je ne cache pas ma satisfaction. Je suis très heureux de souffler ma 72ème bougie. Ce n’est pas donné à tout le monde dans un pays comme le Cameroun, où l’espérance de vie n’est pas élevée. J’implore le bon Dieu de guider mes pas tout au long de la nouvelle année ", se félicite Jean Bruno T., avant de se retourner vers celle avec qui il partage sa vie, depuis bientôt dix ans, pour le premier bisou de l’année.
On en veut au Tout Puissant d’avoir ôté à la vie humaine son caractère immortel. La bière coule à flots. Les liqueurs se consomment sans modération. La nouvelle année était tellement attendue qu’il fallait y entrer avec des mets spéciaux. Et les vieux en ont fait une particularité, en délectant la sauce jaune au creux d’une boule étalée de taro, assortie d’une viande chèvre. Le tout assaisonné pour la circonstance. Là, c’est la recette d’Hélène M. " On ne vit pas deux fois. Si je ne le fais pas maintenant, pensez vous que je le ferai facilement plus tard ? Je suis contente, parce que les hommes ont aimé ce taro. Ils l’ont d’ailleurs consommé totalement ", confie Mme Magne. Une sexagénaire qui a voulu honorer ses ‘‘maris’’ du jour, à l’occasion d’une soirée exceptionnelle, au regard de l’âge des convives. On pouvait y aller jusqu’au petit matin. Une fois par an, ce n’est pas tuant.
