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SénégalComment oublier les déboires de l’année écoulée et garder espoir quant à l’avenir ? Des Camerounais vivant à Bafoussam, capitale de la région de l’Ouest Cameroun, disent avoir eu une réponse. En Boîte.
Les conditions d’accès ne se discutent pas. Pour permettre à ses clients à passer de moments agréables, le 31 décembre dernier, le directeur de Talotel et responsable de Lessa Night Club, boîte de nuit ouverte récemment à Bafoussam, a pris soin de les en informer quelques jours avant, afin que nul ne l'ignore. En tout cas, le cadre établi au quartier Djeleng 5 à Bafoussam, accueille ses tout premiers usagers à l’occasion de la Saint Sylvestre. Ça se joue carte sur table puisque des instructions ont été données aux vigiles et aux autres employés de la boîte. Deux personnes pour une bouteille de whisky, à 40.000 FCFA. Qu’on soit homme ou femme. Jusque-là, il y a très peu de gens qui y croient. Surtout qu’ils sont très nombreux à inonder le coin, pour solliciter une baisse de prix. " Nous sommes trois pour une bouteille de whisky, je vous en supplie. Je ne peux pas laisser ma femme et mon ami dehors. Essayez de faire comme ça, et nous serons reconnaissants à votre endroit ", ne cesse de lancer Yves, un ancien client de la maison, en direction du directeur de Talotel, Verdier Fokou.
Négociations
Des échanges quelquefois vifs, au bout desquels Verdier Fokou s’emploie à dire, lui aussi, qu’il exécute les ordres de son boss, le promoteur de Talotel, parti des Etats-Unis d’Amérique où il réside, pour célébrer les fêtes de fin d’année en famille. Il est d’ailleurs là, à l’autre extrémité du long couloir menant vers l’issue de la boîte, afin de s’assurer que les uns et les autres paient le prix. " Que pense même ce monsieur. Je peux ne pas avoir accès à cette salle et passer une bonne soirée. 40.000 FCFA, ça nous fait de nombreuses bouteilles de bière à côté ", réagit une dame, qui ne se fait pas entendre depuis qu’elle est arrivée à Talotel, à la tête d’une délégation de huit personnes dont trois femmes. Elle tente de négocier, sans y parvenir. Face à un vigile farouche qui ne veut voir personne devant lui. A moins qu’on ne soit à jour. " Dégagez si vous ne voulez pas payer. Je ne blague pas ce soir. Laissez-moi travailler sereinement ", précise ce vigile aux incrédules. Malgré tout, la jeune dame refuse de quitter le lieu. Au contraire, elle décide de prendre place sur le siège du vigile, en abandonnant ses compagnons. Le vigile finit par baisser les bras, avec l’accord du patron qui consent à ouvrir ses portes à celle qui a résisté pendant près de deux heures. Il faut souvent le faire.
Serré-serré
A l’intérieur de Lessa Night Club, le cadre fait rêver. La disposition des sièges est de nature à faire payer la note. Ou encore le décor qui allie le moderne au traditionnel, notamment avec ces petites cases en toit de paille comme en voyait au village, à une époque lointaine. " Le coin est chic. C’est pourquoi je tenais à le découvrir ", apprécie Rodrigue, natif du village Bafoussam, de passage. La piste de danse dévoile ses jeux de lumière et ses longs miroirs. On se trémousse, après avoir ingurgité un verre. Bière ou liqueur, tout y passe. Ceux qui disposent d’un peu plus de moyens n’hésitent pas à acquérir une bouteille de champagne. Surtout que le moment venu, il faut pouvoir célébrer le passage à la nouvelle année. Et puis, hop ! Le bouchon saute sans vider la bouteille de son contenu. On se partage un verre avec des amis ou des voisins. L’instant commande la charité. La pression monte, musicalement. Difficile de faire la différence entre jeunes et adultes. Les hommes et les femmes se tiennent par le postérieur. L’image renvoie à qu’on a autrefois appelé le serré-serré ou le collé-collé, c’est-à-dire exécuter des pas de danse en se frottant l’un à l’autre. Entre homme et femme, le plaisir est partagé d’avoir vécu la première minute de l’an.
A Lessa Night Club, tout le monde ou presque le sait, la nuit ne dort pas. Jamais, tant que tambourine à l’infini le tintamarre de sa discothèque. Jamais, puisqu’à l’extérieur à toute heure, le poisson à la braise complète l’offre, alignant des prix qui varient entre 1500 et 2000 FCFA selon qu’ils sont petits ou gros. Le piment, bien entendu, n’est jamais éloigné. Histoire également de permettre au consommateur de résister aux charges soutenues de Morphée et de se jeter, pour celui qui n’en a pas, dans la pénombre à la recherche de l’âme sœur, celle qui l’aidera à meubler une nuit harassante sur la piste de danse.
