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Dossier : CIV 2012 : Médias & Réconciliation nationale
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Debat : Changement de statut pour la presse pro-Ouattara
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Changement de statut pour la presse pro-Ouattara
Une transformation s'impose... Mais quand ?
Publié le 18/01/2012 par Frederic Gore Bi Djo
Billet consulté 434 fois
Le Jour Plus
Le Patriote

Les habitudes ont la peau dure, serait-on tenté de dire à propos des journaux proches d’Alassane Ouattara, l’actuel chef de l’Etat ivoirien. Subitement, ils ont dû quitter leur statut de presse de l’opposition radicale et vindicative. Mais ils semblent ne pas s’accommoder à ce changement. Et pourtant, la nation en a besoin pour mener à bien ses objectifs de réconciliation nationale.



Le RDR (Rassemblement Des Républicains), le parti d’Alassane Ouattara, est au pouvoir et avec lui, tous les journaux qui lui sont proches idéologiquement parlant. Ces organes de presse ; dont les plus connus sont Le Patriote, Nord-Sud quotidien, L’expression ou le Jour Plus, ont joué un rôle majeur dans l’ascension de ce parti à la magistrature suprême du pays d’Houphouët Boigny. En Côte d’Ivoire, qui ne se souvient pas des titres incendiaires de ces tabloïds pendant les années de braise ? Que se soit sous le mandat de Henri Konan Bédié ou sous les dix ans de Laurent Gbagbo en transitant par les dix mois de du général Robert Guéi, ces journaux ont été au cœur du combat, avec bien souvent des méthodes peu orthodoxes et contraire à l’éthique et à la déontologie qui régissent la profession du journalisme. Qu’à cela ne tienne, ne dit-on pas que la fin justifie les moyens ?  Hier, journaux d’opposition, les voila aujourd’hui proches du pouvoir.

Mais ce changement n’a visiblement pas eu d’incidence sur la ligne éditoriale de ces journaux. Elle demeure virulente, alors que la réconciliation est prônée par tous, à commencer par le chef de l’Etat, leur " mentor ". Une transformation s’impose donc à ces journaux s’ils ne veulent pas être des obstacles à l’aboutissement du processus si cher au cœur des nouvelles autorités. Mais ce changement tarde à venir, et cela pose un réel problème à l’instauration d’un climat d’apaisement propice à une réconciliation sincère entre les Ivoiriens de tous les bords politiques.

L’apport de ces journaux dans la course au pouvoir

Il est reconnu de tous que les journaux pro-Ouattara ont pris une part active dans l’arrivée de ce dernier au Palais du Plateau. Mais beaucoup sont ceux qui ignorent leurs parcours, souvent semés d’embûches.

C’est avec l’arrivée au pouvoir du président Henri Konan Bédié en décembre 1993 que le premier journal pro-Ouattara verra le jour. Sous la direction d’Ahmed Bakayoko, un ouattaraïste pur et dur, les idéaux du journal Le Patriote sont portés sur les fonds baptismaux. Sa vocation est de porter les valeurs et les idéaux du RDR qui est sorti des entrailles du PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), suite à la mort du premier président ivoirien qui venait de mourir, et à sa succession rocambolesque. Des journalistes tels que Meïté Sindou sont récupérés du groupe Le Nouvel Horizon pour renforcer le personnel. " C’était plus du militantisme que du journalisme ", se plait à dire le politologue Charles Hiney.

Le Patriote sera rejoint plus tard par le quotidien Le jour qui deviendra quelques temps après Le jour plus. Viendront ensuite Nord-Sud quotidien et L’expression qui ont la particularité d’avoir été créés par les anciens de Le Patriote, suite à des malentendus. Cette supposée rivalité ne remet pas en cause leur détermination à faire parvenir leur champion à la magistrature suprême. Pour parvenir à cette fin, ces journaux décident d’adopter une attitude belliqueuse, incivique et profondément partiale. Les pouvoirs en place et les gouvernants sont les cibles privilégiées de ces journaux. Ils font feu de tout bois et les chiffres du CNP (Conseil National de la Presse) sur la vente mensuelle des journaux indiquent qu’ils ne prêchent pas dans le désert.

Objectif atteint

Cette forme de journalisme, bien que décriée, a porté ses fruits si l’on s’en tient au résultat final… A savoir l’ascension de leur parti au pouvoir. Une thèse que ne partage pas tout à fait Charles Hiney. Selon le politologue, " ces journaux ont certes joué un rôle dans le parcours du RDR de l’opposition au pouvoir, mais on ne peut pas leur attribuer tout de go la totale paternité de cette victoire. Car leur traitement de l’information a plus desservi la cause de leur parti qu’il ne l’anoblit. " Il n’empêche que ces journaux revendiquent cette victoire et exigent même d’être décorés pour service rendu à la nation.

Mais qu’importe notre position face à cette situation, il faut reconnaître ces journaux n’ont pas encore troqués leurs habits de l’opposition contre ceux que leur confère leur nouveau statut : les habits du pouvoir.

Le ton n’a pas encore changé

Huit mois après le changement de régime, les journaux pro-Ouattara semblent encore attirés par leur ancienne position de journaux d’opposition qu’ils ont occupée pendant plusieurs années. Le ton agressif et le verbe acerbe qu’ils continuent d’avoir sont autant de signes que la mue tarde. Pourtant, la Côte d’Ivoire, avec à sa tête le chef de l’Etat en personne, a amorcé une vaste campagne de réconciliation nationale suite à la grave crise postélectorale qui a secoué le pays pendant de longs mois.

La réconciliation mise en mal par ces journaux

Une commission nationale de réconciliation et de vérité (CDVIR), copiée sur le modèle sud-africain et présidée par l’ancien premier ministre Charles Konan Banny, a été instituée par Alassane Ouattara pour exorciser le drame ivoirien. Mais ces initiatives sont incessamment contrariées par le ton excessivement virulent de ces journaux pro-Ouattara. Les Unes et des manchettes contrastent avec leur nouveau statut mais également avec le contexte sociopolitique qui prévaut actuellement dans le pays. Leur mission : jouer la carte de l’apaisement afin de donner une chance à la réconciliation nationale. " Car quoi qu’on en dise, Ouattara est le chef de l’Etat d’un pays, d’une nation et non celui d’un clan, d’une région ou d’une religion… Toutes choses que doivent retenir ces tabloïds pour ne pas enliser encore la  Côte d’Ivoire dans une autre crise ", conclut Charles Hiney. En espérant que son appel soit attendu.

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Frederic Gore Bi Djo
Abidjan
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