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SénégalLa crise ivoirienne a-t-elle réellement connu son épilogue le 11 avril 2011 avec l’arrestation de Laurent Gbagbo ? Certainement pas. Car si depuis cette date, les armes se sont tues en Côte d’Ivoire, certains journaux ne l’entendent pas de cette oreille. Notamment les journaux proches de l’ex-président. Ces journaux, qu’on nomme à Abidjan les journaux bleus, démontrent au quotidien que la belligérance n’est pas terminée. Quant à la réconciliation nationale initiée par les autorités, elle n’est rien d’autre pour eux qu’une vaste comédie à laquelle ils n’accordent aucun crédit. A quand la fin de la guerre chez ces journaux ? La réconciliation peut-elle réussir sans leur contribution ?
La Côte d’Ivoire sort d’une grave crise postélectorale qui a couté la vie à près de 3 000 personnes, selon les chiffres officiels. Une crise que la presse dans son ensemble a aggravée, en attisant le feu de la haine et de la xénophobie à travers des articles endiablés. Une condamnation unanimement reconnue par l’ensemble des acteurs de la crise, ainsi que par la communauté internationale. Au banc des accusés, se trouvent en bonne place les journaux proches de l’ancien président de la république, Laurent Gbagbo.
Ces journaux bleus sont épinglés pour plusieurs raisons. Premièrement, il leur est reproché d’avoir entretenu et encourager la division entre les Ivoiriens, tout en appelant aux meurtres de certaines communautés tant nationales qu’étrangères. Deuxièmement, on les soupçonne d’avoir livré à la vindicte populaire certaines personnalités. Cette condamnation fut chèrement payée par ces journaux qui ont subi le courroux des forces républicaines et des militants pro-Ouattara. Ils ont pillé et détruit leurs rédactions. On crut alors que le lourd préjudice subi leur ferait comprendre la nécessité de revenir à un journalisme dénudé de toute partialité et d’un militantisme de mauvais alois. Que nenni !
Un retour fracassant
Après plusieurs semaines d’absence dans les kiosques à journaux, dès le début de la normalisation de la vie publique (courant mois de mai 2011), les journaux proches de Laurent Gbagbo signent leur retour. Un retour fracassant qui n’a laissé personne indifférent. Car si ce retour a été salué par certains observateurs qui s’inquiétaient de l’enracinement de la pensée unique dans le pays, d’autres sont restés dubitatifs à la vue des Unes et des contenus de ces journaux. Ces contenus contrastent avec le contexte post-crise et laissent croire que ces journaux n’ont tiré aucune leçon des événements passés et surtout qu’ils ne regrettent rien des actes lourds de conséquences, qui leur ont été attribués durant la crise.
Charles Didi, un blogueur proche de la majorité présidentielle, s’est dit outré lorsqu’il a vu pour la première fois ces journaux dans les kiosques, après la crise : " C’est un manque d’objectivité de la part des responsables de ces journaux, qui auraient dû faire profil bas après tout ce que les Ivoiriens ont subi en partie par leur faute... Au lieu d’afficher une arrogance et une morgue suffisante comme si rien ne s’était passé. C’est une faute professionnelle de croire qu’avec des manchettes à sensations, on peut faire changer l’ordre des choses qu’on a soi-même contribué à inverser négativement. "
Quant à Djahi Pythagore, il salue plutôt le retour dans les kiosques de ces journaux, qui, dit-il, " apportent la contradiction et un autre son de cloche. Car n’oubliez pas que la démocratie se nourrit de débats contradictoires et d’idéologies différentes. Le retour de ces journaux atteste que nous sommes dans un Etat démocratique, même si beaucoup reste à faire, surtout au niveau de la liberté d’expression. "
Des journaux toujours dans la belligérance
Outre ce retour, une autre polémique est suscitée par les journaux bleus, relative à leurs contenus. Ils sont trop virulents pour une période aussi sensible que celle-ci (post-crise). Et les récentes sanctions du Conseil National de la Presse (CNP) à l’encontre de certains de ces journaux renforcent cette idée.
Zady Michel est militant du Front Populaire Ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo. Pour lui, " ces journaux ne sont pas à blâmer quant à leur ligne éditoriale que les uns trouvent trop virulente à l’égard des nouvelles autorités. Quant à leur rôle joué dans la crise post-électorale, il faut le dire, ils n’ont pas fait pire que tous les journaux. Dans la mesure où ils ne sont pas les seuls journaux à avoir fait du tort aux Ivoiriens. Tous les organes de presse sans exception se sont rendus coupables d’écrits subversifs et incendiaires pendant cette période qui fut douloureuse pour tous les Ivoiriens. "
Ce n’est pas l’avis de Bamba Sinaly, un militant du Rassemblement Des Républicains (RDR), proche d’Alassane Ouattara, qui trouve que ces journaux sont nuisibles pour la cohésion sociale : " Je demande aux autorités de faire interdire la parution de ces journaux sur une bonne période, le temps que les Ivoiriens oublient tout le traumatisme qu’ils ont subi pendant la crise, à cause de ces journaux. Car malgré tout ce qu’on a vécu, ces journaux continuent d’appeler à la guerre et à l’insurrection. "
La réconciliation n’est pas prioritaire
" La réconciliation n’est pas une priorité pour nous, car on ne peut pas parler de réconciliation et garder en même temps en détention dans des conditions inhumaines nos camarades de parti. " Cette déclaration de Laurent Akoun, directeur de publication du journal Notre Voie, journal officiel du Front Populaire Ivoirien (FPI), situe les uns et les autres sur l’idée que se font les responsables de cet organe de presse de la réconciliation. Cette position est largement partagée par les responsables des autres journaux bleus, car c’est la position officielle du parti de Laurent Gbagbo. Ainsi donc, pour ces journaux bleus, la réconciliation est une mascarade qui est vouée à l’échec dès le départ. C’est pour cela que ses initiateurs et ceux qui animent la commission créée à cet effet font régulièrement l’objet d’attaques ciblées dans les colonnes de ces journaux. Espérons qu’ils changeront de discours et qu’ils inscriront rapidement leurs organes de presse au sein de la réconciliation nationale. La Côte d’Ivoire ne s’en portera que mieux.