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SénégalLa Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) est le média de service public. Elle compte deux chaînes de radios (Radio Côte d’Ivoire et Fréquence 2) et de télévision (RTI1 et RTI2). C’est en 1963 qu’elle vit le jour par décret présidentiel. Cependant, la radio émettait déjà depuis le courant de la décennie 1950-1960. La RTI a pour vocation d’éduquer, d’informer et de distraire. Ce triptyque sera tant bien que mal assuré jusqu’en 1990, année de l’instauration / retour du multipartisme en Côte d’Ivoire.
Début des difficultés
Ce vent de l’Est, avec pour point d’encrage le discours tenu par l’ex-président de la République française, François Mitterrand, invitant les pays du bloc de l’Est et ceux d’Afrique à s’approprier la démocratie, va bouleverser les habitudes de plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire. La démocratie qui résulte de ce discours a pour valeurs essentielles l’égalité et la justice pour chaque citoyen. Cette " aubaine " va être exploitée par les partis politiques et les organisations nés à la suite du multipartisme. Ces nouvelles forces sociales vont demander un équilibre dans le traitement de l’information jusque là exclusivement réservée au parti-Etat, le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) ainsi que la mise de ce média public au service de toutes les forces vives du pays. C’est le début des difficultés pour la RTI, tiraillée entre la volonté d’exécuter avec professionnalisme ses missions régaliennes et les pressions des politiques. Surtout ceux au pouvoir, qui voudraient bien faire de cet instrument d’utilité publique un outil de propagande, comme c’est le cas dans les " républiques bananières ", selon le professeur Koné Ibrahim, ex-directeur de Radio Côte d’Ivoire. C’est dans cette atmosphère délétère que survint le coup d’état du 24 décembre 1999, suivi de la rébellion armée déclenchée le 19 septembre 2002.
Un outil de propagande
Cette situation inédite dans le pays d’Houphouët Boigny va mettre à rude contribution la RTI. Cette institution étatique dans toutes ces composantes (radios et télévisions) va être utilisée par les tenants du pouvoir de l’époque comme un outil de propagande dans sa croisade contre la rébellion et ses ramifications. Des pans entiers de la population vont être stigmatisés et présentés comme la source du malheur des Ivoiriens. Des émissions aux accents xénophobes et haineux vont voir le jour sur les différentes antennes de la RTI. Il y a alors d’un côté la Côte d’Ivoire des " bons ", des " fréquentables " et de l’autre côté, celle des " parias ", des " pestiférés ", des " renégats " et des " mauvais ". La fracture sociale est plus que jamais réelle. Et la RTI a joué un rôle éminemment important dans la division des Ivoiriens sur des questions politiques. L’opposition politique est ignorée et la part belle est accordée à tous ceux qui veulent " casser " du rebelle et faire par la même occasion les éloges du " prince de machiavel ". La RTI est ainsi caporalisée, bâillonnée et aux ordres. Une situation qui a fait dire à RSF (Reporters Sans Frontières) que la RTI est devenue un média de la " haine ".
La crise postélectorale ou la déchirure totale
Cette situation perdure jusqu’aux élections présidentielles d’octobre et novembre 2010 à l’issue desquelles deux camps se proclamèrent vainqueurs par des structures différentes. Commence alors une confusion juridico-politique. Le combat pour le contrôle de l’appareil de l’Etat fait rage. La RTI est dans la ligne de mire de ce combat fratricide. Car comme on le sait, celui qui la contrôle a déjà une partie du pouvoir. Le 16 décembre, une tentative de récupération de ce média par l’un des deux camps se solde par la mort de plusieurs personnes. Les passions se cristallisent, les positions se durcissent. La RTI est une fois de plus sur la sellette. Elle est utilisée pour distiller à dose homéopathique une haine insidieuse nourrie à la sève du populisme et d’un nationalisme hypocrite. Les émissions sont taillées sur mesure avec des journalistes militants et des invités chauffés à blanc pour dire ce qu’on leur a demandé de dire. Le point de non-retour est ainsi atteint. Au même moment où la RTI est célébrée par un camp pour son " patriotisme ", l’autre camp dénonce sa propension à la haine et au mensonge d’Etat. C’est alors que survint le 11 avril 2011, avec ce qui mit fin à la crise. Le bilan est plus qu’ahurissant car tout a été pillé à " la maison bleue " (surnom dû à la couleur bleue des bâtiments et des véhicules de la RTI). Du matériel de production au mobilier en passant par le matériel informatique : tout a été emporté, tout est à reconstruire.
Nouveaux habits pour une nouvelle mission
C’est donc à cette tâche que s’attelle avec détermination l’équipe dirigeante mise en place par les nouvelles autorités du pays. Une équipe dirigée par Aka Sayé Lazare, un ancien de la maison et qui a comme mission première et fondamentale : la réconciliation des Ivoiriens entre eux et surtout avec leur télévision. Ce qui passe nécessairement par la prise de certaines mesures. Pour donner le ton, la nouvelle direction a changé l’habillage des différentes antennes. L’orange et le vert, jugés plus " nationales " et " réconciliants ", ont remplacé le bleu d’antan sur les deux chaînes de télévision. Les deux chaînes de radio ont également vu leurs génériques remplacés. Des temps d’antennes consacrés exclusivement à la réconciliation nationale sont crées afin d’aplanir les différents et vider les rancoeurs. Des contenus prenant en compte toutes les sensibilités politiques et religieuses sont diffusés. Le culte de la personnalité et le militantisme zélé en lieu et place du journalisme sont formellement proscrits. Bref, la RTI a repris du poil de la bête. Le seul bémol concerne la réduction drastique du personnel de l’entrepris. Ainsi, depuis maintenant deux mois, 322 agents sont en congé technique. Espérons avec Yapi Noël, technicien du son à RT2 que " ce sacrifice suprême fait par ces agents en temps de récession économique puisse permettre à ce symbole de l’Etat de sortir des sentiers battus, pour réussir cette mission difficile ô combien noble de ramener les Ivoiriens à aimer leur télévision et avant tout à s’aimer comme auparavant. "