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Sénégal" Les médias ont été utilisés pour diviser et opposer les Ivoiriens, c’est tout à fait normal que les médias contribuent à colmater les brèches afin que la cohésion sociale et l’unité nationale soient de nouveau une réalité en Côte d’Ivoire. Et je crois que l’émission Toupkê est un exemple de ce que les médias peuvent [faire] et [ils] doivent jouer un rôle très important dans la construction d’une nation comme la nôtre. " C’est en ces termes que Michel Kouadio Houra, producteur des médias, souligne l’importance de l’émission Toupkê qui, à travers l’humour et les alliances à plaisanterie, essaie de dédramatiser la vie politique ivoirienne et de réconcilier les Ivoiriens après toutes les années de sang et de douleurs vécues. Un pari en passe d’être réussi.
L’Afrique en général et la Côte d’Ivoire en particulier sont riches de leur diversité culturelle. L’une des particularités de cette diversité n’est autre que " les alliances à plaisanteries " appelées aussi Toupkê. Les " alliances à plaisanterie " sont des pactes de non-agression entre deux ethnies ou deux tribus de la même ethnie. Elles remontent à la nuit des temps et se nourrissent de taquineries et de quolibets. Face à l’incapacité des politiciens à régler le conflit ivoirien et partant du désir réconcilier les Ivoiriens, les responsables de Radio Côte d’Ivoire en collaboration avec l’ex-ministère de la réconciliation nationale (sous l’ère Gbagbo) décident de créer une émission qui sera entièrement consacrée aux alliances interethniques afin que les Ivoiriens en aient conscience. Le but : leur apprendre qu’ils sont liés par ces pactes qui les empêchent de se faire du mal. Ainsi est née l’émission Toupkê qui depuis lors essaie, à travers l’humour et la dérision, d’inculquer aux Ivoiriens les valeurs culturelles qui sont les siennes.
A l’origine
Ces alliances résultent pour la plupart de conflits antérieurs entre deux tribus, deux peuples. Elles sont une sorte de pacte de non-agression entre les entités qui les signent après bien des batailles meurtrières. Elles sont ancrées dans les traditions et les coutumes de la plupart des pays africains et principalement dans ceux de la sous région ouest africaine. Ces alliances à plaisanterie sont enseignées de père en fils. Ainsi, il est interdit à un Sénoufo (ethnie du nord de la Côte d’Ivoire) de verser le sang d’un Gouro (Centre Ouest) ou d’un Koyaka (Centre Nord) et vice versa.
Une richesse méconnue et mise en mal
Mais les graves crises successives qu’a connues la Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie ont ébranlé ces sacro-saintes recommandations qui sont pourtant gage de la cohésion nationale. A cela, il faut ajouter la perte des valeurs culturelles africaines au profit de celles dites occidentales, jugées plus appropriées pour le siècle actuel. L’acculturation des élites africaines et celle de la nouvelle génération sont des évidences. La perte des valeurs culturelles peut expliquer la complexité que prennent les conflits et autres crises sur ce continent. Et le cas ivoirien en est un exemple vivant. C’est pour revenir à ces valeurs que l’Occident et les mass médias ont reléguées au second plan, que cette émission a toute sa raison d’exister.
Toupkê, le remède ?
Cette émission hebdomadaire est diffusée chaque dimanche de 8 heures à 10 heures sur les ondes de Fréquence 2. Elle a pour but d’enseigner l’histoire du peuplement de la Côte d’Ivoire, son passé colonial, les résistants qui se sont opposés à cette pénétration étrangère et les alliances à plaisanterie. Elle connaît un certain succès auprès des auditeurs qui se délectent des anecdotes croustillantes que les comédiens recrutés pour l’émission livrent sur la vie des hommes politiques. Ainsi donc, on apprend que le chef de l’Etat s’appelle Escalator, le président Bédié N’zuéba. Quand à Laurent Gbagbo, il hérite du surnom de Séplou. Charles Konan Banny se fait également appeler Tournesol. Ces noms à la fois amusants et anecdotiques ont, selon la présentatrice de l’émission Juliette Anzian, pour rôle " de briser le mythe autour des hommes politiques qui sont très souvent inaccessibles. Mais également de les plonger dans l’ambiance des alliances à plaisanteries que la plupart d’entre eux connaissent très bien pour être nés au village. Ainsi donc le président Bédié est un allié à plaisanterie car il est Baoulé et moi je suis Agni. Il est mon esclave et je peux le taquiner aisément sans m’attendre à des représailles en retour. " Elle continue : " C’est de cette façon que nos parents jadis réglaient leurs différends. Il nous appartient donc de nous approprier cette méthode de règlement de conflit, car tout ne doit venir que de l’Occident. Et c’est ce que nous essayons de promouvoir à travers cette émission qui, au fil des ans, devient de plus en plus indispensable. Et le contexte post-crise électorale est un terreau fertile pour perpétuer cette expérience qui malgré tout aura été d’un apport inestimable dans la décrispation de la vie socio politique. "
Le nom de cette émission est évocateur car il signifie " cousin à plaisanterie " ou " esclave ". Ainsi donc, cette émission se veut le creuset de l’amitié et de la fraternité, des valeurs que les Ivoiriens ont perdu, ce qui les a conduit à des débordements hélas irréparables.
